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Gomorra, ou l'introspection dans la mafia napolitaine

Publié le 14 octobre 2008 par Jérémy Dumont

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Gomorra de matteo Garrone

"Gomorra"

(Gomorrhe), c'est une assonance entre la cité biblique détruite pour son iniquité et la Camorra, le crime organisé napolitain. Matteo Garrone, 40 ans, une poignée de films derrière lui (Eté romain, L'Etrange Monsieur Peppino) s'est inspiré du roman de Roberto Saviano (publié en France chez Gallimard, sous le même titre) et a écrit le scénario avec l'auteur.

Le film se passe entre une cité de la périphérie de Naples dont l'économie et la vie sociale sont régentées par le crime organisé, et les tribulations d'un homme d'affaires spécialisé dans le traitement des déchets toxiques. Le moindre mérite de Gomorra est de montrer avec simplicité comment on en est arrivé à trouver de la dioxine dans la mozzarella.

Comme le récit déroule plusieurs itinéraires individuels, on pourrait parler de film choral, à condition qu'un chœur puisse produire une cacophonie atroce. Toto, l'enfant qui fait un apprentissage accéléré de la violence et de la trahison ; Piselli et Ciro, deux adolescents qui jouent avec de vrais fusils d'assaut et ne comprennent pas que leur espérance de vie est exactement proportionnelle à leur Q.I. ; don Ciro, un petit fonctionnaire de la Camorra qui est chargé de remettre leur "stipende" aux familles des mafieux emprisonnés ; Pasquale, un artisan qui dirige un atelier clandestin où l'on fabrique les robes des grandes maisons italiennes. Ces destins ne se croisent pas vraiment, n'agissent pas l'un sur l'autre. Le seul moteur de cette société, c'est le trafic de drogue et le pouvoir sans partage des clans.

Dans la cité babylonienne, avec ses terrasses et ses coursives, dans la campagne souillée par les ordures, Matteo Garrone filme des vies difformes qui obéissent aux impératifs les plus absurdes. Le scénario détaille avec tant de précision les mécanismes de domination, de corruption et de décomposition (car la seule chose qui menace ce système, ce sont les guerres entre clan) que Gomorra est une démonstration brillante. C'est aussi un film formidable. Garrone filme de façon très fluide, ne cache rien de la violence, mais refuse tous les clichés que le cinéma a associés au crime organisé depuis le Scarface de Howard Hawks (1932).

Au contraire, il privilégie une imagerie de l'absurde : souvent, les personnages apparaissent par le bas de l'écran, comme s'ils surgissaient de l'enfer ; la carrière dans laquelle on enfouit les fûts est dantesque. Gomorra est si juste que l'on se prend à espérer que les camorristes qui le verront auront honte d'eux-mêmes. Mais c'est sans doute exagérer les pouvoirs du cinéma.

Thomas Sotinel

Publié par : Loïc LAMY

source : le Monde

Publié sur :  le vide poches / création


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