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Semaine du court

Par François Monti
J’ai lu ces deux derniers mois six livres qui faisaient entre 500 et 650 pages. Avant de commencer le programme de rentrée, j’avais besoin d’aller faire un tour du côté de bouquins plus courts, moins exigeants en heures (mais pas nécessairement moins exigeants littérairement, évidemment), juste histoire de me donner l’impression d’une aération du cerveau, d’un petit nettoyage mental avant la plongée dans les dures semaines orientées par l’actualité. Court compte-rendu de courts romans lus durant ma courte semaine.
Lundi :
Mario Bellatin « Leçons pour un lièvre mort »
A juste titre, Bellatin est souvent considéré comme l’auteur le plus étrange de la littérature hispano-américaine du moment. Mais l’étrangeté fait-elle le livre ? Celui-ci est en tout cas un excellent point de départ. Construit en 243 fragments mêlant une poignée d’histoires qu’on ne saurait suivre linéairement qu’en jouant à saute-mouton par-dessus les paragraphes, c’est un roman à monter comme on semble les adorer du Mexique à la terre de feu argentine. Au-delà de la curiosité et du plaisir, il faut malheureusement bien admettre que ce livre est de ceux dont le lecteur aura du mal à se souvenir une semaine après avoir refermé le volume. J’ai l’impression que c’est une constante chez Bellatin.
Mardi :
Bohumil Hrabal« Une trop bruyante solitude »
Employé chargé de détruire dans sa presse les livres et publications périodiques interdits par le régime tchécoslovaque des années communistes, Haňt'a, non content de transformer le papier broyé en œuvre d’art dont il choisit avec méthode l’aspect, lit une bonne partie de ce qu’il est sensé détruire, accumulant ainsi une collection impressionnante dans son petit appartement et un énorme retard dans son travail. Hrabal décrit dans une écriture assez superbe l’effet du totalitarisme sur une société entière – et surtout sur ses intellectuels – en confinant son personnage, à quelques scènes près, dans une cave. Magistral. L’éditeur compare « Une trop bruyante solitude » à « 1984 ». Pourtant, même si l’on sait bien que les livres ne gagneront pas, Haňt'a, contrairement à Winston, ne finit pas par embrasser l’idéologie officielle : Orwell délivrait un avertissement, Hrabal un message d’espoir teinté de gris.
Mercredi :
César Aira« La preuve »
Jorge Volpi dit de César Aira qu’il écrit de la sous-littérature. Dans l’optique purement traditionnelle de grands textes monde mariés au réalisme 19eme qui est celle du Mexicain, on peut comprendre l’opinion qu’il se fait de l’Argentin. De mon point de vue, Aira vaut bien mieux que ça et, l’air de rien, il se cache souvent dans ses bouquins quelques révélations dont on aurait tort de se priver. J’ai eu le regret de me rendre compte que, dans ce cas-ci, « La preuve » vérifie malheureusement le verdict volpien. Après un démarrage correct qui promettait une certaine finesse psychologique, le tout s’enfonce dans l’insignifiant et l’inutile mis en prose de la manière la plus banale qui soit.
Jeudi :
César Aira« J’étais une petite fille de sept ans »
Jorge Volpi dit de César Aira qu’il écrit de la sous-littérature. Dans l’optique purement traditionnelle de grands textes monde mariés au réalisme 19eme qui est celle du Mexicain, on peut comprendre l’opinion qu’il se fait de l’Argentin. De mon point de vue, Aira vaut bien mieux que ça et, l’air de rien, il se cache souvent dans ses bouquins quelques révélations dont on aurait tort de se priver. J’ai eu le plaisir de me rendre compte que « J’étais une petite fille de sept ans » dément le verdict volpien. Après un démarrage un peu pataud, cet étrange conte de fées se transforme en aventure charmante où Aira sort des sentiers battus de Flores, son quartier porteño. Un détour par le merveilleux plutôt agréable – et certainement surprenant.
Vendredi :
Paul Valéry« Monsieur Teste »
L’erreur de la semaine ? « Monsieur Teste » a beau faire 140 pages, c’est un livre auquel il faut consacrer du temps, à la fois pour profiter du style de Valéry (il s’agit sans surprise du livre le mieux écrit de ceux abordés dans ce papier) ainsi que véritablement saisir la profondeur du texte. Permettez-moi de ne plus parler ici de ce Bartleby français : il faudra le relire et y revenir.
Mario Bellatin, Leçons pour un lièvre mort, Passage du Nord-ouest, 12€
Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude, Robert Laffont (Pavillons poche), 5€90
César Aira, La preuve, Christian Bourgois, 15€
César Aira, J’étais une petite fille de sept ans, Christian Bourgois, 15€
Paul Valéry, Monsieur Teste, L’imaginaire, 6€50

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