Elle s'est recroquevillée sur elle-même comme un petit enfant.
Elle s'est assise au pied du lit, son dos sans force appuyé contre le sommier. Au début, comme toujours, la douleur a été diffuse. A peine un frémissement dans son ventre. Puis doucement, avec une lenteur de grimpeur à mains nues qui assure la prise, la douleur s'est accrochée à ses entrailles et petit à petit s'est amplifiée. Aïcha a su dès ce moment là qu'elle n'y échapperait pas. Plus la peine de prendre un quelconque cachet, elle allait sentir irrémédiablement les élancements dans sa chair qui iraient crescendo jusqu'au moment où les larmes jailliraient, impuissantes pourtant à la libérer du mal. Elle connait le scénario depuis son enfance. Alors, elle s'enroule sur elle-même comme pour réduire le champ d'action, comme pour concentrer sa souffrance en un point culminant pour mieux la circonvenir. Elle se berce en gémissant. Elle appelle sa mère en silence. Des douleurs dignes de l'enfantement à ce qu'il parait, mais stériles, juste source d'une douleur infinie. Et puis François qui doit venir ce soir. Elle ne le laissera pas entrer. A quoi bon. Il ne faut pas qu'il la voit comme ça. Que pourrait-elle lui dire, ils se connaissent depuis si peu de temps.
Elle prie à mi-voix "faites que ça cesse". Elle ne sait pas qui elle prie. Elle a renié il y a longtemps les croyances de ses parents qui, lorsque ces moments de détresse physique la saisissaient, la déclaraient impure. Impure ! Pire que des superstitions de bonnes femmes, cette croyance l'a tant de fois fait culpabiliser. Si le sang coule, c'est qu'alors elle doit expier quelque faute. Pourquoi parler d'impureté alors qu'il s'agit du cycle de la vie, merveilleux. Douloureux mais merveilleux par ce qu'il contient d'espoir de vies à venir. Elle geint. Ses bras autour des genoux, elle se balance toujours et faiblement se plaint. La douleur est telle que bientôt, elle le sait, elle sera comme hypnotisée, incapable d'autre chose que d'attendre la fin.
Elle sursaute. La sonnette de l'entrée vient de résonner. François ? La douleur qui annihile la notion du temps. Non, elle ne répondra pas. Que dire, ça ne se dit pas ? La sonnette insistante qui vrille l'air. Elle patiente en haletant. Son portable qui vibre sur le lit. Elle décide de lui répondre. "Désolée, je suis malade." Elle a du mal à articuler tant elle retient ses larmes. Il persiste, insiste. Il est inquiet et par ses mots doux tente de l'amadouer. "Je te soignerai. Laisse-moi m'occuper de toi". Elle a si mal. Elle imagine sa tête dans son cou et ses bras forts qui la soutiennent. Elle cède. Elle dit oui.
Sur le seuil de la porte, il la dévisage et voit en trainées noires sur ses joues la douleur qui l'accable. Dans un souffle elle lui avoue "je suis impure". Il a compris. Il referme la porte et la soulève délicatement pour l'emmener comme son épousée jusqu'à sa chambre. Ses larmes mouillent son cou en…





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