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Retour vers l’OTAN, affaire Chauprade : comment piller le cadavre national, par Samuel Gelb

Publié le 20 février 2009 par Juan Asensio @JAsensio
Mark McGowan, Dead Soldier 2006.
Cet article paraîtra dans Libres, la revue dirigée par Raphaël Dargent.
Le retour dans l’OTAN décidé par Nicolas Sarkozy vient mettre la dernière touche à la liquidation politique – engagée sous Giscard – du gaullisme et de politique d’indépendance stratégique de la France. Les sauts de cabris du Parti Socialiste et du Modem, qui ont si longtemps prêté le flanc à l’atlantisme, ne tromperont évidemment que les aveugles. Ils ont compris que cette dénonciation médiatique était payante électoralement. Le débat qui aura lieu à l’Assemblée ne sera qu’une énième mascarade parlementaire avec, pour final, l’entérinement de cette réintégration.
En réalité, cette décision ne fera qu’officialiser l’épreuve de servitude otanienne que les armées françaises vivent depuis vingt ans. Après tout, nous n’avons pas eu besoin d’être dans le commandement intégré pour prendre part à la destruction systématique de la Serbie et pour fournir à la mafia albanaise une plateforme d’opération clé en main en légitimant l’indépendance du Kosovo. Tous les subterfuges de la propagande américaine pour faire du pouvoir serbe un digne successeur du nazisme ont beau être désormais totalement éventés, nous continuons de reproduire l’intoxication : Bernard Kouchner a reconnu qu’il n’y avait jamais eu de camps d’extermination serbes et qu’il s’était contenté de relayer servilement les mensonges du dirigeant bosniaque Izetbegovic. On apprend désormais de la bouche même de celle qui a mené l’enquête, la Finlandaise Helena Ranta, sur le massacre de Racak attribué par l’OTAN à la Serbie, et qui servit de justification aux bombardements de 1999, que celui-ci n’était pas le fait des forces serbes et qu’elle avait dû accréditer ce mensonge sous la pression du chef de mission de l’OSCE, William Walker. On ne s’étonnera pas que toute la presse française, ou presque, qui a fait de la Médiocratie sa fange d’élection, soit tombée dans un panneau aussi grossier. Timisoara et les «bébés koweïtiens arrachés dans leur couveuse» par les vampires irakiens lui avaient déjà permis d’ingérer les techniques de désinformation américaines.
Trêve de vérité historique, celle-ci ne fait pas vendre. Nous allons donc continuer de servir les ambitions américaines et sa politique de marginalisation de la Russie et d’emprise sur les ressources énergétiques de l’Europe centrale. Il faut dire que le fromage otanien a de quoi exciter les papilles des militaires de haut rang : quelques 800 strapontins dans l’OTAN, avec les salaires et les avantages correspondants, cela peut expliquer l’empressement de certains à défendre à corps et à cris cette réintégration. Est-ce un hasard si la quasi-totalité des généraux qui occupent les postes stratégiques ont fait un passage par les États-Unis dans leur carrière et reçu l’adoubement du commandement américain ?
Dans le même temps, Hervé Morin décide d’évincer purement et simplement, sur la seule foi d’un article du Point, Aymeric Chauprade, un des piliers du renouveau de l’école française de géopolitique, qui a osé s’être livré à une analyse critique et circonstanciée des points d’ombre et des béances manifestes de la thèse officielle des attentats du 11-Septembre. En faire un clone de Meyssan est si odieux que le stratagème ne vaut même pas un commentaire sur le fond. Les auteurs de son renvoi se sont disqualifiés eux-mêmes en tentant de le marquer au fer avec le label «conspirationniste», tant le professeur est à cent lieues du «délire complotiste» dont Jean Guisnel a tenté de l’affubler dans Le Point. Qu’un journaliste connu pour ses mœurs déontologiques douteuses, s’ingénie à salir la réputation d’un universitaire reconnu internationalement pour la qualité de son travail et de ses analyses, cela donne la mesure de la forfaiture du pouvoir politico-médiatique. Cela donne surtout la mesure de ce qui le sépare de la réalité profonde du pays qui a toujours rejeté en bloc l’alignement transatlantique dont les sarkozystes se font les chantres.
