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Annie Dillard

Publié le 11 octobre 2008 par Loïs De Murphy

Pendant que François B. recevait B. Pivot, Jean d’O., F. Bégaudeau et Laure Adler, la couverture du livre de Anne Dillard, En vivant, en écrivant, traduit par l’excellent Brice Matthieussent et publié chez Bourgois me faisait de l’œil. J’ai éteint la télé bien sûr, le niveau était au ras des pâquerettes.

Et je remercie Bertrand ploquin des éditions Croiser le faire grâce à qui je découvre cette écrivaine appréciée de Rick Bass.

Voici les quelques lignes du début, plus qu’un incipit pardonnez-moi mais j’adore.

« En écrivant, tu déploies une ligne de mots. Cette ligne de mots est un pic mineur, un ciseau de sculpteur, une sonde de chirurgien. Tu manies ton outil et il fraie un chemin que tu suis. Tu te trouves bientôt profondément engagé en territoire inconnu. S’agit-il d’une impasse, ou bien as-tu localisé le vrai sujet ? Tu le sauras demain, ou dans un an.

Tu marches vaillamment sur le chemin et le suis dans la crainte. Tu vas où il te mène. Au bout de ce chemin, tu découvres un canyon en cul-de-sac. Tu tapes des rapports frénétiques, tu multiplies les communiqués.

Entre tes mains et en un clin d’œil, l’acte d’écrire, jusque-là expression de tes idées, s’est mué en outil épistémologique. Ce lieu nouveau t’intéresse parce que rien n’y est clair. Te voilà aux aguets. En toute humilité, tu disposes soigneusement les mots sur le papier, sans négliger aucune approche. Maintenant, tes premières lignes paraissent faibles et bâclées. Le processus n’est rien ; efface tes traces. Le chemin n’est pas l’œuvre*. J’espère que l’herbe a repoussé sur tes pas ; j’espère que les oiseaux ont picoré les miettes ; j’espère que tu jetteras tout ça sans te retourner.

La ligne des mots est un marteau. Tu t’en sers pour explorer les murs de ta maison. Tu les tapotes, doucement, partout. Après les nombreuses années passées à étudier ces choses, tu sais à quel bruit prêter l’oreille. Certains murs sont porteurs ; il faut qu’ils restent en place, sinon tout l’édifice s’écroulera. D’autres murs peuvent disparaître sans dommages ; tu sais entendre la différence. Malheureusement, c’est souvent un mur porteur qui doit disparaître. On n’y peut rien. Il n’y a qu’une solution, qui te consterne, mais c’est comme ça. Flanque-le par terre. Gare… »

*Ah si, parfois, c’est le cas. Elle n’a pas lu La route de Maccarty à cette époque ;o)


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