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le travail from Grégory

Publié le 21 octobre 2008 par Adadala

Voici un texte sur le travail écrit par Grégory il y a un an. Je le trouve toujours d'actualité.

Depuis une trentaine d’années et le début de la crise économique que l’on attribue en point de départ au 1er choc pétrolier, la situation économique et sociale de la France n’a cessé de se dégrader, et les périodes dites de « tendance à la reprise économique » ont été relativement courtes et suivies d’un retour à la crise de plus en plus inquiétant.
Les solutions préconisées ont alterné suivant les majorités politiques en place, et leur peu d’efficacité sur le long terme a conduit notamment à une alternance politique régulière.
Les gouvernements nous ont présenté des mesurettes, parfois des mesures, mais jamais un programme électoral détaillé ou une politique générale s’inscrivant dans le temps et fondée non pas sur une analyse économique purement technique, mais sur une idée nouvelle de la société de demain, sur notre rapport au travail et sur notre capacité à nous mobiliser collectivement dans un but commun affirmé : construire un avenir qui définit par exemple le travail comme une composante citoyenne de notre parcours de vie.
Deux exemples pour développer ce qui précède et avant d’aborder ce qui pourrait s’approcher d’une politique ambitieuse :
1 -
Certains pays, dont en Europe l’Allemagne, le Danemark ou la France, sont en pénurie de main d’œuvre dans de nombreux métiers peu ou très qualifiés (informatique dans ces trois pays, ingénieurs en Allemagne et France, restauration, santé, bâtiment en France…) Ces emplois manquants se comptent en centaines de milliers chez nous. Nous n’arrivons cependant pas, contrairement au Danemark par exemple, à concevoir une politique de l’emploi où un chômeur se verrait proposer un choix de métiers sur la base desquels il pourrait opter pour une formation, en alternance entre l’entreprise et un organisme validé de formation, permettant de lui donner une qualification recherchée sur le marché de l’emploi et d’intégrer une entreprise qui a manifesté un besoin préalable à sa formation.
Nous pourrions également envisager qu’un demandeur d’emploi participe à la vie locale par des actions lui permettant d’acquérir de nouvelles compétences, lui permettant également de ne pas se retrouver en situation d’exclusion et de se faire remarquer par les acteurs économiques locaux susceptibles de l’employer.


