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L'homme à l'envers, Fred Vargas

Publié le 23 janvier 2009 par Lilyetseslivres

 

Figurez-vous que je viens juste et seulement de faire la connaissance du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Je faisais jusqu'alors partie de ces quelques rares lecteurs à n’avoir jamais encore ouvert un livre de Fred Vargas (il y a en a encore visiblement… ).
Notre rencontre eut lieu quelque part dans le Mercantour. Un Mercantour en émoi, transi d’effroi après les attaques répétées d’un loup aux mâchoires particulièrement impressionnantes. Quand la bête s’attaque à une femme, Suzanne, personnage haut en couleur et admiré du village, toutes les peurs ancestrales se déchaînent. D‘hypothèses en supputations, la rumeur enfle - et s’il s’agissait d’un loup garou, un « homme à l’envers » (imberbe, aux poils rentrés dedans et qui la nuit s’inverse…) ? Le coupable est vite désigné. La curée n’est pas loin qui se profile déjà...
Et c’est là qu’intervient notre fameux commissaire. Appelé en renfort et à son corps défendant par Camille, un ex (pas si « ex » que ça) grand amour, il débarque avec tout le calme et le sang-froid qui le caractérise. Décidément, notre homme n’est vraiment pas comme les autres…. Pour ces collègues, il est aussi génial qu’incompréhensible.Un homme à part, instinctivement doué, seul, libre, insondable, imperturbable… Bigrement captivant !
Si l’intrigue du livre n’avait pas été aussi prenante, à lui seul il retenait toute mon attention, c'est évident…
Mais l’histoire se déploie, très habilement, dans un suspens rondement mené, habitée de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres, humains et étonnants. Il y a Camille bien sûr, qui trouve la paix de l’âme en feuilletant un catalogue d’outillages (quand elle ne compose pas de la musique), le Veilleux, un berger qui rassure ses brebis d’un coup de téléphone, et Soliman le magnifique, le fils adoptif de Suzanne… Tous les trois partent dans une vieille guimbarde, une bétaillère qui pue le mouton, à la recherche de cet homme à l’envers.
Équipée fantasque, un peu improbable, détonante. À quelques encablures de là, le commissaire veille, réfléchit, décrypte, et rêve. Tandis que le canadien et fiancé de Camille étudie les loups, les protège et les aime finalement plus que tout, presque trop..


« Dans ce refuge précieux, Adamsberg venait griffonner de longues heures, attendant sans lever un doigt que des idées affleurent à la surface de son esprit.
C’est ainsi qu’Adamsberg cherchait des idées : il les attendait, tout simplement. Quand l’une d’elle venait surnager sous ses yeux, tel un poisson mort remontant sur la crête des eaux, il la ramassait et l’examinait, voir s’il avait besoin de cet article en ce moment, voir si ça présentait de l’intérêt. Adamsberg ne réfléchissait jamais, il se contentait de rêver, puis de trier la récolte, comme on voit ces pêcheurs à l’épuisette fouiller d’une main lourde dans le fond de leur filet, cherchant des doigts la crevette au milieu des cailloux, des algues, des coquilles et du sable. Il y avait pas mal de cailloux et d’algues dans les pensées d’Adamsberg et il n’était pas rare qu’il s’y emmêlât. Il devait beaucoup jeter, beaucoup éliminer. Il avait conscience que son esprit lui servait un conglomérat confus de pensées inégales et que cela ne fonctionnait pas forcément de même pour tous les autres hommes. »



J’ai donné rendez-vous à Adamsberg. Je ne vais pas le lâcher en si bon chemin, il m’a dit « Pars vite et reviens tard »… Tout un programme !

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