
Je me suis réveillé avec de petits yeux, ce matin. Encore dans mes rêves, je n’osais parler aux personnes que je croisais entre ma chambre et la cuisine, entre la cafetière et la tasse de café.
Je rêvai. Je ne sais plus conjuguer le verbe imaginer dans mon rêve, alors je ne fais que parler au présent. Dans mon rêve, il y a Jean Dupuy qui insulte une journaliste car elle a fait un article incompréhensible sur lui. La traite de niaise car elle n’a fait que survoler le catalogue et qu’elle voulait poser sa prose sur ses bricoles. Ensuite, il insiste pour m’offrir à boire. Dans mes rêves, on boit souvent. On boit tout. Une femme arrive, une nouvelle, physiquement inconnue à mon regard. La cinquantaine. Elle sourit et me demande si je veux bien la suivre. J’accepte bien entendu. Dans mes rêves, je me fais l’esclave de ces dames. Je ne reconnais pas l’endroit. Je suis derrière elle, elle monte des escaliers à colimaçon. Je la suis toujours.
« C’est complètement belge ! » me dit Jean Le Gac en rigolant. C’est un compliment, et c’est à propos de mes envies de voyage, de faire voyager mon œuvre. Ce « Terrain idéal » qui ne demande que ça. Je lui parle de cabane, de camping car, il sourit et m’encourage.
Et puis la femme revient. Tout tourne autour d’elle. Elle semble tourner, elle aussi. Ses cheveux noirs se fondent avec l’obscurité de la salle, elle veut danser. « Je ne suis qu’un piètre danseur, madame. » Et pourtant, elle m’invite. La danse, je ne m’en rappelle plus, je sais juste que nous étions que nous deux, et qu’elle me glissait des mots à l’oreille gauche que je ne répéterais pas ici.
« Koons est très heureux d’être dans le château de Versailles. Il aime le Kitsch, et Versailles, c’est Kitsch. » Le moment est délicieux. Le Gac vient de se faire photographier tout l’après midi et il trouve tout de même du temps à me consacrer. A moi, petit homme. Il me raconte des anecdotes que je savoure, et que je garde intimement. L’exhibitionnisme ne fait pas partie de mes habitudes littéraires.
Christine A. parle de son trou, elle. C’est étonnant car quand on se prépare au capes d’Arts Plastiques, certains professeurs qui se qualifient d’émérites, vous soutiennent que la forme ronde est féminine. Ou alors d’autres encore, vous apprennent qu’il s’agit de l’auto-fellation parfaite. Vous croyez rêver.
Il y a des nuits où les rêves s’enchaînent à une vitesse que je ne peux les écrire. Il y a des nuits où les cauchemars vous font suer comme jamais. Une nuit, j’ai fait un cauchemar, j’étais Jeff Koons. Aussi niais que lui, aussi fier que lui, aussi patron d’entreprise que lui, ne connaissant pas la crise.
Il y a des matins où l’on se réveille en ne sachant plus parler correctement. Par exemple, ce matin, j’oubliai la lettre O.
« Bnjur ! Vus allez bien ? Bien drmi ? »
Et il paraît que certaines personnes sont restées bloquées à cet état. Chez moi, le fait de se cogner le nez dans la porte de la salle de bain a tout remis en place. Une méthode de grand-mère me répète encore mon père. Jean Dupuy, lui, me soutient qu’il aurait gardé cet handicap jusqu’à sa prochaine exposition. Il se voyait bien parler aux collectionneurs en oubliant la fameuse lettre.
Inutile de dire que je suis réveillé à présent, car je dors. C’est le seul instant où je peux me permettre d’écrire sans faire attention au nombre de signes.






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