Les aventures du vin suisse de Champagne se poursuivent. J'ai eu l'occasion, il y a quelques mois, d'évoquer ce petit vin blanc qui se bat vaillamment, tel Astérix, contre la grande Champagne française, qui produit du vin mousseux et a fait en sorte que le nom du village suisse n'apparaisse plus sur les bouteilles de blanc qui en sortent. Aux dernières informations, les vins produits dans cette localité s'étaient rebaptisés "Libre Champ" en 2004, ce qui leur a coûté cher en termes de ventes: cette nouvelle appellation ne dit rien à personne.Et ce soir, recherchant quelque bon blanc pour accompagner la fondue au fromage moitié-moitié qui, c'est connu, crée la bonne humeur depuis les années 1930, je tombe sur une étiquette assez curieuse puisqu'elle arbore l'appellation "C-AMPAGNE" - tout cela, dans les vins vaudois. A la première seconde, je me dis: "C'est quoi, ce vin campagnard? Une curiosité?"... et à la seconde, je comprens qu'il s'agit d'un nouvel avatar du "Champagne" suisse, vin blanc sec de Bonvillars, près de Grandson, issu d'un petit village dont le nom de Champagne est attesté depuis bien plus longtemps que la naissance de Dom Pérignon.
A l'arrière de la bouteille (si j'ose ainsi dire), l'étiquette explicative ne se disperse pas en conseils d'accompagnement et de température: on sait qu'un chasselas se boit frais, si possible sous la tonnelle, sinon avec des plats au fromage ou des filets de perche! Les vignerons de Champagne préfèrent y présenter leur combat. Je ne peux que les citer in extenso:
"Depuis plus de 800 ans, ce village existe. Ce Chasselas vaudois de Champagne près de Grand son, dérange la grande et puissante Champagne française qui, au travers des accords bilatéraux, en a fait interdire la commercialisation. Les vignerons de Champagne, en se défendant devant le Justice européenne, dénoncent avec force et courage, la privation de liberté et d'identié qu'on cherche à leur imposer. En achetant cette bouteille, vous les soutenez."Une telle bouteille a même été remise à Doris Leuthard, ministre suisse de l'économie. Bref, en clair, "buvez engagé!"
Et boire engagé, est-ce que ça en vaut la peine? En l'occurrence, ma réponse sera affirmative. Indépendamment du différend entre Champagne et Champagne, en effet, force est de constater que le chasselas de Bonvillars vaut le détour. On dit que le chasselas, en tant que cépage, n'apporte pas beaucoup de goût au vin; reste que les vignerons de Champagne ont su en tirer tout son caractère - sans doute avec la complicité des sols, comme c'est le cas en Valais. Au final, nous avons affaire ici à un vin fruité, avec de petites notes salées et un goût ferrugineux qui reste longtemps en bouche. Du caractère, quoi, et ce côté franc, un peu rentre-dedans et haut en couleur qu'on peut trouver dans les vins les plus séduisants du canton de Vaud.
Qui a dit que cela avait quelque chose à voir avec les produits des barons d'Epernay?
Post-scriptum: Bonvillars produit également un vin mousseux. Par respect pour l'illustre appellation française, celui-ci est commercialisé sous le nom de ... Bonvillars Brut!
Pour boire engagé, vous aussi: http://www.cavedebonvillars.ch/







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