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entre les murs, de Laurent Cantet

Publié le 09 octobre 2008 par Elgade

CRITIQUE DU FILM « ENTRE LES MURS » de Laurent Cantet
Si je me souviens bien, le film commence par un gros plan sur le prof joué par l'auteur du livre, François Bégaudeau. Visage sombre. Et même triste.
Je ne raconterai pas l'histoire, en fait, il n'y en a pas ! C'est plutôt un film-reportage sur une classe de 4ème, au Collège F.Dolto, à Paris, dans le 20ème, classé Zep (zone d'éducation prioritaire).
Quand on fait partie de la grande famille qu'est l'Education Nationale, on sait qu'un collège Zep (800 en France), c'est un collège difficile et que tout le monde fuit.
Je trouve un peu dommage de faire un film sur une classe particulière qui n'est en aucun cas représentatif d'une classe normale française.
Ce film donne une image fausse de la France, fausse de l'enseignement en France, fausse du niveau scolaire des élèves en France. D'ailleurs, ce film aurait pu être tourné en Afrique. On n'aurait pas été choqué.
Sinon, dès le début du film, dans la salle des profs, jour de la rentrée, les profs s'échangent leurs impressions sur les élèves et les étiquettes fusent : gentil, pas gentil, pas gentil du tout... Ca, c'est une réalité terrible : les élèves ne quittent jamais leur étiquette durant tout leur parcours scolaire ! Et ceci dès l'âge de 2 ans ! C'est tout simplement dramatique. On ne laisse aucune chance à l'enfant. Et ceci est totalement vrai ! Et il y a même des écoles, la plupart, qui « font » leur classe en fonction des étiquettes des élèves...
Quant au prof, on le voit dès le début crier dans le vide sur les élèves pour qu'ils se taisent. Et chaque prof sait que cela ne sert à rien, si ce n'est aggraver la situation...Il ne parle pas mieux français et s'adresse avec beaucoup de légèreté et de vulgarité à ses élèves. Le film montre le prof qui se moque très facilement de ses élèves, qui les traite de « pétasses ». Il dit à plusieurs reprises : « vous charriez trop, vous allez me foutre la paix, je m'en fous, c'est des conneries, arrêtez de jouer au con, votre boulot, c'est de foutre le bordel dans la classe ?"
Je m'en souviens car j'ai pris des notes pendant le film !
Bref, si un prof s'adresse ainsi, le jour de l'inspection, à ses élèves, il aura de sérieux problèmes.
Souvent, ce sont les élèves qui donnent des ordres au prof et qui donnent même l'autorisation au prof de parler !!! Il y a même un élève qui demande au prof s'il n'est pas homo !
On aborde plusieurs fois le thème du racisme (« jambon-beurre qui puent le fromage »), mais sans profondeur. Le prof décrète avec beaucoup de sérieux : « ce sont des gens snobs qui utilisent l'imparfait du subjonctif, cela fait partie du registre du bourgeois ! »
Bref, le tableau qui est fait du prof est assez négatif. On ne voit jamais une leçon intéressante et on a l'impression que les élèves n'apprennent rien. Ils se déchirent pour défendre leur équipe de foot...

Le film se termine d'ailleurs par une élève qui avoue, tristement, ne rien avoir appris de l'année...
Mais il y a quand même des vérités intra-muros du collège : on voit l'extrême solitude du prof. Aucune solidarité entre profs. Une ambiance pourrie règne dans le collège. Chacun pour soi. Quand il y a des réunions, et il y en a souvent, on parle de la machine à café et du prix trop élevé du café !!!
L'élève n'est jamais pris dans sa globalité personnelle. Au collège, on ne traite que des affaires scolaires ! Et c'est déjà vrai à l'école...
Le film montre aussi le système ridicule et obsolète des punitions. On voit aussi l'impuissance du prof qui est pris dans une machine infernale et qui n'a pas d'autre choix. Le côté ridicule du conseil de discipline qui a pourtant des conséquences sur l'enfant dramatiques. D'ailleurs, on ne sait rien sur les suites de cette exclusion. C'est plus que dommage...
En conclusion, on reste davantage touché par le film que par le livre. Entendre du mauvais français est moins pénible que de le lire.
On peut être amusé par certaines scènes pleines de naturel.
On imagine mal que cela pourrait se passer en réalité. Comment un proviseur accepterait-il que des délégués de classe, présentes au Conseil de classe, rigolent pendant tout le Conseil ? C'est tout simplement inadmissible et insupportable.
C'est vrai que des classes difficiles existent, que les profs sont déprimés et ne savent pas comment s'en sortir, mais en aucun cas, ce sont les élèves qui dirigent la classe, comme on les présente dans le film: un élève dit au prof : « je vous donne l'autorisation ».

C'est dommage que l'on montre un prof qui a plutôt l'air débordé et qui n'a pas envie de tirer ses élèves vers le haut. Il essaie de prendre leur défense, mais ça sonne creux. Il n'y a aucun projet de classe. En fait, on ne voit pas le travail des élèves (et encore moins celui du prof), on voit juste des « mots » et des comportements difficiles. Et des acteurs qui ne sont pas des acteurs.
Bref, une triste image de la France à travers ce film. Ceci dit, il y a des vérités incontournables du système français qui voit l'élève et jamais la personne derrière l'élève. Pour un prof et tout le système, un élève est un élève et jamais un enfant ou un adolescent avec sa vie et ses problèmes.Il faudrait arriver à mettre de l'affectif dans les relations humaines et tout serait plus facile. On a l'impression que Bégaudeau a essayé de vivre ce côté affectif avec ses élèves, mais sans vraiment y arriver. Et c'est sûrement cela qui a touché le jury de Cannes. Le côté désuet de la relation...
J'ai préféré le film au livre, mais je pense que ce n'est pas du tout représentatif du système français et je ne le conseille pas. Les profs ne s'y retrouveront pas et les élèves, sauf les ados en Zep (et encore !), ne se reconnaitront pas, enfin j'espère ! D'ailleurs la salle était pleine d'ados qui rigolaient bien de voir autant de pouvoirs chez les élèves ! Peut-être allaient-ils les imiter !
Bénédicte

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