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L’expérience individuelle et la vision commune : combinaison du cadre, de la temporalité et du partage

Par Levidepoches

Construire ensemble et transmettre une vision partagée. Partons du début pour s’interroger sur les stratégies conscientes ou inconscientes des individus à s’inscrire dans un groupe.

Le marketing expérientiel pose la question suivante : comment lier un consommateur à une marque par le biais de ses sens ? L’impression sensorielle sur une habitude de consommation émerge de ce questionnement. Recentré sur lui, l’expérience fait de l’individu le cœur de son déploiement et assure sa propagation (qui se fait sous forme de souvenirs ou de récits… à partager). Mais, délaissons quelques temps le marketing pour ne retenir que l’expérience. Qu’est-ce qui se cache derrière ce thème que l’on pense déjà connaître ?

Naturellement, la vraie question est celle de le relation d’un individu à une communauté : « J’ai fait une expérience particulière, ce qui me permet de faire partie d’une communauté d’individus, ayant fait aussi cette expérience ». Cela nous conduit vers les fondamentaux sociologiques que sont le réseau et le bénéfice individuel, le récit et son partage etc. Examinons donc de plus près l’expérience sous l’angle sociologique.


L’expérience et le cadre.  

François Dubet, auteur de la Sociologie de l’expérience en 1994 , estime qu’un individu social se détermine « par  sa capacité d’être un individu en puisant, à la fois, dans son identité, dans un usage rationnel de ses ressources, et dans une volonté d’être sujet telle que la définissent ses convictions culturelles » . Le vecteur culturel est ici le levier de représentations collectives et joue le rôle de catalyseur entre les différents individus. L’articulation de l’action individuelle et de l’action collective se joue de fait sur la base de l’expérience… entendue comme action réunissant codes individuels et sociaux.

20 ans plus tôt (1974), avec Erving Goffman, c’est un vrai décor qui se plante pour l’expérience. Le sociologue qui a travaillé sur la théâtralisation du quotidien et la présentation de soi lie le quotidien à l’exceptionnel. D’ailleurs, dans son ouvrage les Cadres de l’expérience, E. Goffman traite davantage du cadre, que de l’expérience. Un cadre est un contexte approuvé par tous les acteurs qui s’y trouvent et qui oriente, de façon consciente comme inconsciente, les codes d’intervention interindividuelle. La force du cadre est qu’il est le support de l’Interaction, avec un grand I, l’interaction de base puisqu’un cadre est un « lieu » de rassemblement d’individus.

Et c’est justement là que le cadre selon l’ethnométhodologie révèle toute sa force. Le cadre est loin d’être un lieu… Il est plus précisément un moment de rencontre durant lequel convergent des états d’esprit similaires et des valeurs partagées par l’ensemble des membres qui prétendent en faire partie. De fait, l’expérience se décale à nouveau sensiblement du statut de simple action individuelle (« faire l’expérience de ») à celui de la traduction de la simultanéité de sensibilités.


L’expérience : sujet a-topique

L’espace n’est plus un moyen pertinent pour observer une expérience, ou plus simplement pour la vivre. Pour comprendre cela, observons le modèle du public, thème traité dès la naissance de la science sociale.

Le public est une groupe de personnes partageant des goûts… similaires… c’est quasiment aussi simple que cela. Cependant, un public ne nécessite pas la co-présence des personnes qui le compose. Cela entraîne la question du Sens ailleurs que sur les critères classiques : l’espace n’est plus réel… et est la donnée virtuelle de la constitution d’un public. C’est pour cette raison que le public est le premier réseau social virtuel : il s’est développé avec les techniques de communication, lorsqu’une oeuvre ou un fait dépassait la sphère géographique qu’elle ou il touchait directement .

A partir de cet exemple, retenons que le Sens produit ou recherché par un groupe n’est pas dans l’espace. Et rappelons alors qu’une fois rassemblés, même virtuellement, les individus peuvent vivre les expériences et les partager.


L’expérience vit parce qu’elle se raconte.

Le récit est l’un des piliers d’une communauté. Il relate en principe un événement fondateur qui a révélé les valeurs du groupe « créé ». Mais au niveau individuel – le niveau constitutif du niveau collectif  - le récit a une vocation à peine décalée de sa vocation collective.

Vivre une expérience uniquement pour soi n’a pas de sens : on vit toujours une expérience pour valoriser son engagement auprès des autres individus. L’imbrication complexe de ces deux dimensions, celle de l’individu et du collectif, imbrication somme toute assez classique et indéboulonnable, fait du réseau (virtuel, social, professionnel) le support fondamental à l’expérience. Un point de connexion reste juste un point s’il n’en existe pas d’autres avec lesquels il peut se lier. Il devient acteur dès lors qu’une interaction est établie.

Expérience à vivre donc à raconter. Une expérience, c’est la mise en évidence ou la révélation de valeurs d’échanges plutôt qu’un discours. Elle intervient au moment où l’activation des liens devient essentielle à la construction du récit. Ainsi, savoir que l’on peut partager un vécu incite l’individu à s’engager dans l’expérience qui lui est proposé.


Rassemblement des items de l’expérience réussie

Cadre/temporalité/partage : 3 exigences dont l’articulation favorise la réussite d’une expérience :
-   Car ce qui compte est le cadre plus que l’expérience en elle-même ;
-   Car la temporalité semble l’emporter sur l’espace pour valider le vécu commun ;
-   Car le partage est la raison de l’expérience.
Par conséquent, une expérience réussie est un vécu individuel, favorisé par un contexte social, qui rassemble et redistribue les émotions produites par l’ensemble des individus du groupe en question. La temporalité intervient de façon beaucoup plus complexe puisqu’elle singularise la mise en contact des récits partagés. Elle assure la continuité entre les expériences individuelles et participe à la construction de la vision partagée qui en émerge.


Ecrit par: Laurence Saquer
Posté par: Morgane Craye
Publié sur: levidepoches/planning stratégique
Pour plus d'information cliquez ci-après pour lire le rapport d'innovation "le Storytelling" réalisé par les membres de courts circuits


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