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La Porte des Enfers de Laurent Gaudé

Publié le 25 septembre 2008 par Juan Asensio
Edgar Degas, Danteet Virgile devant l'entrée de l'Enfer (1857-8)Edgar Degas, Danteet Virgile devant l'entrée de l'Enfer (1857-8).

Je suis sorti de la Zone grise, confuse et bavarde de Mathias Énard, pour pénétrer dans les Enfers de carton-pâte de Laurent Gaudé de la plus étrange façon : à la page 479 de son roman boursouflé, Énard décrit l'une des scènes les plus célèbres de l'Antiquité, la fuite de Troie en flammes durant laquelle Astyanax porte Anchise sur ses épaules alors que, page 10 du roman de Gaudé, celui qui est revenu, à l'instar d'un héros virgilien dépourvu de toute superbe, des Enfers, porte son père, comme un enfant dit-il, sur son dos.
Ce petit détail m'a frappé, la lecture du roman de Gaudé beaucoup moins, hélas. Dans l'un comme dans l'autre de ces romans, le manque éclatant d'ambition métaphysique m'a profondément déçu. Il n'y a aucune vision dans ces deux livres. Dans le gros roman d'Énard, la volonté est pourtant claire de tout dire, de tout raconter, y compris la construction de la dernière route reliant deux bourgs serbes insignifiants sur laquelle tel insigne bourreau aurait posé les pieds. Ne nous y trompons point : cette volonté n'est point la conséquence logique d'une véritable vision du monde mais d'un simple pari stylistique, suranné je l'ai écrit à l'époque même où Philippe Sollers nous ennuyait profondément avec Paradis. J'ai affirmé que l'impression que j'avais retiré de cette lecture avait été celle provenant d'un guide touristique agrémenté de notes pittoresques sur des personnages littéraires (il est vrai que Mathias Énard en raffole) ou des faits historiques. Relisant le livre d'Énard, je me demande si je n'ai point été encore trop aimable avec ce kouglof obèse qui se veut roman total...
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