Apparemment, les prix littéraires se sont refait une virginité. A bas les magouilles! Vive la transparence! Bienvenue aux petites maisons et aux auteurs inconnus! Enfin, c'est la version qu'essaie de nous vendre Alain Beuve-Méry dans le Monde du 6 décembre.
Ah, c'est quand même poilant de voir ce petit monde parisien s'auto-persuader que non-non-non il n'y a pas de copinage. Alain Beuve-Méry va jusqu'à présenter Anne Wiazemski comme un modèle de vertu:
"Les pressions exercées par les éditeurs ne sont plus aussi manifestes. "Pendant mes deux ans d'exercice de la présidence du jury Médicis, je n'ai pas eu un coup de fil d'Antoine Gallimard, à ce sujet", commente Anne Wiazemski. Aucun livre Gallimard n'a d'ailleurs reçu un des trois prix Médicis (français, étranger et essais) en 2007 et cette année. En revanche, en ayant recours à sa voix double de présidente, Anne Wiazemski a permis le triomphe de "Là où les tigres sont chez eux", de Jean-Marie Blas de Roblès, édité chez un tout petit éditeur, Zulma, face au livre de Jean-Paul Enthoven, publié par Grasset, maison naguère la plus aguerrie aux prix littéraires. La victoire de David contre Goliath."
Rappelons qu'Anne Wiazemski est une pure aristocrate du milieu artistico-littéraire: née en 1947, petite-fille de l'écrivain François Mauriac, elle a été mariée treize ans à Jean-Luc Godard. En 2007, elle nous a gratifiés de ses mémoires: "Jeune Fille". On y apprend des choses passionnantes sur sa jeunesse dans les beaux quartiers, au bras de son meilleur ami Antoine Gallimard. Le même Antoine qui, quarante ans plus tard, deviendra son éditeur: le monde est petit, n'est-ce pas?
Il faut donc un culot énorme pour présenter Anne Wiazemski comme une pasionara anti-copinage, défendant le faible David contre le méchant Goliath. Et ce n'est ni le culot, ni la mauvaise foi qui manque à Alain Beuve-Méry. Il aurait quand même dû relire son article, et supprimer ce détail compromettant:
"La maison Gallimard étant majoritaire dans le capital des éditions POL, les dividendes du prix Goncourt ne lui seront pas étrangers."
Eh oui, les grandes maisons parisiennes sont bien plus rusées que le Monde voudrait nous le faire croire. Un système aussi véreux que les prix littéraires demande un niveau d'habileté assez impressionant. Chaque année, il faut faire croire aux gogos de lecteurs que le livre primé a bien été choisi pour ses qualités littéraires. Heureusement que la presse aux ordres est là pour relayer le message...
[Pour une vision un peu plus franche des Prix littéraires, allez jeter un coup d'oeil au témoignage de Stéphane Million, ex-éditeur chez Scali et maintenant patron de sa propre maison]






Ajouter un commentaire