Magazine Journal intime

Consultation inadéquate

Par Docrica

09/10/2008 à 23h10 - mis à jour le 10/10/2008 à 11h10 | vues | réactions

C'est du moins l'impression que j'en ai... leur inefficacité, leur inadéquation.

C'est le cas pour cette consultation avec ce jeune homme de 11 ans.

Sa maman me l'amène pour certificat médical pour aptitude au sport. Rien de plus banal si ce n'est que j'étais le médecin (et voisin d'enfance) de son papa. Mais que son papa est mort des suites d'un cancer du rein à l'âge de 36 ans il y a tout juste un an.

Je ne l'avais revu, depuis le décès de son père, qu'une fois à la consultation, il se cachait le visage sous son blouson mis à l'envers: j'étais LE toubib qui avait tué (qui n'avait pas réussi à sauver !) son père. Sa mère l'avait plus ou moins trainé de force dans le cabinet pour l'examen.

Changement de comportement, très jovial, trop jovial. Extrême précaution pour l'aborder, pour le toucher, pour lui parler. J'étais plus gêné que lui il me semble. Sans arrêt en train de penser à la catastrophe qu'il a vécu.

Je lui examine le cœur et le poumon ? J'entends les crépitant et râles de son père sur son lit de mourant.

Je lui examine les genoux ? Je revois l'irm qui avait décelé une métastase sur le genou du cancer du rein chez son père.

Je le mesure et le pèse ? Je revis les pertes pondérales inéluctables des dernières semaines.

Bon sang que c'est dur.

La maman lui demande de rentrer (il habite pas très loin du cabinet) rejoindre son frère à la maison.

Moi: "Et vous comment ca va ?"

Elle: "Comme ci, comme ça.. Je pense que X. a besoin de parler, il évite le sujet avec moi, et de toute manière il m'a vu trop... mal pour qu'on puisse en parler avec recul. Vous connaissez quelqu'un avec qui il pourrait parler ?"

Moi: "Il a bien la psychomotricienne, elle est bien, et elle est neutre."

Elle: "Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas, car elle s'occupe déjà de son frère"

Moi: "Sinon, il y a quelques pédopsychiatres à XXXXX, mais j'ai une certaine appréhension.. les quelques enfants que je leur ai envoyé se sont retrouvés sous antidépresseurs !!"

Elle: "Bien évidemment non.. c'est pas de médicaments qu'il a besoin, c'est de se vider"

Moi: "Je suis bien d'accord. Il y a aussi les psychologues mais... ils ne sont pas remboursés et ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère niveau tarif"

Moi :"Y., je ne me sens pas capable de discuter avec X. Je suis celui qui a tué son père, je suis déficient pour cette prise en charge, ce n'est pas cicatrisé ni pour vous, ni pour lui, ni pour moi".

Elle hoche la tête. Première fois qu'on en parle depuis le drame.

On décide de tenter la PMI locale (Protection maternelle et Infantile), mais les délais de rendez-vous sont long, très long, plusieurs mois.


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