
Crédit photo Brigitte Enguerand
Jim, âgé de huit ans, se distingue par sa taille et semble-t-il, ses troubles auditifs. Il n’entend plus son grand-père mort. Sylvia, sa mère, l’emmène à l’hôpital pour une consultation avec un médecin qui a bien d’autres soucis que les dysfonctionnements physiologiques d’un enfant si jeune. Une infirmière de son service, avec laquelle il entretient une relation adultérine, le sollicite aisément pour satisfaire son désir pendant que sa femme le harcèle au téléphone à propos des enfants qu’elle n’a pas pu avoir. Le diagnostic est formel, qui faut-il soigner ? Jim, la mère, le grand-père pas vraiment mort ou le médecin ? Chaque profil présente une pathologie dont le trait d’union se révèle être la perversité de ces personnages qui engendreront un serial killer. « Je n’ai que huit ans et je ne sais plus comment je m’appelle. Je ne possède que ce couteau de plus en plus sanglant et un océan de culpabilité. Pourtant, ce ne sont pas mes sentiments à moi. Je ne suis ici que l’ombre de l’enfant que j’aurais dû être. Mais l’enfant n’existe plus. Seule l’ombre continue de grandir. »Cette réplique de Jim retentit comme un cri de désespoir qui porte en filigrane la férocité du dialogue caractérisant la pièce du Norvégien Petter S.Rosenlund. D’une réplique à l’autre, la confusion des genres sème le trouble chez le spectateur. Comédie, tragédie, tragi-comédie ? La liberté de ton que s’autorise l’auteur vis-à-vis, à la fois, de la dramaturgie, de la psychologie et de la réalité montre à quel point, une situation d’une extrême banalité peut basculer rapidement dans l’horreur.

Crédit photo Brigitte Enguérand
Les situations s’enchaînent avec une insignifiance apparente, et un rythme propre au théâtre de boulevard. Les personnages se croisent, s’animent et s’affrontent dans un lieu qui constitue le réceptacle de leur névrose. Un père incestueux qui a abusé de sa fille désespérée, naïve et pas véritablement ancrée dans le réel, tente de communiquer avec son petit-fils souffrant d’un mutisme qui relève plus de l’autodéfense que d’une véritable pathologie. Jim ne préfère ne pas entendre ni voir ce qu’on lui impose plutôt que de cautionner les affres perverses de cette douloureuse filiation dont il est issu. Le fatum caractérise cette famille dont il est la victime immolée et avec laquelle une rupture est nécessaire pour s’émanciper du cadre donné dans lequel il grandit. Au lieu de choisir une mort symbolique, Jim choisira le coutelas…. Simple mais efficace…Les projecteurs mettent en lumière un vaste espace hospitalier, dont les différentes parties sont séparées par de grands rideaux en plastique facilitant les allées et venues des protagonistes de la pièce. L’ambiance de ce lieu expose un total manque d’hygiène et offre à voir un espace que l’irréel aurait transfiguré. Jean-Michel Ribes dirige d’une main de fer, une distribution de haute volée, mettant l’accent sur la férocité du langage qu’utilisent les personnages pour communiquer. Le metteur en scène exploite ces glissements de terrain que permet le texte pour embarquer les acteurs d’une situation comique vers une autre totalement dramatique. Les personnages se croisent, les rideaux en plastique claquent comme des portes, tout laisse à penser que l’on assiste à une représentation aux allures boulevardières, et pourtant, l’impossible est bien ailleurs.

Crédit photo Brigitte Enguérand
Ce n’est pas de cet enfant de huit ans dont il faut se méfier, mais de l’environnement névrotique qui conditionne son devenir. Au fil des scènes, la tension dramatique ne se fait pas plus dense, et pourtant Jim tue ceux qui l’entourent. Ce massacre peut être envisagé comme un jeu aux allures d’une fête foraine. Il est coupé de tout repères tangibles qui permettent une lecture immédiate de la situation, et l’on peut par conséquent n’y accorder aucuns intérêts. Pourtant, il montre sans pudeur une réalité sociale d’un monde en perpétuel changement dont l’issue est vraisemblablement le meurtre. Yves Chatelais, le grand-père de Jim, compose, avec une voix grave et vulgaire, un mâle lâche et vulgaire qui a abusé de sa fille de manière totalement légitime. Il s’accomplit dans le vice et la fuite d’une réalité qu’il n’envisage même pas d’affronter. Hélène Viaux, excellente dans le rôle de la mère de Jim, possède le charisme de ces actrices pouvant aisément jouer le théâtre d’Antonin Artaud. Egarée et en souffrance lorsqu’elle vient chercher du secours à l’hôpital pour son fils, elle s’effondre à sa manière, c’est une façon de dire la vérité. Dans le rôle du médecin, Eric Berger jongle avec les angoisses que génère sa culpabilité. Isabelle Carré, jouant l’infirmière, accomplit un ouvrage juste et sincère. Enfin, Micha Lescot incarne un Jim d’une rare indolence, le regard prostré, il assiste à la représentation d’une société qui lui promet un avenir peu épanouissant. On ne sait pas vraiment pourquoi Jim passe à l’acte si subitement, mais il a été malmené depuis trop longtemps. Il n’est donc plus temps de penser à la mort symbolique. INFORMATIONS & DETAILS ♦Un garçon impossible
De Petter S.Rosenlund
Traduction Terje Sinding
Mise en scène Jean-Michel Ribes
Avec Eric Berger, Isabelle Carré, Jean-Yves Chatelais, Micha Lescot, Hélène Viaux
Du 20 janvier au 28 février 2009
Du mardi au samedi à 21h00. Dimanche à 15h00
Au Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt, 75008, Paris
Réservations : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr







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