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Le coeur d’Obama ne penche-t-il pas du côté israélien ?

Publié le 18 janvier 2009 par Petiterepublique

Attendu sur le problème du Proche-Orient, Barack Obama a le plus souvent éludé les questions ou répondu de manière suffisamment obscure pour éviter toute controverse. Intarissable en matière d’économie, le nouveau président a toutefois maintenu ses distances avec les déclarations de Condoleezza Rice portant sur la responsabilité du Hamas dans le regain de violence à Gaza. Pourtant, malgré l’escalade des violences et les pertes civiles chaque jour plus importantes du côté palestinien, celui qui deviendra le 20 janvier le 44e président des Etats-Unis n’a jamais appelé à un cessez-le-feu, à une intervention humanitaire dans la bande de Gaza, ni même à l’application du droit international.

Il aura fallu attendre le 11 janvier sur la chaîne ABC, soit près de quinze jours après le début des bombardements pour que Barack Obama se décide à préciser sa position : il faut que mon équipe travaille « à mettre sur pied une approche stratégique qui garantisse que les Israéliens et les Palestiniens puissent satisfaire leurs aspirations ». Et le nouveau président d’ajouter qu’il fallait agir vite, « s’engager immédiatement (1) dans le processus de paix » et « mener à bien une paix durable ». Il fallait donc comprendre qu’Obama s’attellerait à la tâche dès son investiture et organiserait la paix en prenant en compte le conflit dans sa globalité.

Les défenseurs de la paix s’attendaient à ce que le futur président des Etats-Unis exerce une pression sur Ehud Olmert pour arrêter les bombardements, mais il n’en fut rien. Bien au contraire, Obama offrit le champ libre à l’opération militaire « Plomb durci » et reprit dans la suite de l’interview toute la logique du discours israélien sur l’autodéfense.

« I don’t think any country would find it acceptable to have missiles raining down on the heads of their citizens. If somebody was sending rockets into my house where my two daughters sleep at night, I’m going to do everything in my power to stop that. I would expect Israelis to do the same thing. »(2)

Obama donne l’orientation de son propos en conférant le droit à l’autodéfense aux Israéliens. Le principe de réciprocité n’existe pas et sur l’échiquier diplomatique, le Hamas et par voie de conséquence la population palestinienne sont désignés comme les seuls agresseurs. De plus, Obama figure le droit à l’autodéfense des Israéliens en plaçant ses propres filles dans la situation d’agressées. L’image affective de ses filles menacées révèle l’intention d’amener le spectateur à ressentir cette empathie qui dispense de toute réflexion.

Dans la perspective d’Obama, ses enfants ne peuvent être couplés qu’aux enfants israéliens. La construction par l’image du discours du nouveau président exclut ainsi toute présence d’humanité chez les Palestiniens qui sont cachés derrière ces « pluies de missiles ».

Il faut attendre une question directe d’un spectateur demandant la raison de ce silence alors que des civils innocents se font tuer, pour que Barack Obama mentionne la souffrance des Palestiniens dans son discours.

« Well, look, I have said — and I think I said this a couple of days back, that when you see civilians, whether Palestinian or Israeli, harmed, under hardship, it’s heartbreaking. And obviously what that does is it makes me much more determined to try to break a deadlock that has gone on for decades now ».(3)

Mais celle-ci est immédiatement contrebalancée par l’évocation des souffrances des Israéliens ce qui traduit un refus de reconnaître la disproportion du nombre de morts et de blessés. De plus, les formules impersonnelles suggèrent que le Président est gêné de s’apitoyer sur les victimes palestiniennes.

En voulant en dire peu, Barack Obama finit par trahir le fond de sa pensée, et de sa future politique internationale.

Laurent Monserrat

  1. Notons le sursis de l’immédiateté
  2. « Je ne pense pas qu’aucun pays trouverait acceptable de laisser tomber des pluies de missiles sur les têtes de ses citoyens. Si on envoyait des roquettes en pleine nuit sur ma maison où mes deux filles sont en train de dormir, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter cela. Je m’attendais à ce que les Israéliens fassent la même chose ».
  3. « Eh bien, écoutez, j’ai déjà dit – je pense que j’ai dit il y a quelques jours, que quand on voit des civils qu’ils soient Palestiniens ou Israéliens, blessés, en état de souffrance, cela brise le coeur… ».

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