
Crédit photo antonia bozzi
Bien avant le drame, les enfants dévoilent les meurtrissures du couple que forment leurs parents. Vincent et Lily ne sont pas dupes du désamour que leurs parents tentent de cacher. Et avec les silences, d’autres secrets plus ou moins bien gardés, Vincent dit « Que voulaient-ils cacher que l’on avait pas deviné ». On devine nous aussi le poids de la maladie et leur solitude dans la belle maison silencieuse. Les trois enfants sont livrés à eux-mêmes. Seule la présence de Nathan, ayant trouvé en eux une famille de substitution, leur apporte un peu de soutien et de légèreté.Quand le deuil est annoncé, toute la famille est bouleversée, car avant la perte même, les cartes se redistribuent, les secrets remontent à la surface. Tous s’attellent à protéger Martin, surtout Lily. Et puis la mort survient, et après la mort l’omniprésence de la mère. «Elle vit en nous » dit Lily. Les années passent, chacun trouve son salut à sa façon, Lily fait un enfant, Vincent tente de délier les nœuds de son histoire par l’écriture. Il dit à Martin : « Pour écrire il faut deux secrets dont un que l’on ne connaît pas ». Il rêve d’un livre impossible à écrire et perpétue ainsi la loi du silence. Mais pour Martin, il en va autrement, il ne parvient pas à se construire, il s’autodétruit. Quand on lui annonce la mort prochaine de Nathan, qui a été comme un parrain pour lui, la colère s’empare de lui, il enrage d’avoir été pris en otage du silence qui le tue, des «silences qui gueulent ».
Crédit photo antonia bozzi
Le poids des mots sur une toile clair-obscur
Cette pièce pose la question essentielle et universelle de la vie après la mort, pour les vivants : « Ce qui reste entre les vivants », et notamment au sein d’une fratrie anéantie par la perte du pilier que représente la mère dans l’édifice familial.On aimerait peut-être que cela explose plus tôt pour soulager la tension que suscitent ces rictus, ces masques, ces faux-semblants. Heureusement, le personnage volcanique de Martin vient faire voler en éclats les non-dits. On est cependant bercé par un texte somptueux mis en valeur par une juste adaptation signée Jean-Pierre Garnier qui réalise aussi une mise en scène remarquable. Le style, dans une alternance de narrations et de dialogues, d’ellipses et de ruptures donne un caractère rythmé à la pièce …. Les mots qui nous parviennent et déchirent le vide. Les images vidéo de Mathieu Mullot se fondent parfaitement dans la scénographie clair-obscur d’Yves Collet, où les corps des comédiens évoluent avec grâce. Tout cela donne à l’ensemble une belle cohérence esthétique. Cette pièce toute entière entraîne une réflexion sur la mort, tout ce que la perte d’un être cher, aussi imparfaite fusse notre relation avec lui, révèle, et le vide qu’il laisse derrière lui. Avec les doutes et les questions que l’on sait sans réponse pour l’éternité. Vivre avec … « Si seulement les morts pouvaient conclure. » INFORMATIONS & DETAILS ♦
Sweet home
D’Arnaud Cathrine
Adaptation et mise en scène : Jean-Pierre Garnier
Avec Valérie Dashwood, Thibault de Montalembert, Sylvain Dieuaide, Thomas Durand
Scénographie et lumière : Yves Collet
Création sonore : Jean-Charles Schwartzmann
Collaboration artistique : Thomas Bouvet
Travail du mouvement : Maxime Franzetti
A voir jusqu’au 15 février
Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h30
La Tempête
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ-de-Manœuvre
75012, Paris
http://www.la-tempete.fr
Réservation : 01 43 28 36 36







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