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Iran : la loi facilitant la polygamie ne passera pas

Publié le 03 septembre 2008 par Delphineminoui1974

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(légende photo : Les activistes, dimanche, devant le parlement. De droite à gauche : Giti Pour-fazel (avocate), Simin Behbahani (poétesse), Shirin Ebadi (Prix Nobel), Mansoureh Shojaee (activiste), Mahboube Abbasgholizade (activiste).


Pour une fois, les Iraniennes peuvent crier victoire. Après des semaines de remue ménage contre une dégradation de leurs droits, elles viennent finalement d’obtenir l’annulation d’un projet de loi facilitant la polygamie. « C’était une loi rétrograde. Je ne peux que me réjouir qu’elle ne soit pas passée », se félicite Fariba Pajooh, une jeune journaliste iranienne, signataire d’une pétition qui s’opposait à cette réforme de l’actuel Code de la famille.


Objectif principal de cette loi, présentée au début de l’été par plusieurs députés conservateurs : légaliser la possibilité pour un homme de choisir une seconde épouse à l’insu de la première. Avec, comme seule condition posée au mari, « le besoin de prouver qu’il peut entretenir ses multiples épouses et les traiter de manière équitable » ! De quoi provoquer une onde de choc dans les milieux féministes.

Officiellement, la polygamie n’est pas interdite en Iran, mais elle n’est pas très répandue. Jusqu’ici, le mari avait l’obligation d’obtenir le consentement de sa première femme pour en épouser une seconde. « Attention au risque de corruption moral de la société ! », s’insurge aussitôt Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, et combattante acharnée contre l’inégalité des droits entre hommes et femmes qui sévit dans son pays depuis la prise du pouvoir par les religieux, en 1979.

Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là. Parmi les « points noirs » de la réforme, on trouve également la possibilité pour le mari de contracter un « sighé », ou mariage temporaire, sans l’aval de sa première épouse, autrement dit de choisir une maîtresse en toute légalité. « Absurde, surenchérit Asieh Amini, une journaliste qui milite pour les droits des femmes iraniennes, surtout lorsqu’on sait qu’à l’inverse, une femme accusée d’adultère est passible de la peine de mort ». Et pour couronner le tout, la nouvelle loi suggérait également la nécessité, pour les épouses, de payer un impôt sur leur dote.

Trop, c’est trop. Pour les Iraniennes, la pilule est difficile à avaler. Réunions de crise, pétitions sur Internet, campagnes de sensibilisation auprès des organisations internationales… Elles se mettent à remuer ciel et terre pour faire avorter ce projet. Très vite, la polémique atteint la ville sainte de Qom, le Vatican du chiisme, où plusieurs ayatollahs réformistes décident de prendre la défense du « second sexe ». A Téhéran, l’ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, le puissant chef du pouvoir judiciaire en vient même à émettre quelques réserves sur ce projet de réforme du Code familial, que son bureau avait pourtant initié.

Mais les députés conservateurs tiennent tête - y compris certaines femmes, comme Fatemeh Alia, membre du Parlement !

Face à leur fermeté, plusieurs centaines de femmes prennent alors leur courage à deux mains en manifestant, vendredi dernier, devant le Majles, le parlement iranien.

Deux jours plus tard, l’avocate Shirin Ebadi, la poétesse Simin Behbahani – dont j’ai récemment parlé dans ce blog - et plusieurs de leurs acolytes féministes, dont la jeune Nasrin Afzali, sont reçues par les parlementaires … qui finissent par céder à la pression en suspendant le projet.

«  C’est une victoire ! Une grosse victoire, surtout à un des moments les plus noirs de l’Iran, où la répression s’accentue de jour en jour », se réjouit Nasrin Afzali, contactée par email.

« Nous devons rester vigilantes », tempère néanmoins la blogueuse Farnaz Seyfi, actuellement en Hollande, qui y voit une « victoire en demie teinte ». Le projet pourrait, dit-elle, ressurgir à tout moment. L’annonce de son annulation temporaire, en début de semaine, a également été noircie par une autre nouvelle, plus inquiétante : celle de la condamnation à six mois de prison de quatre activistes (Mariam Hossein-khah, Nahid Keshavarz, Jelveh Javaheri et Parvin Ardalan), impliquées dans la campagne « Un million de signatures pour la parité entre hommes et femmes ».

Quelques références pour en savoir plus sur la vie des Iraniennes :


- Shirin Ebadi, « Iranienne et libre. Mon combat pour la justice », La découverte, janvier 2007 (essai).
- Zoya Pirzad, « On s’y fera », éditions Zulma, mai 2007 (roman)
- Delphine Minoui, « Les pintades à Téhéran : chroniques sur le quotidien des Iraniennes », éditions Jacob-Duvernet, mai 2007 (essai).


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LES COMMENTAIRES (2)

Par renardo
posté le 04 septembre à 15:13
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La polygamie, j'y suis jamais allé

Par brazz
posté le 03 septembre à 20:20
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Voila une nouvelle que les médias français pourraient relayer. Bravo !

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