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Poezibao a reçu (15 juillet 2007)

Par Florence Trocmé

Pazzottu_2 Le Panier, une enclave marseillaise que l’écrivain Florence Pazzottu connaît intimement pour y avoir habité (et en avoir été chassée par la spéculation, à son corps défendant). Livre d’adieu alors peut-être que ce recueil La Place du sujet, composé avec le photographe Giney Ayme. Composé est le juste mot pour dire l’accord des textes avec les photographies, belles images en noir et blanc caractérisées par les jeux de la lumière, de l’éclairé et de l’ombre (une évidence de nouveau, la capacité du noir et blanc à rendre la lumière, mieux souvent que la couleur !).

Dans une belle note d’introduction, très simple, Florence Pazzottu raconte son histoire avec le Panier où elle s’est installée en 1989 dans ce qu’elle appelle son « bateau », 3 rue du Petit Puits. Et c’est en 1990 qu’elle allait y écrire ces textes aujourd’hui publiés, non pas une chronique du Panier, plutôt des « compositions d’après nature », non pas une suite autobiographique, non pas la relation d’anecdotes, mais plutôt une tentative de donner à sentir « la singularité, la tendresse et la violence de ce quartier ».

Il pensait : Parler aussi est une violence, il n’y a rien
Qui doive être dit, les mots ne sont utiles qu’au moment
Des naufrages, ils sont autant de racines auxquelles
Se raccrocher ; cependant, c’était là l’instant du naufrage,
Les mots manquaient, – ? ça veut dire quoi aimer ?

C’est un très bel hommage à un lieu, à ses habitants, un état des lieux où l’écrivain se fait presque photographe, retenant des instantanés, un livre qui pose la question de la place du sujet, et cherche le rapport de la ville et de l’homme.
Il faut souligner aussi la belle réalisation de l’éditeur l’Amourier, mise en page (les dispositions des textes sont toutes différentes, avec des effets typographiques jamais gratuits mais en plein accord avec le contenu de chaque poème), les photos sont très bien reproduites, absolument pas écrasées, bien contrastées. Le tout présenté dans un format à l’italienne qui sied parfaitement à ce beau livre.
•Florence Pazzottu, Giney Ayme, La Place du sujet, carnet du Panier, L’Amourier, 2007, isbn, 978-2-915120-37-0, 19 €

Leclair_2 D’Yves Leclair on a déjà pu lire des textes inspirés par sa longue pratique des philosophies et poésies d’Extrême Orient, ainsi ce Manuel de contemplation en montagne déjà chroniqué dans Poezibao. On retrouve avec bonheur cette veine dans ce nouveau livre, Bâtons de randonnées, en douze chapitres comme les douze mois de l’année, douze ragas (musique de l’Inde), suite de notes, de descriptions poétiques, d’aphorismes. Où l’on apprécie l’humanité de l’auteur (que l’on sent présent, vivant, capable d’émotions contrairement à ce qui souvent se lit chez ceux qui se recommandent des sagesses orientales !). On aime aussi à retrouver des auteurs de notre culture occidentale, en contrepoint fécond de Lin-Tsi, Basho ou du Tao Te King, qu’il s’agisse de William Cliff, de Pline le Jeune, de Michel Jourdan, de Seamus Heaney.

chapitre IV
Raga du fleuve qui bruit
et des fleurs de prunier en avril

Lever du jour sur les bords de la Loire.
   Végétations, bateaux, dieux suspendus parmi les bancs de brumes.
   Cette matinée n’a ni feuilles ni branches, que de l’espace où déborde le vide

•Yves Leclair, Bâtons de randonnées, La Table ronde, 2007, 158 p., isbn, 978-2-7103-2969-5, 13,50 €

Despax Auteur de deux recueils de poèmes, d’un roman et d’un essai biographique sur Ossip Mandelstam, Jean-Luc Despax trouve avec ce nouveau livre Des Raisons de chanter. Note d’intention des plus explicites en quatrième de couverture : « La poésie a le devoir de lutter contre la réduction du monde au statut de marchandise, de réservoir disponible pour la consommation. Il s’agit d’user des moyens musicaux du saboteur post-moderne ». En découle une série d’environ 70 poèmes bien enlevés, dont les titres sont déjà tout un programme : "en cas d’affluence n’utilisez pas les strapontins" ou "Les chips", ou encore "les Transiliennes" et bien sûr "Poète Academy", (sous titré "mes débuts dans le cynisme").

Depuis Wittgenstein
Ils ne disent plus qu’une robe est rouge
Ils disent que la robe
Ils disent que la
Ils disent que
Ils disent
Ils

Mallarmisme et rimbaldisme
Nous mènent en bateau depuis longtemps
La non-poésie fait des ronds dans l’eau


•Jean-Luc Despax, Des raisons de chanter, Le Temps des cerises, 2007, 120 p., isbn, 9-78241-096688, 11 €.

Mourot_2 Dans Intimités du Chaos, Michel Mourot s’interroge à son tour sur l’écriture et sur la légitimité du poème autour de ce qui pourrait bien être la séquence centrale du livre "Approche du poème par le désespoir de l’air". On trouve là des suites de poèmes marqués par une grande noirceur mais où semble percer toutefois, malgré la lucidité, une volonté de continuer à gratter, à "casser la glace et à suivre son cours".

•Michel Mourot, Intimités du Chaos, La Différence, 2007, 125 p. , isbn, 978-2-7291-1686-6, 14 €

Josse Sur les Quais, ce sont de courtes proses que propose Jacques Josse, autour du monde de la mer, des quais, d’un port, campant des figures solitaires, parfois celles de proches, père, mère, sœur, connaissances, présences brutales, fortes. Forte comme l’est cette écriture, précise, excellant à créer un climat très particulier et prenant.

Celui qui habite dans un container jaune et noir avec entrée découpée au chalumeau dans la ferraille reçoit assis sur un marchepied calé devant sa porte. Il fume avec lenteur. A une bière à la main. Invite le visiteur à en extraire une du pack posé dans les oyats et à prendre place à sa droite pour s’offrir gratis une imprenable vue sur la mer. Derrière, la radio diffuse Les grands voyageurs de Bashung. Il se tait. Attrape ses jumelles. Fixe la balise du Taureau qui corne à intervalles réguliers. En dix heures de guet, je n’ai noté, c’est peu, que trois pétroliers et deux cargos croisant au large. Je les repère au moment où ils passent là, tu vois, dans ce rectangle bleu, entre les deux pins parasols.

•Jacques Josse, Sur les quais, TraumfabriK, 2007, 42 pages, dessins de Georges Le Bayon, isbn, 978-2-952926-1-2, 8 €.

Maub Traversée de la douleur, déchirements du corps, du cœur et pourtant psaume, c’est le chemin que trace Pierre Maubé dans Psaume des Mousses, ce petit livre brûlant qui rend compte, oui, rend compte, de moments terribles d’âpreté, de brutalité vécus dans le cours de l’épreuve de la maladie. Et de la nécessité vitale d’écrire, envers et contre tous les renoncements

gestes crevés avant que d’être
ébauche d’efforts volontés
flasques tellurismes
avortés
tes déroutes se sédimentent
et forment le socle mou
de tes renoncements

•Pierre Maubé, Psaume des mousses, Éclats d’Encre, 2007, 32 p. isbn, 978-2-914258-51-8, 12 €


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