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Le Clézio – un rêve d'écrivain pour les jeunes filles en fleur

Publié le 13 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

J'ai eu envie d'écrire sur cet auteur après avoir lu ceci...

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Je n'ai pas beaucoup lu Le Clézio (bibliographie par là pour ceux qui voudraient quand même en savoir plus après avoir lu cette note), le livre que j'ai commencé m'est tombé des mains au bout de quelques pages, « le Désert », écrit en 1980. C'est très beau, on y apprend que le désert est grand et qu'il est désert, qu'y vivent des tribus de fiers-nomades-du-désert tellement authentiques et tellement plus proches des réalités de la vie que les occidentaux, selon le préjugé habituel mode Disneyland pour touristes concernés par le commerce équitable. Moi qui en ai rencontré quelques uns, je sais qu'ils adorent conduire à fond dans le désert en 4X4, je sais qu'ils s'habillent en djinns (on est au Proche Orient) et écoutent sur la radio les derniers tubes d'Amr Diab ou autre musicien de techno arabe (Oum Khalsoum étant plutôt pour les plus anciens). Et le désert ne se réduit pas à quelques clichés pour publicités de déodorants ou de crème glacée. C'est plus que ça, c'est de l'ordre de l'expérience mystique, la vraie, celle qui fait prendre conscience du néant matérialiste du monde et de la bêtise crasse qui l'irrigue.

Si j'avais lu du Le Clézio c'était à cause d'une camarade de classe à l'époque du lycée qui ne semblait pourtant pas avoir trop mauvais goût en matière littéraire (elle avait de très beaux yeux et de très jolies jambes, on est peu de choses). Je comprends mieux pourquoi elle l'appréciait : c'est un beau gosse, on dirait Lawrence d'Arabie posant devant une dune sur fond de soleil couchant (cliché plutôt colonialiste soit-dit en passant, ou néo-colonialiste) ; il égrène quelques clichés qui plaisent bien quand on est ado mais qui semblent totalement ridicules à énoncer quelques années plus tard, ou du moins allant de soi pour toute personne intellectuellement honnête. C'est assez vulgaire disait Kléber Haedens, critique infréquentable selon les bien-pensants parmi nos élites littéraires, de clamer sur les toits son amour de la liberté ou d'affirmer sa citoyenneté du monde, autre cliché répandu : « moi tu vois, je ne suis pas d'un pays, je suis citoyen du monde entier ». On retrouve ce genre d'individus au bar des hôtels modernes et aseptisés que l'on trouve dans toutes les grandes villes du monde certes, ces non-lieux permettant de mieux vivre cette citoyenneté mondiale. Le Clézio c'est comme Nancy Huston, c'est de la littérature basée une espèce de "positive thought" pas trop compliquée, de celle qui prétend que les poètes, les rêveurs et les angoissés sont des inadaptés ou des malades, ou des déséquilibrés car ils ne "positivent pas assez" la vie : observer deux papillons, se tenir la main au clair de lune, offrir une tasse chaque jour à l'Ami Ricorée etc...

C'est aussi très orgueilleux, c'est croire que la psyché d'un individu naît au monde « ex nihilo », alors qu'il procède d'une culture et de l'appartenance à des valeurs, des goûts qu'il reçoit des autres. On passera sur ce qu'il dit de la paix (c'est bô), la guerre (c'est pas bô), la mort (c'est pas bien), la colonisation (c'est pas bien mais on a le droit de se conduire encore en terrain conquis dans les nouveaux pays car on est un citoyen du monde : là-dessus je m'explique en racontant une petite anecdote. La première fois que je suis allé à Gaza, c'est avec deux représentants d'ONG présentes là-bas, tous deux de gôche, mais se conduisant sur place sans aucun respect pour les personnes qui nous accueillaient, visitant par exemple l'aéroport de Gaza en maître des lieux, ouvrant les portes sans respect). Je songe aussi à ce volontaire rencontré là-bas qui parlait beaucoup lui aussi de la simplicité et l'authenticité des fiers-nomades-du-désert qu'il croisait, et qui est rentré en France avec 500 photos de lui sur fond de couchant au-dessus des collines de Judée. Il me fait penser à Le Clézio.

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Certes, ce n'est pas si grave si Le Clézio faisait rêver les jeunes filles en fleur il y a vingt ans, maintenant, elles ne lisent plus, y compris les romans Harlequin dont Le Clézio est ma foi une émanation haut de gamme, ce serait davantage sur la télé-réalité ou des fantasmes matérialistes de consuméristes avides de biens pour combler leurs désirs souvent futiles, ou ras du sol, tout comme ceux des boutonneux du même âge. Le Clézio est comme beaucoup d'idoles de ce type, de gourous qui permettent de s'alléger en pensée et réflexion personnelle. C'est finalement au bout du compte l'équivalent du mâle alpha dans une tribu de primates, celui que toutes les femelles du coin voudraient comme géniteur de leur progéniture. Il a de plus un côté pratique, ce qu'il dit étant très facile à porter, pas très exigeant, cela ne changera pas beaucoup les habitudes de dureté, souvent camouflée en une sorte de compassion hypocrite pour les pôvres gens, ou les comportements hédonistes ras de terre et,ou petits bourgeois. Peut-être suis-je injuste, mais dans son cas, j'ai l'impression d'une imposture, confirmée par la photo ci-dessous : costume bien taillé et baskets parce que l'on reste proche des jeunes et des "vraies" gens et puis c'est pas difficile à comprendre, bien que frelaté. C'est je pense l'explication de l'adulation qu'il reçoit, comme Anna Gavalda. La plupart des gens ne savent pas que le monde n'est pas blanc ou noir mais gris, et que le fait d'affirmer quelque chose avec sûreté et confiance ne signifie pas que c'est une vérité.


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