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Episode 15 : Mon Basic festival de Cannes

Par Michel Crémadès

Coucou, me revoilou…

Désolé de vous avoir négligé mais je suis parti une semaine à Marseille afin d’y jouer un pièce de théâtre, ma fille aînée a été hospitalisée à Troyes car elle doit accoucher au mois d’août mais des contractions viennent perturber le calendrier, je l'embrasse très fort!

J’ai donc été très occupé…

Je vous ai tout dit.

Avant de continuer de vous narrer mon périple théatro-télé-radio-cinématographique, je profite que nous soyons en plein Festival de Cannes pour vous raconter ce qu’il m’est arrivé en 1992 durant ce fameux festival.

J’ai un ami de grand talent qui s’appelle Philippe Rive. Il est scénariste de bandes dessinées. Il est d’ailleurs, entre autre, un des papas du fameux personnage « Roméo ».

Il m’invite à passer quelques jours chez lui et comme il habite à côté de Cannes, il me propose de venir assister à la projection des films présentés.

J’accepte volontiers, je vais donc prendre un laissez-passer et occupe mes journées à diverses projections ou à me promener en bord de mer afin d’y admirer yachts trop luxueux et starlettes bien souvent gavées de Botox !

L’accueil du public est formidable, j’ai la sensation d’être une « Star », mot que je veux supprimer de mon hémisphère cérébral droit car il ne veut plus rien dire…

Sur la Croisette , on me prend en photo, je signe des autographes, je papote ici et là, bref, je vois bien que ma popularité ne faiblit pas.

Je vous dis cela sans orgueil…  Excessif !!!

La révélation du Festival de Cannes 1992 reste sans conteste Sharon Stone. Elle est venue présenter sur la Croisette « Basic instinct » avec Michael Douglas, film réalisé par Paul Verhoeven.

Philippe Rive me dit qu’il serait sympa d’aller voir ce film lors de sa projection en soirée afin de pouvoir « tâter » de la montée des fameuses marches du Palais des festivals.

Il se débrouille donc pour avoir deux invitations pour lui et sa femme Viviane et me demande d’aller chercher la veille de la projection, un laissez-passer pour la soirée.

Je me rends donc au « bureau des comédiens » afin d’obtenir le  « Sésame » afin de pouvoir admirer la belle Sharon et son passement de jambes qui a enflammé bien plus que sa cigarette…

On me signale qu’il n’y a plus d’invitation, le ministre de la culture de l’époque a réquisitionné  toutes les places pour ses amis…

Etant membre de la SACEM et SACD, je me rends dans leur bureau et fais la même requête. Réponse identique, le ministre a fait une razzia, plus aucune place !

A croire qu’il veut se présenter aux législatives dans la 8ème circonscription des Alpes-Maritimes !

Le soir de la projection, mon ami Philippe gare sa voiture au parking souterrain et vient avec son épouse me rejoindre afin que nous montions les marches en tenue de pingouin arrosés par les crépitements des flashes. Je lui explique mon problème de place, ce qui le met dans une rage folle. Il me dit :

« Moi, je me suis fait passer pour un journaliste, j’ai réussi à avoir deux invitations, toi qui es un acteur, tu ne peux pas assister à la projection ? C’est scandaleux ! »

Je le calme, lui explique que j’ai passé toute la journée à voir des films et qu’un peu de repos me fera le plus grand bien. Je descends au « -3 » avec lui, mets le siège passager de sa voiture en position couchette afin d’y dormir et lui souhaite une bonne soirée.

Philippe ne veut pas abdiquer. Dans un premier temps, il me donne sa place que je refuse tout de go, puis me dit qu’il va trouver une solution et repart fumasse. (Mot à la mode !)

Je commence à somnoler lorsque l’on tape au carreau de la voiture. Il s’est passé un quart d’heure, et c’est mon Philippe, transpirant, qui m’annonce qu’il n’a rien pu faire, et Dieu sait si ce garçon peut sortir de l’eau fraîche d’une pierre afin de pouvoir noyer une bonne anisette, pas de publicité…

Je lui fais remarquer que c’est très gentil de sa part mais que je commençais à dormir et qu’il m’a réveillé alors que j’allais entrer dans la chambre de Sharon Stone…

Il repart; Quant à moi, je tente de revenir dans les bras de la belle tout en évitant de tomber sur le célèbre pic à glace.

