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Cours, camarade. Le vieux monde est derrière toi!

Publié le 23 mai 2007 par Chez

Ivan Rioufol écrit dans le Figaro le bonheur retrouvé de la France renaissante, sous le titre "La France immobile se réveille". Extraits.

Le chiraquisme, ces douze années durant lesquelles le pays s'est assoupi un peu plus sous la berceuse des bons sentiments, ne laisse pas d'héritier à l'Élysée. Un homme pressé et parlant clair s'y est installé. (...)
Les "bons sentiments". On commence doucement, mais vous allez voir la suite, ça va fluncher:
Pour les pantouflards, tout cela va trop vite. François Bayrou veut entrer « en résistance ». Bertrand Delanoë (PS) récite : « On ne peut pas être de gauche et dans ce gouvernement ».

Déjà, là, on a du lourd. Mais ce n'est qu'une mise en bouche. Parce que accrochez-vous, ça va y aller.
Des pédagogues lancent un appel pour maintenir le statu quo à l'Éducation nationale et notamment la pérennité du collège unique. Des élèves se disent prêts à défendre la « démocratie lycéenne ». Des syndicats gonflent leurs muscles. L'Amicale de la France bloquée vit un cauchemar.
Amis de droite, frottez-vous les mains, l'heure de la vengeance a sonné. La vengeance de quoi, on ne sait pas bien, mais elle a sonné. Ding ! Tremblez, gauchistes, vous allez enfin dérouiller ! Et souvenez-vous, "la repentance est une forme de haine de soi" et on ne demandera donc pas pardon.
Depuis le 6 mai, même la Ve République a changé. Elle emprunte au présidentialisme nord-américain nombre de ses caractéristiques, à commencer par l'implication directe du président - au style très J. F. Kennedy - assisté d'un conseiller à la sécurité nationale (...) Dans cette architecture, le premier ministre n'est plus indispensable. (...)
Evidemment on se gausse de la comparaison, Sarko étant à Kennedy ce que Jackie Sardou est à Billie Holliday, mais au Figaro, on est tout de même content de constater que les Français ont élu à la tête de l'Etat un mec qui se torche avec ce machin là, mais si, rhaaaaa, comment ça s'appelle déjà? La Constitution, c'est ça, je cherchais. La démocratie, c'est un peu archaïque, vous ne trouvez pas?
La gauche a durablement perdu son hégémonie idéologique. La victoire de Nicolas Sarkozy met en lumière la déconnexion de ses gourous. Tel Emmanuel Todd, par exemple, qui assurait à la vieille du premier tour (L'Humanité, 5 avril) que le candidat avait « assez peu de chance d'y faire un gros score ». Désemparées, les bonnes consciences en sont à suggérer que les Français sont devenus idiots. C'est à peu près ce que soutient ce membre du Conseil scientifique d'Attac (Libération, mardi), Susan George, en constatant : « Ainsi, en France, en 2007, l'on peut faire voter les gens contre leurs intérêts ».(...)

"L'hégémonie idéologique" de la gauche. On croit rêver. Tiens, pas plus tard qu'hier, je discutais de ça avec mon buraliste qui me disait : "ben ça, m'sieur, c'est normal, avec Chomsky, Susan George et Bourdieu invités tous les mois au journal de PPDA pendant quinze ans, comment que vous voulez que les gens y croivent pas que le troskisse, c'est ce qui faut?"
Mais au cas où on aurait pas saisit le message, Ivan nous en remet une louche :

Le monopole de la parole qu'exerce la gauche conformiste et sectaire - l'audiovisuel public est en cela la pépinière du bien-pensisme - est une usurpation d'autant plus contestable qu'elle est désormais en opposition avec les attentes du peuple « qui ne veut plus que l'on pense à sa place » (Sarkozy, mercredi). En ayant gagné la bataille des idées, menée notamment par les « déclinologues » qui invitaient surtout à ouvrir les yeux, la droite peut légitimement attendre des rééquilibrages. Mais la pensée unique saura-t-elle s'amender ?
Les pantalonnades de Sébastien et de Ruquier, les conneries d'Ardisson et de Fogiel (partis tous deux dans le privés sans doute car contraints par Patrick de Carolis de faire dans la bien-pensance), c'est le bien-pensisme. On aime l'avant dernière phrase et la dernière, qu'en bon français on peut traduire ainsi : "va falloir filer doux les petits comiques, parce que sinon, des têtes vont tomber mais comme de toutes façon vous ne changerez pas, préparez les cartons"
Par ailleurs, notons que l'audiovisuel privé, avec ses brillantes réalisations (Star Ac, Loft, Droit de Savoir, Arthur) a sans doute fait honneur au génie français, cher à Ivan Rioufol, car il est soigneusement épargné. (Edit : Faut il y voir un hommage à l'arrivée prochaine à la direction générale de TF1 d'un conseiller de Nicolas Sarkozy?)
La même interrogation vaut pour la culture, laissée à la gauche et à ses réseaux. D'autant que le bilan de la politique festive et flatteuse, qui fait croire qu'un artiste est en chacun de nous et que la création se lit dans l'authenticité et la spontanéité, a glorifié des impostures. Dans la Revue des deux mondes de ce mois, Xavier Patier remarque : « Le délabrement des édifices gérés par le Centre des monuments nationaux ne fait qu'exprimer, dans le domaine architectural, ce qu'exprime la repentance dans le domaine politique : un refoulement de notre identité. » La droite osera-t-elle clore l'ère Jack Lang ?
Là, on confine tout de même au grandiose. Je vous le dis tout net, ça sent furieusement l'épuration, façon Grand Siècle. Avec cette particularité amusante : en littérature, en art plastique ou au cinéma nous allons, ces prochains mois, voir débouler de nulle part (car ils étaient déjà là) les méprisés, les ceux que la gauche a privés de petits fours, tous ces tâcherons qui sont persuadés d'avoir été opprimés pendant vingt ans, sous le prétexte qu'on a osé écrire dans des journaux de plus en plus confidentiel que leurs livres n'apportaient pas grand-chose de neuf, et que leurs films sentaient le rance tout en glorifiant des auteurs albanais et des cinéastes finnois. Alors que l'Albanie et la Finlande, allons, tout de même, un peu de sérieux.
(...) En rendant plusieurs fois hommage à l'histoire et à ses héros, mercredi, Sarkozy a rappelé la place de la mémoire collective et de la fierté française dans la réflexion sur l'identité nationale. Mais cet éveil oblige aussi à regarder les réalités en face. Ainsi, dans Israël Magazine, le chanteur Doc Gynéco assure : « Le rap s'est aujourd'hui islamisé. (Les rappeurs) sont en guerre : le rap, c'est un peu le bras musical armé du djihad. » Si ce que dit Doc Gynéco est vrai, il faut le féliciter pour son courage, et le soutenir.
Si la France était ce qu'elle devrait être, si les mots avaient un sens et le journalisme une déontologie, à l'heure où je vous parle, Ivan Rioufol n'aurait plus sa carte de presse. Sa tirade sur Doc Gyneco (dont Sébastien Fontelle a parlé ici et avec quel talent) est un monument. Et ça se permet de cracher sur les internautes qui diffusent tout et n'importe quoi sans vérifier?
Allez. C'est un mauvais rêve. Et on va se réveiller. Ah non.

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