Magazine Bd

Alain Fleischer, autoscopie à quatre temps

Par Christophe Greuet

Juste un an après son auto- biographie par- tielle, L’amant en culottes courtes, que beaucoup considèrent comme son “grand œuvre”, Alain Fleischer nous revient avec deux ouvrages. Bien que très différents, Quelques obscurcissements et L’ascenseur sont peut-être dans leur ensemble l’un des meilleurs autoportraits qu’un écrivain nous ai dévoilé depuis longtemps.


Annoncé sur sa couverture comme “La suite de L’amant en culottes courtes”, Quelques obscurcissements est en fait la republication modifiée d’un ouvrage paru en 1991. Dans une longue préface, Fleischer explique cette « cette nouvelle publication (…) en retrouve les textes, les rectifie, les complète, les regarde autrement ».
En effet, le livre se compose hier comme aujourd’hui de deux parties très distinctes mais pourtant fortement liées. La première, Quelques obscurcissements, prolonge le récit de L’amant en culottes courtes. Le petit Alain/Alan retrouve lors d’une visite à Londres en 1964 Barbara, la jeune femme qui lui a offert sa première nuit d’amour sept ans plus tôt. Leur rencontre inopinée va déclencher chez eux une nouvelle passion, brève mais violente, qui mettra un terme définitif à leur liaison. Le livre passe ensuite à La fontaine von Teck, une nouvelle entièrement fictionnelle écrite dans la nuit de leur séparation. Toutefois, ce texte ne manque pas de résonances avec le récit précédemment présenté. Dans l’édition de 1991, Quelques obscurcissements faisait suite à la nouvelle, pour l’expliciter, alors qu’en 2007, l’ordre des deux textes s’inverse, la fiction donnant une nouvelle dimension au récit autobiographique, et non le contraire.
Le second ouvrage qui paraît aujourd’hui, L’ascenseur, se détache totalement de l’histoire personnelle de Fleischer, mais s’inscrit dans la démarche artistique de celui-ci (qui est aussi photographe et plasticien). Là encore, deux textes se complètent. L’ascenseur, la nouvelle qui donne son titre au livre, avait déjà paru en 1995 puis 2002. Initiée pour accompagner une installation de Fleischer lors de rencontres photographiques en Arles, celle-ci fut complétée, en 2002, lors d’une nouvelle présentation de l’œuvre à Bruxelles, avant de devenir un roman à part entière, Immersion, paru en 2005 chez Gallimard. Dans le recueil qui paraît aujourd’hui, Fleischer complète donc ce qu’il qualifie de « fragment d’histoire » d’un long texte sur sa conception de la littérature. L’auteur y explique qu’il « caresse avec ravissement la perspective qu’une histoire puisse échapper à l’enfermement d’un livre unique, d’un volume clos » dont le lecteur pourrait découvrir « qu’un chapitre, un paragraphe, ou ne serait ce que quelques lignes – existe ailleurs, (…) sur d’autres surfaces de papier ». Et Fleischer de désigner ces ouvrages comme des livres ayant « choisi une autre règle du jeu […) désignant le lecteur comme le perdant, c’est à dire (…) comme celui qui va se perdre en eux ». Ceci par opposition aux best-sellers qui révèlent à leur public « la façon de gagner la partie, lui offrant la gratification d’ouvrir la serrure », d’avoir été supérieur « au secret de l’écriture ».
Entre les versions 2007 de Quelques obscurcissements et L’ascenseur, on comprendra bien que Fleischer a voulu livrer, à travers la reconfiguration d’œuvres passées, une grande partie de ce qui l’est, en tant qu’homme, artiste et écrivain. Et l’on saluera la démarche, le courage, et la justesse d’une démarche trop rare aujourd’hui, car sûrement trop éloignée des contingences matérielles liées aux “impératifs” de l’édition.

  • Quelques obscurcissements, Editions du Seuil, 170 pages, 15,80 €
  • L’ascenseur, Editions du Cherche-midi, 110 pages, 10 €

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Christophe Greuet 373 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossiers Paperblog