Magazine France

Grand Paris, Vélib’ et TVM…

Publié le 17 juillet 2007 par Jean-Paul Chapon

L’inauguration de Vélib’ et son flot de retombées médiatiques (nous dira-t-on combien de Vélib utilisés un lundi de pluie ?) ont occulté un autre événement majeur de la vie du Grand Paris. On en a un peu parlé hier dans le cadre de la bagarre politique du SDRIF, puisque cet événement a été l’occasion pour Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France de faire entendre sa voix dans le débat actuel en se posant la question « de quel droit une assemblée qui a le pouvoir de décider sur cette question est contredite par l’Etat? » et y apportant lui-même la réponse, c’est un «conflit plus que politique » tout en taxant la position de Sarkozy sur le poids de la région et sur  le Grand Paris de  « jacobinisme excessif ».

Et pour une fois, je dois donner raison au président de la région Ile-de-France. Ce conflit est plus que politique dans le bon et le mauvais sens du terme.

Dans le mauvais sens du terme. Ce matin dans Libération, l’UMP se fend d’une tribune sur le Grand Paris. Signée par Françoise de Panafieu, candidate UMP à la mairie de Paris, Claude Goasguen et Philippe Goujon, députés UMP de Paris, comme si faute d’idées il fallait se mettre aussi à trois pour ce genre d’exercice à l’instar des Verts, Denis Baupin, adjoint Vert au maire de Paris, chargé des transports, Mireille Ferri Vice-Présidente du Conseil régional d’Ile-de-France chargée de l’aménagement du territoire, et Catherine Candelier, vice-président du groupe des Verts au Conseil régional, la semaine dernière dans le Monde. Les triolistes de l’UMP commencent par s’en prendre à la Conférence Métropolitaine du maire de Paris, Bertrand Delanoë, qualifiée d’ « apparence de concertation qui s’est figée dans un dialogue factice et sans lendemain, puisque sans aucun moyen d’action technique et financier. » C’est un peu rapide de la part de représentants d’un parti qui, à l’opposé de l’ouverture prônée par son leader Sarkozy, appelle au boycott de cette initiative qui pourtant devrait trouver grâce à leurs yeux. Lorsque le trio écrit que « la vraie réponse réside dans l’amélioration substantielle des conditions de transports, dans les lignes de RER et de métro, et le maillage du réseau de transports en commun en banlieue pour le projet Arc Express ou Métrophérique », l’honnêteté intellectuelle demanderait qu’il reconnaisse que la Conférence Métropolitaine a réussi lors d’une session précédente à imposer tant au niveau des élus que dans le grand public un consensus sur Métrophérique. Mais il est vrai que pour l’UMP parisienne, le jeu politicien prime apparemment sur l’intérêt des parisiens intra et extra muros.

Mais c’est aussi un « conflit plus que politique » dans le bon sens de terme, au sens de la politique appliquée à la vie de la cité et à la conception que l’on s’en fait. Il convient en effet de se poser cette question comme Patrick Braouezec, député PC de Seine-Saint-Denis et président de l’agglomération Plaine-Commune,  le fait lui aussi dans Libération ce matin. «  La question du Grand Paris et du devenir de la région capitale est tout sauf une question technique de bonne administration ou de bonne entente entre élus locaux… C’est une question de société, une question de valeurs et d’avenir à construire. »  Les réactions à l’opération Vélib’ sont à cet égard particulièrement intéressantes. Toujours dans le même Libération, l’association La Périféérique se lamente sur La banlieue privée de Vélib’». Il n’est pas lieu ici de soutenir leur argumentation sur l’utilisation du vélo dans l’agglomération parisienne comme alternative valable en termes de transports, mais leur question est juste, pourquoi à Paris et pas au-delà du périphérique ? Denis Baupin, adjoint aux transports du maire de Paris, y apporte une réponse qui montre à quel point la situation administrative actuelle est un frein au développement rationnel de la Ville. Ainsi Baupin déclare sur RTL vouloir « développer le service sur l’agglomération… une fois que l’on aura terminé la mise en place d’ici la fin de l’année » sur Paris. Et d’ajouter, “beaucoup de communes sont déjà demandeuses. Cela pose quelques petits problèmes juridiques puisque cela a été couplé avec le marché de la publicité avec Decaux et que Decaux n’est pas forcément l’annonceur des toutes les villes limitrophes… Il faut trouver des dispositifs” mais “il est évident que le bassin de déplacement concerné dépasse largement Paris. » Voilà bien le hic, « trouver des dispositifs ». L’actualité met le focus sur le vélo, mais on pourrait l’étendre à d’autres initiatives, par exemple l’accès gratuit aux services wifi qui vient d’être inauguré à Paris dans les espaces publics. Pourquoi à Paris intra muros et pas au-delà du périphérique ? Rééquilibrer, réduire les inégalités proclame le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF), pas seulement le texte qui fait l’actualité aujourd’hui, mais aussi sa version de 1994. Et que les commentateurs ne viennent pas encore écrire que les autres municipalités n’ont qu’à faire comme Paris. Cela n’a pas de sens, il y a une question de ressources, d’effet de taille, de rationalisation et de retour sur investissements, etc. Avec la même logique que Patrick Braouezec écrit aujourd’hui « la communauté d’agglomération que je préside est la preuve que des coopérations intercommunales très étroites et cohérentes sont possibles en Ile-de-France, sur d’autres critères que la concurrence, l’hégémonie ou la préservation de l’entre-soi des riches. Nous relevons le défi d’un développement solidaire tendant à faire de notre bassin de vie une centralité urbaine émergente, attractive, pôle dynamisme économique mais aussi social, urbain et environnemental. » La quête d’un Grand Paris, n’est rien d’autre que la volonté d’appliquer cette démarche à l’ensemble de l’agglomération parisienne.

Ah oui, j’allais oublier de parler de cet autre grand événement ! Hier, le prolongement du TVM a été inauguré en grande pompe. Il n’a pas le « nez résolument urbain » du Tram des maréchaux et  ne risque pas de faire le 20h00 des chaînes nationales. Le TVM pour Trans Val de Marne, c’est un bus, en site propre, et hier on a ouvert neuf nouvelles stations sur 7 kilomètres, portant son terminus de Rungis à la Croix de Berny. Grande nouvelle, « il est désormais possible d’aller de Saint-Maur-Créteil à la Croix de Berny en 55 minutes » déclarait hier Pierre Mongin, président de la RATP. Là je dois dire que Pierre Mongin est plus convaincant lorsqu’il parle de Métrophérique… Le Parisien dans son édition du Val de Marne explique aujourd’hui « un bus toutes les 4 minutes aux heures de pointe, un accès facilité pour les personnes à mobilité réduite dans toutes les stations, une information en temps réel, une vitesse de 23 km/h… le TVM, c’est un peu comme un tramway sans rails. » Bien vu, et la banlieue, c’est un peu comme le Grand Paris, sans Paris ;-)


Retour à La Une de Logo Paperblog