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Le "protectionnisme stupide" des Américains (incroyable! personne ne veut lire Pierre Assouline à l'étranger...)

Publié le 17 septembre 2008 par Lise Marie Jaillant

 

Me voilà de retour à Londres, avec au programme une tonne de travail: avancer mon roman (qui a pris un peu de retard!), finir mes lectures de la rentrée et éditer mes Podwraths. Mais c'est toujours un plaisir de retrouver la blogosphère littéraire: ça fait maintenant deux ans et demi que j'ai ouvert ce blog et je m'amuse toujours autant à lire les Assouline et consorts.

Car figurez-vous que Pierre Assouline se plaint des Américains, coupables de ne pas lire assez de traductions: "Pour lire les romans français à l'étranger, encore faudrait-il qu'ils soient traduits. Ce qui n'est pas toujours le cas. Du moins ils le sont un peu partout dans le monde, excepté en langue anglaise, car ce sont les Etats-Unis qui décident bien souvent pour l'Angleterre, et les Américains estiment qu'ils ont ce qu'il faut en matière de fiction romanesque chez eux, et qu'ils n'ont pas besoin d'aller voir ailleurs. Ni en France ni ailleurs. On pourrait appeler ça du protectionnisme dans sa version la plus stupide."

De 2000 à 2006, les Etats-Unis ont publié en moyenne 8,7 livres français par an (cf le rapport du Centre for Literary Translation, p.14). C'est effectivement un chiffre ridicule au regard du nombre de romans publiés chaque année en France, et de la tradition littéraire française. Et il est facile d'accuser les Américains de "protectionnisme dans sa version la plus stupide". On patauge alors dans l'antiaméricanisme le plus primaire: les Américains sont des cons qui ne savent pas placer la France sur une carte.

Bien sûr, se remettre en cause demande plus de courage. Des Américains fascinés par les littératures étrangères, il y en a plein (voir ma petite enquête sur le New York Times). Et c'est ceux-là qui sont demandeurs de fictions "différentes". Lire des romans est en effet un excellent moyen de comprendre la culture d'un pays étranger.

Et c'est là où le bas blesse: qu'est-ce que "Le marché des amants" de Christine Angot vous apprend sur la France contemporaine? Que des femmes d'âge mûr peuvent se taper des hommes blacks chauds comme la braise? Ou que les éditeurs français publient n'importe quoi? Je parie pour la deuxième réponse.

Pas étonnant que Yasmina Khadra soit une star dans les pays anglo-saxons, alors que les Angot, Jauffret, et Assouline ne sont rien. Loin d' "estimer qu'ils ont ce qu'il faut en matière de fiction romanesque chez eux", les Américains attendent d'être transportés par la fiction. Et seuls les romans réalistes assurent ce dépaysement.

Vous allez me dire: ah, Wrath nous refait le coup du creative writing comme seule forme d'écriture correcte. Non, je ne me suis pas transformée en colonisée cuturelle. J'admire, et je suis fidèle à la grande tradition du roman réaliste français: les Balzac, Flaubert, Zola, Mauriac, Colette, Drieu la Rochelle, et plus récemment Houellebecq. Tant que nous n'aurons pas retrouvé l'envie de raconter des histoires simples, qui parlent du monde qui nous entourent, les Américains continueront à nous ignorer. On peut accepter cette évidence ou se refermer sur ses petites certitudes, son petit monde littéraire décrépit, ses rentrées de septembre qui se ressemblent toutes et n'apportent rien. Bref, ce ne sont pas les Américains qui ont besoin de s'ouvrir sur l'extérieur, mais bien les Français, coupables d'un "protectionnisme stupide"...

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