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Un temps pour l’ivresse des chevaux

Publié le 20 janvier 2009 par Magda

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Bahman Ghobadi (à droite) dirigeant Ayoub Ahmadi sur le tournage d’”Un temps pour l’ivresse des chevaux”.

Bahman Ghobadi est un réalisateur Kurde iranien dont j’ai beaucoup entendu parler lors de mon passage en Irak. Il fallait que je découvre son travail, et j’ai commencé par Un temps pour l’ivresse des chevaux, étrange titre pour un film surprenant, Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2000.

Ayoub, ses deux sœurs et son petit frère difforme handicapé par une maladie hormonale, se battent de toutes leurs forces pour survivre dans un monde où tout les écrase et personne ne leur vient en aide. Avec d’autres enfants, ils se livrent au trafic de marchandises entre l’Irak et l’Iran, sous la coupe d’adultes froids et sans considération pour leur jeune âge. Les marchandises sont acheminées à dos de mule, des mules à qui l’on fait boire de l’alcool pour les aider à lutter contre le froid et la crainte des embuscades tendues par la police. Dans la neige épaisse des montagnes kurdes, les enfants en ribambelle suivent les chevaux harnachés de pompons multicolores, eux-mêmes chargés de lourds paquets sur leurs épaules qui n’ont que dix ou douze ans… et parfois moins.

Sans aucun misérabilisme, et parfois avec un humour subtil, Bahman Ghobadi nous donne à voir une enfance détruite qui reste vaillante, pure et généreuse face aux coups du sort répétés et à l’égoïsme terrifiant des grandes personnes. Solidaires entre eux, les enfants de ce film agissent comme de véritables adultes, prenant soin des plus faibles, travaillant pour subvenir à leurs propres besoins et partageant le peu qu’ils ont entre eux. On peut y voir une métaphore, celle de l’espoir d’une génération meilleure pour le Kurdistan, une génération prête à affronter les tourments du monde sans pour autant marcher sur les pieds de son voisin. Etonnante scène où Ayoub rencontre un enfant serveur dans un café, qui, avec le sérieux d’un adulte et la fraîcheur de coeur d’un enfant, lui explique comment il faut agir pour se faire payer et respecter par les trafiquants de marchandises.

Le film pose mille questions, ne donne pas de réponses, à part celle-ci : la pureté du coeur existe, le courage n’est pas forcément lié à la force et à la violence. Film peu bavard, étiré dans des plans superbes d’enfants en pantalon traditionnels qui bondissent sur les crêtes enneigées des montagnes, et d’intérieurs “peints” comme des toiles de Le Nain. La puissance émotionnelle de l’histoire n’est jamais soulignée que par le jeu sobre et incroyablement juste de ces enfants acteurs. Parions que les yeux profonds du petit Ayoub resteront gravés dans votre mémoire cinématographique.

  

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