Plus généralement, nous pourrions penser une politique en direction des personnes momentanément sans emploi, qui permette de ne pas faire des « chômeurs » ni des « inactifs » à plus ou moins long terme, mais des personnes en « disponibilité active et participative ».
Pour avoir personnellement expérimenté Bilans de Compétence, CIF, VAE, et côtoyé de nombreuses personnes qui ont fait de même, je peux déclarer un réel manque de
rigueur, de qualité, d’engagement et d’efficacité chez les différents acteurs de ce circuit, de même qu’une absence de connexion avec les entreprises. Leur manque d’opérationnalité n’est pas remis en cause dans la plupart des cas par l’Etat ou par les institutions tutélaires, qui financent des programmes et des organismes d’accompagnement et de formation entre autres. Une analyse détaillée de la Cour des Comptes, notamment en matière de résultats sur l’emploi et en matière de coût serait un éclairage bienvenu. Mais celle-ci a relevé la difficulté à mettre en place une analyse portant sur les Aides à l’Emploi notamment.
Comment affirmer dès lors que la politique et les budgets engagés dans ce domaine ne sont pas à la hauteur d’une ambition affichée en matière de formation et d’aide à l’emploi ? Peut-être simplement en proclamant qu’un ministère qui n’est pas en mesure de publier les chiffres des coûts et des résultats des différents dispositifs en place n’est pas non plus en mesure de faire face à un défi majeur de notre société : concevoir un système basé sur la responsabilisation de l’Etat et de l’ensemble de ses partenaires. Dernier détail, lorsque j’ai signé le PARE en 2001, le contrat prévoyait que l’on me propose des offres d’emploi correspondant à mon profil. Une sanction a même été prévue en cas de refus à plusieurs offres. Sur mes deux périodes de chômage, jamais une seule offre concrète ne m’a été adressée. Dois-je m’en réjouir ?
Certainement non.
2 – Le deuxième exemple concerne le slogan électoral de la dernière élection présidentielle : « travailler plus pour gagner plus ». Je ne reviens pas sur les arguments légitimes déjà très nombreux et pertinents pour dénoncer cette formule, émis par des salariés et des économistes : complexité de mise en œuvre, impossibilité pour l’employé d’en réclamer la mise en application dans la plupart des cas, incohérence de la mesure sur le plan macro-économique, frein à l’embauche de nouveaux salariés… Mais j’aborderai la question du principe de la mesure : elle est au cœur du programme de la majorité actuelle en matière d’emploi. Faut-il alors penser que la politique de l’emploi se résume principalement à une mesure pratique ? Qu’elle ne s’inscrive pas dans un programme global dont le citoyen n’a pas eu par ailleurs connaissance ?
Les analyses économiques des grands partis ne sont pas visibles, pas détaillées, ne s’inscrivent pas dans le long terme ni dans la conception d’un véritable projet de société. Impossible à réaliser par absence de consensus interne, de visibilité, de capacité à fournir un réel travail sur le sujet ? N’est ce pas le rôle du politique de fournir aux électeurs cette analyse détaillée ?
Nous soutenons des partis, élisons leurs candidats, qui ne sont pas en mesure de nous fournir un vrai programme de politique. Devons nous nous opposer à cela ? Oui, je le crois. Pour créer un programme politique sur l’emploi, les partis devraient associer les compétences économiques et politiques aux compétences citoyennes et aux visions idéologiques disposant d’un esprit critique.
Je n’ai jamais crû à la fatalité du chômage, aux explications économiques telles qu’elles nous sont présentées. Il existe des facteurs économiques constatés, certes, mais toute politique volontariste basée sur l’implication et la responsabilisation, et impliquant une vision à long terme, devrait porter ses fruits. Sinon, comment expliquer ces centaines de milliers de postes non pourvus ?
Il est temps d’avoir des idées, de vraies idées, et de nous mettre au travail, collectivement. A 46 ans, je me heurte à tous les obstacles du retour à l’emploi… mais je ne renonce pas, et des idées j’en ai. Curieusement, elles me paraissent plus simples et plus élaborées que cette simple formule « travailler plus pour gagner plus ». Après
la mise en place du Droit au Logement Opposable en 2008, qui me procurera enfin un vrai toit, à qui devrais-je m’adresser pour dire « Bonjour, je suis sans emploi, je viens travailler plus pour gagner plus » ?
La politique a besoin de rééquilibrer la justice sociale pour redonner confiance à la majorité des français, trop d’affaires, de dépenses indécentes, de fortunes acquises par capitalisation, malversations, trop d’inégalité de traitement entre les classes privilégiées et les classes précarisées. L’exemplarité à terme au sommet de la classe politique et économique est peut-être la condition sine qua none à la réussite du pays.
Mais restons positifs et faisons ce pari simple : après la méthode Jospin qui a enregistrée des résultats positifs sans précédant pendant 4 ans et avant qu’il ne rate un virage pourtant si bien indiqué ; et après le dynamisme de Sarkozy à qui je pense peu de Français viendraient à reprocher son envie manifeste de réussir une politique active visant à remettre la France en selle, que l’on partage ou non ses options politiques, pourquoi n’aurions nous pas une femme ou un homme providence qui sache renouveler le langage politique, nous proposer tout simplement de miser avec lui sur un programme politique simple, abouti, composé d’idées neuves se défiant de celles en place, de méthodes permettant à tout citoyen de participer activement ou non à un projet à hauteur de ses moyens, au niveau local ou plus, et d’objectifs réalistes mais ambitieux.
Le chômage n’est pas une fatalité, et pour l’éradiquer totalement, il suffit de le transformer en une « disponibilité participative ». Le partage du travail devient alors une évidence. Travailler plus pour travailler tous. Simple, non ?
11 11 2007

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