Magazine Moyen Orient

62 - Rosh Hanikra

Publié le 13 octobre 2008 par Ysabelle Mazouz
Un littoral bordé de plaines, des étendues de sable à perte de vue où viennent mourir les vagues d'une mer azur, un soleil qui ne cesse de se mirer à la surface de l'eau..... nous longeons la côte qui mène vers le nord. Nous sommes en Gallilée, pas besoin d'étoile pour nous guider, les étoiles sont dans mes yeux qui se délectent à chaque instant de ce paysage féérique. Je n'arrive pas à détacher mon regard de la plage qui est restée sauvage. Je ne cesse de regarder le va et vient nonchalant des vagues dont l'écume se heurte et s'accroche aux rochers. Bientôt je l'aperçois au loin, fière et droite, telle la reine de Saba, elle se dresse face à nous et sa blancheur m'éblouit. Pas de doute, nous arrivons à notre destination finale, Rosh Hanikra et ses grottes enchantées. Pendant l'antiquité, Rosh Hanikra était le point de passage des caravanes marchandes. entre le liban, la syrie et Israël. C'était aussi l'endroit qui délimitait la frontière avec le Liban. Cette frontière était ouverte et était un lieu de passage important qui était souvent emprunté par les armées.  En 323 av J-C, Alexandre le Grand fit creuser un tunnel dans la roche pour pemettre à ses troupes de passer.  La première route est construite par les britanniques durant la première guerre mondiale, ils construiront ensuite un tunnel pendant la seconde guerre mondiale avec une voie ferrée afin de relier Beyrouth à Haïfa. La Palestine étant sous mandat Britannique, les anglais installent un poste frontière à Rosh Hanikra. Une fois les troupes retirées, la région passera sous contrôle Israélien et durant la guerre d'Indépendance ( à partir de 1948) la haganah ( groupe de résistants juifs) fera sauter le chemin de fer afin de protéger le nouvel état juif et d'éviter une invasion Libanaise. Voici la frontière, une frontière qui ne laisse passer personne, une frontière qui ne s'ouvre jamais. Elle est triste cette frontière parce qu'elle n'a pas de vie. J'ai demandé au soldat qui était en faction  l'autorisation de la photographier, il a tout de suite accepté, les règles ont du s'assouplir parce que je me souviens qu'il y a quelques années il était interdit de prendre cet endroit en photo.  Le jeune soldat que nous ne verrons pas et qui gardait cette barrière était stressé lorsqu'il nous a vu nous approcher, il avait la main proche de son révolver, il s'est détendu lorsqu'il a vu Rébecca (la petite de 9 ans) et entendu notre accent Français. Il nous a confirmé que c'est bien ici qu'avait eu lieu  les échanges de prisonniers avec le Liban et j'ai compris que cette barrière ne s'était pour l'instant ouverte que pour laisser entrer les corps  sans vie de nos soldats. C'est ici que le 16 juillet 2008 le liban nous a rendu les restes des soldats Regev et Goldwasser, prisonniers du Hezbollah depuis deux ans et certainement tués tout de suite,  en échange de Samir Kuntar,  criminel notoire, auteur de nombreux attentats qui lui a été rendu par Israël vivant et en pleine forme !! Nous décidons très vite de descendre dans les grottes, motif de notre visite, et pour ce faire, nous empruntons un téléphérique qui nous offre une splendide vue panoramique de la falaise et de la mer.  Le trajet est rapide, le téléphérique ne fait que 102 mètres de longueur ce qui fait que deux minutes plus tard nous sommes déjà à destination. Et nous voilà en bas, face à cette immense falaise sur laquelle le soleil jette des reflets argentés. Le spectacle est grandiose, on entend les vagues qui se fracassent contre la roche en un bruit assourdissant et on a qu'une envie, découvrir vite fait ce qui nous attend à l'intérieur. Jusqu'en 1970, les seuls visiteurs de ces grottes étaient les plongeurs puisque cet endroit n'était accessible que par la mer. Deux ans de travaux et un tunnel d'une longueur de 400 mètres érigé par l'homme ont permis un accès terrestre. Plusieurs grottes s'étendent sur une longueur totale d'à peu près 200 mètres. Certaines grottes se rejoignent, d'autres font chemin à part. La mer est agitée en ce dimanche de fin septembre, un vent de mer qui nous offre de belles vagues mais qui oblige à la fermeture de certains endroits par mesure de sécurité, simplement parce que l'eau passe au dessus de la roche et envahit la galerie. C'est impressionnant, l'endroit est humide et il faut faire attention à ne pas glisser. La chaleur est moite à l'intérieur et on entend les roulements de la mer. Le bruit des vagues qui s'échouent sur les roches fait l'effet de petites bombes, la première fois on sursaute et on se bouche les oreilles, la fois d'après on est déjà habitués.  