Mais, après tout, peut-on vraiment s’offusquer du fait que le Collège Interarmées redevienne ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire une institution soviétoïde, fondamentalement alignée sur les desiderata du pouvoir ? Non, la chose est dans la logique. En revanche on ne peut qu’être choqué quand le général Desportes, son directeur, appelle dans un discours de façade à la libération de la pensée stratégique française, et que dans le même temps il se fasse sur le champ un devoir d’enterrer ce mot d’ordre dès qu’il prend forme. Une telle schizoïdie, en sus d’être malhonnête, est surtout terriblement dangereuse. La France pouvait-elle se permettre, tant son déficit de rayonnement est profond dans le domaine militaire, de se passer d’un universitaire de l’envergure d’Aymeric Chauprade ? À dire vrai, il ne fait pas bon chercher la vérité quand elle brise le vernis du pouvoir et en vient à contrarier les amitiés atlantistes que certains au sommet de l’État ont si viscéralement chevillées au corps. Furieuse passion de la servitude volontaire. Confort mortel du vassal surtout.
Il est vrai qu’il est plus simple de mettre à mort symboliquement une personne que de l’assassiner physiquement. Il suffit désormais pour réduire un chercheur de lui accoler le stigmate infâme du «conspirationnisme». La manœuvre est si facile, si abjecte, que l’homme honnête ne peut qu’en concevoir la plus grande indignation et la plus farouche colère. Mais n’est-ce pas le même ressort ignoble qui a joué dans l’affaire Péan-Kouchner ? Oh le rusé ! Oh le malin ! Qui a bien senti que le qualificatif de «cosmopolite» – parti qu’il a par ailleurs toujours revendiqué avec son ami BHL – lui ouvrait une faille énorme, celle de l’ethnomasochisme, celle de la culpabilité désormais ontologique à laquelle nous damne l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ? Il a suffi à notre aimable ministre des Affaires Étrangères – qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom – de jeter sur Péan le soupçon d’antisémitisme pour gagner le soutien du Monde, du Nouvel Obs et consorts. Il faut lire l’éditorial de Philippe Cohen dans Marianne qui dénonce à juste titre ces petits soldats du Système comme les vrais «fourriers de l’antisémitisme». Croyez-le le subterfuge n’est pas prêt de mourir. Il se montre si efficace aux esprits faibles pour proscrire et marginaliser. Le leurre sert trop bien les intérêts de ces assis. Comme ils tremblent des tremblements douloureux du crapaud dès qu’on prononce le mot «souveraineté» ! Aymeric Chauprade paie évidemment son statut de souverainiste. L’article du Point – commandé en sous-main ? – qui a suffi à placer sa tête sur le billot de la solidarité transatlantique et le coup de sang – prémédité – de Morin, n’auront servi que de prétextes à son épuration politique pure et simple. Les officiers du CID – israéliens compris – qui ont suivi ses cours pourront en témoigner : il s’est toujours montré d’une extrême modération dans son rôle de professeur. Il n’a jamais fait état de ses prises de position idéologique. Contrairement à d’autres toujours bien installés dans leurs fonctions, il n’a jamais insulté le devoir de réserve. Les officiers stagiaires lui ont même dressé une haie d’honneur pour signifier au commandement du CID leur totale désapprobation.