Au moment où, dans mon rêve, je commence à me battre avec Michael Douglas afin qu’il me donne le numéro de portable de Sharon Stone, on frappe à nouveau au carreau de la voiture. C’est encore Philippe Rive qui, fou de joie, m’annonce qu’il a une invitation pour moi. Je dois m’habiller prestissimo afin de ne pas rater le début de la cérémonie.

Je crains le pire. Le connaissant bien, je le soupçonne d’avoir estourbi quelqu’un afin de lui dérober sa place.

Je me retrouve donc à l’arrière du véhicule, le coffre ouvert, les voitures qui cherchent à se garer ralentissent à ma hauteur. La tête que font les occupants est sans appel ! Vous imaginez un comédien, le froc baissé, « torse poil » en train de s’habiller comme il peut dans un parking souterrain !!!

Certains ont du se demander si on ne tournait pas un film avec la doublure lumière de Rocco Siffredi …

Nous arrivons à l’air libre, petit détail, je n’ai pas de laissez-passer, la chemise grande ouverte car j’ai oublié de prendre un noeud papillon !

Je me dis qu’on ne me laissera jamais passer, je ne suis pas « Brad Pitt » !!!

Tant pis, je me dirige vers le grand escalier tant convoité et j’entends la voix du présentateur, micro à la main, annoncer au fur et à mesure le nom des personnalités qui montent l’escalier de la « gloire ».

Ma surprise est de taille car toutes ces personnalités, qui devraient avoir un rapport avec ma profession, ne sont autres que des patrons de pizzerias, des bijoutiers, des plagistes ou des patrons de boites de nuit locales, j’en passe et des meilleurs…

Bref… Je suis à une trentaine de mètres des marches lorsque Philippe Rive me chope par le bras et m’annonce qu’on ne va pas monter l’escalier. Il m’explique quelle a été sa stratégie.

Il est allé voir en réalité le chef de la sécurité dénommé Mr Marcel et lui a dit :

« Vous connaissez Michel Crémadès, acteur de cinéma, il n’a pas réussi à avoir de place pour assister à la projection de Basic Instinct, qu’est ce qu’on peut faire ? »

Heureusement ce monsieur, grand cinéphile, lui répond :

« Bien sûr, c’est le petit moustachu du Théâtre de Bouvard, des Ripoux, Promotion Canapé, il a fait plein de films, on le voit à la télé, il est très marrant ! »

Sur ce, il prend son talkie-walkie, se présente  et demande  à son équipe de se mettre en place. Le grand Michel Crémadès arrive, on se tient prêts !

Et je me retrouve montant les grandes marches, mais pas celles de devant, celles qui sont sur le côté, aussi grandes que les autres mais qui servent uniquement pour évacuer la foule en cas d’incendie.

Serait-ce moi qui vais mettre le feu ???

Toute l’équipe de la sécurité est présente, je les salue un à un, fais des photos avec eux, signe des autographes en les remerciant vivement pour leur gentillesse.

J’arrive directement dans le salon principal où deux charmantes hôtesses me dirigent vers les meilleures places du Palais des Festivals, et ce sans autorisation, ni nœud papillon…

Je peux vous dire du fond du cœur que ce fut pour moi la plus belle montée des marches dont je pouvais rêver, loin des faux semblants du Festival de Cannes, loin du paraître, en relation franche et directe avec le vrai public, dans la simplicité et la bonne humeur.

C’est comme cela que je conçois ce métier, c’est peut-être pour cela que je ne tourne quasiment plus aussi…

Non, il est vrai que je ne suis pas du style à fréquenter les boîtes de nuits Parisiennes très branchées, à cirer les pompes des réalisateurs ou à finir à six heures du matin dans une salle discrète, le bout du nez blanchi par une poudre qui, paraît-il fait rêver, mais qui pour moi, empêche les gens d’être dans la réalité, les éloigne des autres et peu à peu leur ouvre la porte des pires cauchemars.

Depuis cet épisode, je ne suis plus retourné au Festival de Cannes.

Bon, la prochaine fois je vous parlerai d’autres tournages et de théâtre mais il me semblait rigolo de vous raconter cette anecdote « festivalière » !

Je retourne à mon apéro, vite, mon pic à glace, pour mettre un peu de fraîcheur dans mon anisette Galiana. C’est la meilleure ! Demandez à tous les Oranais. Je la trouve en Espagne à Alicante, mais elle sera bientôt en vente en France !

C’était ma page de pub personnelle entre deux épisodes.

« A tout bientôt !!! »


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