Dans cette adaptation, les lumières font une ambiance ténébreuse. Le dispositif double, à la fois scénique et vidéographique, confère au spectacle des qualités visuelles appréciables. Le cinéma prend le relais sur le théâtre, et inversement. C’est ainsi que les projections permettent le dépassement des limites de la scène : le procédé est utile pour faire voir avec force et distanciation les tortures - morales et physiques - infligées à Winston par le pouvoir impitoyable. La scénographie, mobile, est ingénieuse - la mise en scène pourrait l’exploiter davantage.
Big brother…L’univers mis en place n’est pas traité de manière exactement réaliste. Les comédiens jouent parfois avec l’exaltation des personnages issus des dessins animés, un certain automatisme règle souvent les dictions : c’est à la fois l’inhumanité uniformisée et l’infantilisation du conditionnement qui sont ainsi mise en valeur. Les personnages semblent mus par l’hystérie du conditionnement seulement, et leur déshumanisation paraît d’entrée irrémédiable. Jean Terensier illumine l’espace, il assume le sadisme fielleux de O’Brien avec une dynamique hypocrisie, et sa désinvolture est atterrante. Sébastien Jeannerot joue très simplement le jeu de la révolte aliénée. Autour des personnages principaux, des sbires masqués se partagent divers rôles : ils sont tour à tour prolétaires, ou complices de l’horreur, ou encore rats, nichant dans la pauvreté. Ce sont les cendres chaudes de leur humanité renaissante qui vaudront à Winston et Julia d’être arrêtés. Alors, il est regrettable que dans l’interprétation, cette sensibilité des corps et des esprits peine à poindre sincèrement. François Bourcier et Alain Lyddiard construisent toutefois un travail précis, qui trouve à l’évidence quelques correspondances dans notre société hyper-technologique, où le contrôle du pouvoir se renforce de jour en jour. Ils proposent une adaptation condensée, un tant soit peu « déréellisée », de l’œuvre. L’énergie du projet peut donner envie de se plonger à nouveau dans les écrits du romancier et penseur George Orwell, dont l’ « anarchisme tory »* est riche immensément d’enseignements. * « anarchisme conservateur » - cf. Jean-Claude Michéa, Orwell, Anarchiste tory, Éditions Climats, 2000 INFORMATIONS & DETAILS ♦
1984 (BIG BROTHER VOUS REGARDE)
D’après 1984 de George Orwell
Adaptation : Alan Lyddiard
Mise en scène : François Bourcier, Alain Lyddiard
Avec : Cyril Anthony, Alexis Bouchacourt, Caroline Felices, Sébastien Jeannerot, Florence Nilsson, Lionel Pascal, Jean Terensier
Réalisation filmique : Sébastien Jeannerot
Scénographie : Neil Murray
Musique : Lucien Zerrad
Du 29 janvier 2009 au 26 février 2009, du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 16 heures
Durée : 1 h 40
Théâtre de Ménilmontant
15, rue du Retrait
75020 Paris
http://www.menilmontant.info
Réservations : 01 46 36 98 60








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