Au-delà du sordide et de la bassesse de la méthode, il faut reconnaître au clan pro-américain qui goupille le pouvoir politico-militaire le mérite de la cohérence. Ils ont posé soigneusement les jalons du processus de liquidation de l’héritage gaulliste et de ce que jadis, dans un temps qui nous paraît désormais préhistorique, on nommait «l’indépendance stratégique» : parution du Livre Blanc qui réduit notre armée à n’être qu’une force de maintien de paix, piteuse voiture-balai destinée à accomplir les basses besognes que l’armée américaine dédaigne; annonce officielle de notre retour dans l’OTAN en l’échange de l'ébouage de Guantanamo et de deux commandements mineurs qu’on nous jette comme des miettes pour récompenser notre si patente inféodation; enfin épuration des dernières voix savantes du souverainisme au sein de l’institution militaire. Les prochains sur la liste noire ? Le Canard Enchainé, ce faux-ennemi qui sert à merveille les intérêts de l’Anti-France, vient de les désigner à la vindicte : Réveillard, Lugan, Venner, Conrad, etc. Bref tous ceux qui ont le tort de défendre la nation. Heureuse nostalgie des purges staliniennes !
Quelle étrange, absurde situation, où celui qui tente de faire face à la pantomime sinistre des mensonges est désormais travesti en extrémiste, et où ceux qui plongent la France dans la régression et sacrifient l’idéal républicain tentent de se faire passer pour des progressistes et des républicains. Qui punit, qui ostracise ? Le médiocre, le traître. Qui est puni, qui est ostracisé ? Le savant, le patriote. Quel retournement des rôles qui veut tout dire du drame de la vérité où notre pays se meurt ! Si la liberté d’expression n’a plus de sens dans ce pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même, soit ! Mais qu’au moins le pouvoir nous livre une liste écrite des tabous et des vérités indicibles ! Cela facilitera le travail d’autocensure. Cela aidera les penseurs à se mettre à l’index des critiques interdites. Il faudrait songer à instaurer un crime de lèse-servitude pour graver dans le marbre la ligne de camp et délimiter le théâtre d’opérations de la post-nation.
Décidément, dans cet âge de ténèbres, il ne fait pas bon se poser en adversaire du consensus médiocrate qui voue la France au gouffre. Mais l’infâme là-dedans, ce n’est pas tant l’imposture que ce licenciement incarne, nous en avons tant vu ces dernières années condamnés au silence. Combien sont ceux qui, dans l’ombre des ministères, dans l’anonymat, ont déjà subi cette ostracisation et qui la subiront encore ? Non l’infâme là-dedans, c’est que ce sont les opportunistes et les lâches qui se font juge de paix, ce sont les gestionnaires du désastre qui abattent le marteau du déshonneur sur l’homme de conviction.
Sachez-le messieurs, jeunes et plus vieux qui – insensés que vous êtes ! – voulez conserver ce qui reste de l’indépendance de la France, l'état de défenseur de la souveraineté et de conjurateur du déclin vous voue désormais à la marge et à la pauvreté, à la flétrissure et à l’injustice. Il vaut mieux piller les entrailles du cadavre national que d’en appeler à sa résurrection. Forçons-nous le trait ? À peine hélas. Voilà où s’achève le thrène. Chant de mort pour nation défunte. La boucle est bouclée. La pensée rentre dans la résistance.
Au moment où toutes les conditions sont réunies pour établir au niveau mondial un équilibre de pouvoir multipolaire, et où les neo-cons américains s’effacent, nous nous faisons – sublimes pavloviens que nous sommes – néo-conservateurs ! Nous sommes prêts à tirer un trait sur nos emprises africaines, où nous avons des intérêts économiques et sécuritaires cruciaux, et à basculer nos forces en Afghanistan pour flatter le messie Obama. Le chemin de notre vassalité est tout droit tracé. Il est à craindre que la chassie de l’atlantisme qui embue les yeux de nos dirigeants ne parvienne plus à les leur faire déciller. Voilà comment s’orchestre le suicide volontaire d’une nation, alors qu’elle a en puissance tous les moyens de l’autonomie. Soyez en sûrs : le syndrome 40 n’a pas fini de travailler la chair du cadavre. Peu importe que la France soit morte, la nécrophilie atlantiste ira la violer dans sa tombe.
La prochaine étape dans l’infamie ? La transformation du siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU en siège européen et la mutualisation sous commandement euratlantique de la force de frappe nucléaire. Malheur aux vaincus.

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