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La pologne devrait bien se sortir de la crise

Publié le 20 février 2009 par Sylsol
Jean-Marie Laporte dirige le bureau parisien de la société de gestion East Capital, qui investit essentiellement dans les pays de l'est et en Russie. Il détaille la situation économique de ces pays, après l'alerte lancée par l'agence Moody's sur leurs banques.
Lefigaro.fr / jdf.com : Comment expliquez-vous la violence de la chute des marchés financiers d'Europe de l'Est ?
Jean-Marie Laporte : Les pays d'Europe de l'Est ont connu la crise après les marchés occidentaux. Alors que les indices aux Etats-Unis ont commencé à plonger dès 2007, le marché russe a atteint son plus haut niveau en mai 2008. D'abord épargnée par la crise, la Russie a été rattrapée par le marasme économique, et a dû affronter en même temps le brutal repli des cours du pétrole, à partir de juillet dernier. En seulement six mois, entre mai et octobre dernier, le marché russe a perdu 75% de sa valeur. Il y a donc eu un effet de rattrapage très violent.
Pourquoi un revirement aussi violent n'était-il pas attendu ?
Le secteur bancaire occupe une place modeste par rapport au PIB des pays d'Europe de l'Est. Ils se contentent de développer les réseaux de collecte et de prêts sur leurs marchés domestiques. Le total des actifs bancaires en Russie représente un montant égal à 60% du PIB du pays, alors que les actifs de la seule Royal Bank of Scotland atteignent 100% du PIB britannique.Il semblait donc crédible que les pays d'Europe de l'Est soient moins touchés par l'explosion de la bulle des subprimes. Par ailleurs, les principaux pays représentants de cette zone paraissaient à l'abri de par leur faible participation au commerce mondial. La Russie affiche en effet un niveau d'exportation de 26%, la Turquie de 16% et la Pologne de 33%. Mais cette faible ouverture à l'international n'a pas permis d'éviter la contagion de la crise.
Quel facteur a déclenché la crise en Europe de l'Est ?
Les pays d'Europe de l'Est ont malgré tout été entraînés dans la crise du fait de l'endettement en devises étrangères. Ainsi, en Russie, les investisseurs étrangers ont commencé à retirer leurs capitaux investis dans le pays, les entreprises locales ont éprouvé des difficultés à se refinancer, et une partie des agents économiques ont converti leurs actifs en rouble en dollars. La monnaie russe a donc soudain été massivement vendue sur les marchés des changes, ce qui a entraîné une chute de sa valeur. Un tiers des réserves en devises de la Russie ont été employée pour tenter d'arrêter la baisse du rouble. Aujourd'hui, la monnaie russe semble avoir atteint son taux d'équilibre. La crise en Russie devrait donc se régler rapidement.
Quel est le pays le plus vulnérable actuellement ?
La situation la plus critique s'observe en Ukraine, qui a déjà bénéficié d'une aide par la Fonds monétaire international de 16,5 milliards de dollars. Le pays souffre d'un fort déficit commercial, qui atteint environ 25% du PIB. Par ailleurs, les prix en Ukraine progressent à un rythme très rapide. Sa monnaie s'effondre : elle a perdu la moitié de sa valeur au cours du second semestre 2008. L'industrie locale, exportatrice d'acier et de matières premières agricoles et alimentaires, perd des débouchés. Ce pays a donc du mal à faire face à ses dettes. A cette situation économique difficile s'ajoute une crise entre le président ukrainien et son premier ministre. Ce bras de fer politique devrait perdurer jusqu'à la prochaine élection présidentielle de janvier 2010. En attendant, les mesures nécessaires au redémarrage de la croissance risquent de ne pas être prises.
Quels risques présentent les autres pays d'Europe de l'Est ?
La Bulgarie, les Pays Baltes, la Roumanie et la Hongrie doivent faire face à des difficultés. La Slovaquie et la Slovénie sont touchées par les turbulences, mais leur participation à la zone euro leur offre une protection. La République Tchèque semble également à l'abri. La Pologne surtout apparaît comme un pays bien géré, soutenu par son commerce extérieur. Elle devrait faire partie des pays qui sortiront le mieux de la crise. Cependant, tous restent concernés par le manque de liquidités à l'international, du fait de l'endettement des agents économiques en dollars.
La Pologne estime désormais ne plus être en mesure de remplir les conditions préalables à l'adoption de l'euro. Quand ce dossier pourra-t-il être ouvert à nouveau ?
L'équilibre de son budget et la bonne tenue de son commerce extérieur constituent les atouts de la Pologne pour prétendre à l'entrée dans la zone euro. Le tourbillon monétaire actuel ne permet pas de poursuivre ce projet d'adhésion. Mais quand la situation sera stabilisée, après la reprise du dollar et une intervention suffisante des autorités internationales, la reprise de ce dossier peut s'avérer rapide, c'est-à-dire à un horizon de six mois à un an.
Votre maison de gestion investit essentiellement dans les pays d'Europe de l'Est. Comment construisez-vous votre portefeuille dans cette zone actuellement ?
Nous avons renforcé l'allocation sur la Russie, qui concentre 50% dans nos fonds investis en Europe de l'Est. Le marché russe est peu cher, et il offre notamment des opportunités sur les sociétés pétrolières : Lukhoil, Rosneft et Gazprom. Réunies, ces trois groupes russes affichent une valorisation identique à celle de la seule société brésilienne Petrobras. Or, la Russie produit 9 millions de barils de pétrole par jour, soit quatre fois plus que le Brésil. Les pétroliers russes sont donc sous-valorisés en bourse. Après la Russie, nous investissons en Turquie et en Pologne.Ces trois pays représentent ensemble les deux tiers de notre portefeuille. Nous avons sorti les valeurs bancaires turques et autrichiennes de notre sélection. Nous sommes convaincus que la croissance renaîtra grâce à la reprise en Chine et aux Etats-Unis. Mais c'est la consommation interne qui portera la relance. Nous misons donc sur les valeurs défensives, avec beaucoup de trésorerie disponible et peu de dette. Des titres de la distribution sont intéressants.Nous favorisons par ailleurs les sociétés qui bénéficient de rentrées fixes, grâce à l'abonnement de leurs clients, comme dans le secteur de la téléphonie mobile. Les valeurs à haut rendement, qui versent des dividendes élevés, constituent une autre priorité d'investissement, depuis octobre dernier.
(Propos recueillis par Perrine Créquy - Lefigaro.fr et jdf.com - 19/02/09)

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