La photo ci-dessus, même si elle n'est pas réussie, montre à quel point la mer est furieuse et le passage a été fermé parce que l'eau joue à saute mouton, nous n'irons donc pas plus loin cette fois-ci..... Nous ressortons de la première grotte un peu sonnés par le bruit mais déjà le soleil nous illumine et nous ouvre le chemin vers la falaise. Cette falaise est le fruit d'une faille géologique et d'un glissement d'énormes masses rocheuses qui ont également formé l'escarpement terrestre et le fond de la mer au large de la plage voisine.  La chaine de montagne est formée de trois couches, du Cénomanien, du calcaire et des dolomites dans la couche supérieure, du calcaire tendre dans le milieu. C'est dans ce calcaire tendre que l'érosion a creusé les grottes.  Devant nous la roche et sa blancheur aveuglante, elle semble si haute qu'elle nous donne le vertige. Derrière nous le bleu de la méditerrannée et sa colère qui n'en finit pas. Comme c'est agréable de se tenir à la barrière et d'admirer ce qui nous entoure. L'horizon avec une petite embarcation qui ne semble pas gênée par la houle, la côte sauvage à notre gauche ou s'étend des kilomètres de sable fin et à droite, la roche façonnée par la mer et le vent.  Nous arpentons la falaise, cheveux aux vents, envahis par un sentiment de liberté extrème. J'essaie de photographier chaque endroit parce qu'une nouvelle image s'offre à chaque fois. Parfois les embruns viennent nous fouetter le visage et nous rafraîchir, c'est un moment vraiment magique ou la roche est en symbiose parfaite avec la mer. Liées l'une à l'autre elles nous entraînent sur ce petit chemin rocheux ou déjà apparaît une autre grotte. Je tourne la tête et je vois ...... l'éléphant !!! C'est la photo typique que l'on retrouve sur toutes les cartes postales, sauf que celle là c'est la mienne !!! Ici on l'appelle l'éléphant parce que l'avant de la roche forme une sorte de trompe qui pourrait ressembler à un éléphant. Il est bien évidemment très convoité et mitraillé à chaque instant. Combien de photos similaires à celle-ci, des tonnes j'en suis persuadée !!! A l'intérieur c'est toujours surprenant, la seconde grotte ne ressemble pas à la première même si la mer est toujours en colère. On s'habitue très vite à l'obscurité et à la température ambiante, mais ce que je préfère quand même c'est le décor à ciel ouvert, quand le bleu du ciel se mélange aux tons de la mer pour ne former plus qu'un. Nous reprenons le petit chemin de la falaise en sens inverse, nous croisons des gens qui comme nous sont émerveillés par cet endroit. Nous allons maintenant retrouver le tunnel où jadis passait le train qui reliait Haifa à Beyrout. Face au tunnel, je ferme les yeux et j'imagine.... je le vois ce train, il est chargé de  matériel militaire, il ralentit quand il arrive dans le tunnel, il roule presque au pas.... dans quelques minutes il passera la frontière et se retrouvera au Liban..... il siffle, comme pour annoncer son arrivée..... Une autre partie restante du tunnel à l'opposé est transformée en salle de cinéma. Nous vons la chance d'avoir le film en Français. Il passe toutes les 15 minutes en langue différente.  Il est amusant de constater que ce film est bien vivant, lorsque l'on nous parle de la mer, nous recevons des gouttes d'eau, lorsque l'on nous explique que la Haganah a fait exploser le tunnel, nous avons le son et la lumière d'une explosion. On  apprend que la falaise de Rosh Hanikra ainsi que son littoral sont une réserve naturelle de plantes et d'animaux. Sur les versants de la falaise s'épanouissent des fleurs roses du statice, des Sciles, des narcisses et des lis odoriférants. Au début du printemps, les pentes de la roche  se couvrent de fleurs de toutes les couleurs. Des chauve-souris ont élu domicile au plafond des grottes. Les mouettes bâtissent leurs nids à l'Ouest de la falaise. La plupart des oiseaux marins d'Europe et du Proche-Orient se posent à Rosh-Hanikra et les flaques d'eau de mer leur offre une nourriture abondante. Le fond de l'eau, parsemé de récifs, offre un lieu idéal pour les poissons les plus variés. C'est aussi un lieu privilégié d'accouplement des tortues de mer brune. Au début de l'été elles viennent creuser leurs nids pour y pondre les oeufs et quelques semaines plus tard à la pleine lune, des centaines de bébés tortues se ruent vers la mer, guidées par la lune. Rosh Hanikra cache une légende mystérieuse. Il se dit que dans les temps anciens, une caravane qui traversait cette zone connut un grand malheur. Un riche marchand emmenait sa fille vers le Liban pour la marier à celui qu'il avait choisi pour elle. La jeune femme qui était très belle ne pouvait se résoudre à ce mariage forcé car son coeur était ailleurs et elle se jeta du haut de la falaise. On ne retrouva jamais son corps mais quand le vent souffle contre la roche on peut entendre sa longue plainte qui vient de la mer et ses sanglots qui s'échouent sur les roches.....      

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