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Rafter - Sex Death Cassette (2008)

Publié le 19 septembre 2008 par Oreilles
Piste 7: "Chances". C'est comme si, dans la mémoire auditive, tout l'album tournait autour de ce seul titre. Les dix-huit autres chansons n'en seraient alors que des satellites de formes et de couleurs différentes, qui éclairent l'astre lorsqu'il plonge dans l'obscurité, et disparaissent lorsqu'il est exposé à la lumière. Avec une boite à rythme et une guitare pour le nécessaire lo-fi, de magnifiques ponts de cordes et des paroles simples et touchantes, "Chances" est d'autant plus brillant qu'il témoigne d'une écriture pop aboutie au milieu de morceaux volontairement brouillons. Et en ce sens, Sex Death Cassette est un beau manifeste lo-fi (un de plus me direz-vous): Rafter est bel et bien capable de façonner de petites pépites pop, mais il reste lo-fi par choix, assumé jusqu'au bout : « 4-track power forever » lit-on à l'intérieur de la pochette, en lettres multicolores.
A priori Sex Death Cassette a l'air, à l'image de sa pochette, d'un petit fourre-tout, d'un collage délirant, d'un joyeux bordel, d'une jam session malencontreusement enregistrée. C'est qu'on y entend principalement de petites pièces inachevées, de bribes de chansons impolies, sans queue ni tête. Et même si l'ensemble tient son espèce de cohérence dans sa manière de faire danser les guitares avec les cuivres avec les machines avec les handclaps, on passe néanmoins d'une electropop tordue et dansante qui dépasse ses modestes prétentions ("Zzzpenchant") à de drôles de gros riffs punk ("Cuddling Raccoons"). Les mélodies sont ensoleillées ("Breathing Room") voire... tropicales ("Breeze")! Il y a aussi du folk mignon tout plein ("I Love You Most Of All"), des synthés qui ont le vague à l'âme ("Tropical"), et de la pop à guitare ("No-One Home Ever"). Les couleurs y tournent comme dans un kaléïdoscope.
"Slay Me" est la pop song la moins aboutie. Pourtant, il y a, à la fin du deuxième couplet pour être précis, ces quatre notes de basses synthétiques qui en font tout l'intérêt et suscitent l'attente à chaque réécoute. Oui il y a toujours de bonnes idées, et surtout beaucoup d'originalité dans ces morceaux (c'est le mot, ils durent en moyenne deux minutes), mais l'intérêt peut parfois en paraître limité, faute à ce puriste hardcore du lo-fi qui met un point d'honneur à ne pas travailler ses chansons. On ne peut pas lui en vouloir; l'attitude est louable, et l'esthétique work in progress est tenue. Mais c'est tout de même d'autant plus frustrant que Rafter laisse entrevoir ses qualités de composition à travers de superbes noeuds pop.
C'est que ces morceaux ne sont peut-être pas faits pour être écoutés ici et là dans une playlist, extraits de leur album. Il apparaît un peu plus à chaque écoute que l'intérêt de l'album, son caractère attachant se trouve ailleurs, en marge des chansons à proprement parler, dans leur continuité. Après tout Sex Death Cassette ne dit pas sex, death, and cassette. En 2004, Modest Mouse sortait Good News For People Who Love Bad News. L'album, d'emblée, nous avait tétanisé. Il se passait quelque chose de profond et d'indescriptible dans la transition même entre les deux premières chansons, "The World at Large" et "Float On". C'était comme si toute une culture américaine était contenue dans ce seul raccord. Certaines transitions de Sex Death Cassette créent, à une échelle bien moindre néanmoins, le même sentiment. La plus réussie, la plus troublante, voire émouvante de toutes est bien sûr celle qui lie "Cuddling Raccoons" à l'immense (pourtant sans prétention) "Chances", décidément inoubliable. Rafter s'amuse bien ouvertement, mais il cache aussi bien son jeu.
En bref : Asthmatic Kitty a encore un fois prouvé son flair hors pair. Rafter s'amuse à dissimuler ses excellentes inspirations pop derrière une punkitude lo-fi bien américaine et un patchwork bordélique. Mais nous t'avons trouvé, Chances, et ne te lâcherons plus!

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La vidéo maison improbable de l'excellent "Zzzpenchant":

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