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Quelle est la légitimité des organisations « représentatives » ?

Publié le 17 janvier 2009 par Roman Bernard
La question de la légitimité, ou plutôt de la représentativité des organisations considérées comme représentatives se pose souvent au sujet des syndicats, qui pèsent au mieux 8% des salariés et prétendent s'exprimer au nom du salariat tout entier.
Elle se pose aussi avec acuité, et de la même manière, pour les organisations représentatives de minorités ethniques, culturelles, religieuses ou bien sexuelles.
Il est admis que, lorsqu'une question de société implique telle ou telle communauté, certaines organisations soient consultées en tant que représentantes de ces minorités, aussi bien par les pouvoirs publics que par les médias. On peut pourtant s'interroger sur l'origine de la légitimité de telles organisations, qui n'ont reçu aucun mandat, d'aucune communauté que ce soit, pour parler en leur nom et ainsi infléchir l'évolution de la société dans un sens prétendument conforme à la volonté de ces communautés, et correspondant en réalité surtout à leurs intérêts particuliers.
L'actualité française des derniers jours, des dernières semaines, des derniers mois a fourni beaucoup d'exemples pour lesquels une interrogation sur la réalité de la légitimité des organisations auto-proclamées comme représentatives s'impose.
Il y a d'abord eu l'« Affaire Longuet », en novembre dernier, au cours de laquelle l'association « Couleurs Gaies » avait demandé l'exclusion du sénateur de son parti, l'UMP, pour avoir tenu des propos jugés comme offensants. L'empoignade qui avait suivi mon billet avait été l'occasion d'une discussion sur les thématiques relatives à l'homosexualité.
Parmi celles-ci, il en est deux, ou plutôt une double, qui revient de manière récurrente dans le débat public : l'ouverture, en France, du droit au mariage et donc à l'adoption pour les couples homosexuels. C'est évidemment une revendication des associations « représentatives » des homosexuels, à laquelle je suis opposé - mais je n'irai pas manifester ma désapprobation si, ce qui est probable, elle est satisfaite.
Je me demande simplement si le mariage et l'adoption sont réellement une demande émanant d'une majorité des Français homosexuels. Il est très difficile de l'établir, mais le fait que cette thématique ait fait subitement irruption dans le débat public français, à la faveur du mariage de deux hommes à Bègles par Noël Mamère, en juin 2004, doit rendre sceptique sur la représentativité d'une telle évolution.
Rappelons que, lors de l'adoption du Pacs en 1999, la majorité socialiste avait opposé un démenti formel à l'opposition de droite, menée par Christine Boutin, qui accusait la Gauche plurielle de vouloir préparer le terrain au mariage homosexuel.
En 2004, lors de l'affaire de Bègles, le premier secrétaire du PS de l'époque, François Hollande, et sa concubine d'alors, Ségolène Royal, nouvelle présidente de Poitou-Charentes, s'étaient tous deux prononcés contre. En 2006, lors de la primaire pour l'investiture, Ségolène Royal avait déclaré au magazine Têtu qu'elle y était, finalement, favorable. Je doute que les mœurs aient tant changé en deux années qu'elles justifient un tel revirement.
Il y avait dans cette déclaration une volonté de se concilier la communauté homosexuelle, afin notamment de concurrencer Dominique Strauss-Kahn sur ce point, ce dernier s'étant prononcé dès 2004 favorablement. C'est donc pour des raisons électoralistes que Ségolène Royal, socialement conservatrice, avait changé d'avis. Il est possible de se demander si cette volte-face était nécessaire d'un point de vue électoral, et si, surtout, les militants homosexuels du Parti socialiste allaient se prononcer sur une question qui les concerne, certes, mais n'engageait ni l'avenir du Parti, ni, à plus forte raison, celui du pays qu'ils voulaient gouverner.
L'offensive de Tsahal contre le Hamas, à Gaza, a permis de se reposer le même type de question : malgré son appel à manifester pour soutenir l'offensive israélienne - ce qui, en France, n'a aucun sens - le CRIF a subi un échec cuisant, puisque les manifestations n'ont rassemblé que quelques milliers de personnes, soit bien moins que les centaines de milliers de Juifs vivant en France.
De la même manière, sur les quelque cinq ou six millions de musulmans vivant en France, plusieurs dizaines de milliers seulement ont manifesté pour soutenir le Hamas.
Demandons-nous donc ici si le CRIF et l'UOIF sont réellement légitimes pour représenter respectivement les Français juifs et musulmans. Il est permis de penser le contraire, et donc de s'étonner que les médias, les dirigeants politiques, cherchent tant à se concilier ces organisations, à tenir des propos ayant l'heur de leur seoir.
La remarque vaut également pour l'inénarrable CRAN et sa très récente et tout aussi ridicule opération faisant intervenir un pseudo-sosie de Barack Obama. D'autant qu'il est périlleux de définir une identité « noire ». Quel est, en France, le point commun entre un Antillais, un Africain chrétien, un Africain musulman ? Et en quoi l'affirmation d'un point commun superficiel - le phénotype - va-t-il améliorer de quelque manière que ce soit le sort des Français de couleur noire ?
Le caractère douteux de la représentativité de ces organisations devrait conduire les mondes politique et médiatique à cesser de les choisir comme interlocuteurs, et, pour le premier, à arrêter de financer des associations qui confisquent la représentation des minorités. Mais telle n'est pas apparemment pas la volonté du politique, qui prétend parler à tous les Français et traite ceux-ci selon leur appartenance réelle ou supposée à des communautés dans lesquelles il les enferme.
Roman Bernard
Criticus est membre du Réseau LHC.

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