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De gauche et de droite

Publié le 13 octobre 2008 par Didier54 @Partages
La gauche telle qu'on la connaît a très certainement commencé à mourir en perdant son âme à l'insu de son plein gré au début des années 1980. En accédant au pouvoir, elle a dû passer des promesses aux actes, se coltiner les lobbies, commencer par délaisser des valeurs au profit d'une "rigueur" qui, comme le terme compétence, a le sens qu'on veut bien lui donner. En plus, dans le confort de l'opposition, elle a gardé quelques tics en terme de réactivité tenant lieu d'action. Un qui n'avance pas recule érigé en système, puis en mode de pensée, puis en technoland dont on mesure aujourd'hui la nuisible compagnie.
La gauche a donc fait le lit, et le nid, du "pensons économique". Y compris en veillant à ce que les fonctions publiques (hôpital, état, territoriale) soient gérées "comme le privé".
Erreur, grosse erreur : on ne peut pas parler de retour sur investissement avec de la culture, de quotas avec du social ; on ne peut pas décider de l'implantation d'un service public en fonction de la zone de chalandise ; on ne demande pas à des gens dont le métier est la relation de se tranformer en faiseurs de statistiques ou en chercheurs de budgets.
Enfin si, on peut.
Mais se passe ce qu'il se passe en ce moment.
Gérer est devenu un mot d'ordre qui tient lieu de politique. C'est tout le problème. Il est loin le temps des projets. Des visions. De l'intérêt général. Surtout que si "on" gère ce qui ne le concerne pas, on" n'hésite pas à dilapider largement ce qui lui rapporte.
C'est tout le sens, ou le non sens c'est selon, du "jeu de massacre" qui est en train de se passer sous nos yeux. Avec une droite aux manettes, toutes les manettes, il ne fallait pas non plus s'attendre à autre chose. Ne soyons ni hypocrites, ni de mauvaise foi. Ca fait belle lurette que gauche et droite, ça ne veut rien du tout. Continuer à opposer l'un à l'autre, c'est conjuguer au présent des mots du passé. C'est habiter des maisons vides. Faire du neuf avec du vieux. Sans fin.
Le drame, 30 ans après ou presque, c'est qu'à la longue, inventant au passage la cohabitation, la gauche a accepté de laisser penser que public et privé, c'est la même chose. Le contribuable est devenu un usager, et s'apprête à devenir un client. Le citoyen est une entité floue, une ressource, pas toujours humaine, et s'apprête à devenir un esclave. Les gens n'ont pas le moral. Sont repliés sur eux-mêmes. Encouragés à tourner le dos à leur voisin. Penser à soi, c'est devenu vital. Alors panser le monde... Pas le temps... Pas possible... Peut pas...
La gauche est exsangue, bouffée de l'intérieur, rongée par le système qu'elle a elle-même enfanté, bouffie d'orgueil, engoncée dans le "ce n'est la faute à personne" . Ou alors c'est la faute à l'euro, à la mondialisation, etc, etc.
Elle est maintenue en apnée, finalement mon dieu que le terme est juste, par quelques éléphants. Ce ne sont pas leurs défenses mais leurs tours qui sont d'ivoire. Le mot n'aurait pas été pris par ailleurs de manière allègre, j'utiliserais volontiers le terme de Mammouths. Nom de ceux qui écrasaient les prix. Mais de ceux qui disparurent sous la glace.
Elle est aussi maintenue en apnée par une une droite qui en a quand même besoin et par une bulle médiatique qui joue elle-même sa survie dans ce concert polyphonique disgracieux.
A mesure que se creuse le fossé entre une droite "dure" (au sens de qui dure...) et une gauche "dure" (au sens dure de la feuille, que l'on soit ou non écolo et alter trucmuche), j'ai cependant espoir que de l'implosion naisse des voies nouvelles. La guerre ne sera pas sans effets colatéraux, c'est sûr. Mais le système est tellement exsangue, les logiques en cours tellement usées jusqu'à la corde, que le moment viendra où il sera de nouveau temps, et enfin temps, non de parler et de brandir des valeurs comme on s'accroche à sa planche de bois au milieu des flots mais de poser et faire vivre des valeurs comme on va vers l'étoile du berger. Si ce n'est pas demain la veille, on est pas loin de la veille de ce lendemain. Avec un maintenant à construire.

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