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Le début de la faim

Publié le 24 février 2009 par H16

L'état à faim. La bête, le ventre rempli de gargouillis profonds, est taraudée par une fringale titanesque, et lance ses membres fourchus dans toutes les directions. Il faut du pognon, du grisbi, du flouze, viiiite ! Eh oui : perdue dans ses raisonnements circulaires, la créature se lance à présent dans une course poursuite avec les fonds qu'il lui faudra brûler pour justifier son existence. Et devant son appétit, aucune limite ne pourra tenir.

Et la taille de l'appétit, bien sûr, est directement dépendante de la taille de l'Etat, et de la taille de la dette qu'il a accumulé.

Pour les USA, évidemment, ces hippopothèques monstrueuses ont tant aiguisé sa fringale qu'il cherche maintenant activement à dépouiller tous les petits et gros contribuables futés qui avaient bien sagement déposé leurs avoirs à l'abri des yeux inquisiteurs ... en Suisse par exemple. Et les pressions sont telles qu'évidemment, les petits se font, comme d'habitude, cogner par les gros.

Bien sûr, on n'en restera pas là ; et puisque la pression américaine marche bien, on va goûter à la pression bruxelloise (pas la Pils, réputée, mais l'autre, la commissionnée).

Bref : le secret bancaire, ça eut payé, mais ce n'est plus dans l'air du temps du tout. Pressurer, pressuriser et impressionner, c'est la tendance Printemps-Été pour les états qui veulent rester à la mode. Et ce qu'il y a de bien, avec cette technique de gros bras, c'est qu'elle ouvre, littéralement, toute une nouvelle voie, toute une panoplie de petits arrangements juteux pour ceux qui l'exercent. On commence avec 250 comptes, et comme cela ne fait, finalement, que de la petite monnaie, on passe rapidement à plusieurs dizaines de milliers.

Voyons voyons : de gros états, bien armés, prennent en sandwich un petit état, pas armé, et l'obligent à renoncer à ses principes, le force à cracher dans un premier temps une petite somme et ensuite, à lâcher un gros morceau... Tout ceci ne vous rappelle pas quelque chose ? S'il ne s'agissait pas d'états, on dirait du racket de cour de récré...

Mais cette comparaison serait amusante si elle ne cachait pas une réalité bien plus sombre.


Miam miam miam

On pourra en effet m'objecter, à ce point de mon billet, qu'après tout, les contribuables américains avaient tenté l'évasion fiscale et, se soustrayant ainsi de leurs obligations américaines, risquaient bel et bien le sort qui leur arrive.

Dans une économie gérée correctement, cet argument serait peut-être recevable. En revanche, alors que les Etats obèrent sans sourciller l'avenir de leurs citoyens et des nations qui se sont, plus ou moins volontairement, mis à leur charge, l'évasion fiscale est devenue l'indispensable opération sanitaire de toute personne sensée. Actuellement, ces Etats imposent à tous, du plus riche au plus pauvres, une collectivisation des pertes, alors que la moindre des choses aurait été que seuls les responsables paient leurs fautes. Non seulement, les responsables ne sont pas punis, mais, pire, ils sont grassement remerciés, leurs sociétés sont renflouées, et le tout avec l'argent du contribuable.

Et lorsque ce dernier vient à manquer, on pense naturellement à venir piocher dans les poches de ceux qui ont eu, justement, l'intelligence de comprendre que, quoiqu'il arrive, les règles sont pour ceux qui les subissent, jamais pour ceux qui les font. Et qu'on ne vienne pas me dire que, comme par hasard, ceux qui ont mis l'argent de côté sont aussi ceux qui ont profité du système : pour quelques centaines de comptes, cela passerait encore, mais on parle ici de 52.000 comptes ; statistiquement, cela tiendrait du prodige. En outre, l'argent cramé dans les industries automobiles, les bancaires ou les financières ... n'a pas atterri sur ces comptes, et les montants impliqués montrent que lorsqu'un évadé fiscal planque 1, un profiteur encaisse sans vergogne les 10 que l'état distribue à partir des 100 qu'il a volé ponctionné sans sourciller.

De plus, cette situation que la presse relate sur un ton au mieux neutre, au pire complice et vengeur, glisse tous les jours un peu plus vers une institutionnalisation d'une transparence totale qu'une relecture de 1984 d'Orwell permet de mieux remettre en perspective. L'abandon du secret bancaire est en effet une étape importante vers une société de verre où tout le monde peut être informé de ce que fait tout le monde. Une telle société est alors le théâtre d'une hypocrisie constante montée en habitude, hypocrisie qu'on peut d'ailleurs déjà observer dès lors que les mouvements de fonds et les comptes numérotés concernent ... ceux qui gèrent l'état, comme par hasard.

Et cette hypocrisie va plus loin puisqu'on peut la déceler aussi dans toute cette population qui s'offusque plus vite que son ombre dès lors que les méchants sont des capitalistes (qui, je le rappelle, mangent des enfants pauvres comme des cacahouètes à l'apéritif). Eh oui : on est ici en pleine démonstration de l'impérialisme américain, de l'interventionnisme d'état massif sur un petit pays neutre. Nous observons, ici et maintenant, l'ingérence scandaleuse dans les affaires suisses d'un grand pays qui fait des dettes, en jetant à la face du monde des milliards de dollars alors que, dans le même temps, il en crame tout autant pour faire la guerre dans un pays lointain.

On peut voir que ce même pays, dont les gouvernants ont enchaîné les mesures monétaires inappropriées et les bidouillages de marchés, utilise sans souci la menace et la coercition pour obtenir ce qu'il veut et le tout, sans aucune réaction de tous les gauchistes qui braillent dès qu'Oncle Sam se vautre dans l'impérialisme le plus total. On risque très objectivement un effondrement de places bancaires précisément basées sur la confiance et le secret, effondrement qui aurait des conséquences catastrophiques sur l'économie mondiale déjà fort mise à mal par les pollutions légales et règlementaires, effondrement qui ruinerait encore plus de monde à commencer par les plus nombreux, les classes pauvres et moyennes et ... c'est un silence compact du côté des effarouchés officiels.

Aucun doute : lorsque l'Amérique engrange des profits, lorsque des capitalistes, de préférence américains, produisent de la richesse, il se trouvera toujours un Michael Moore ou Al Gore un pour, bréviaire socialiste au poing, dénoncer les vilains mangeurs d'enfants pauvres. Mais où sont-ils, maintenant, les Besancenot de la révolte anti-impérialiste lorsqu'il s'agit de protéger les citoyens pauvres dont les états s'endettent massivement alors qu'aucune consultation démocratique ne leur a donné un tel chèque en blanc ? Où sont-ils, les Ché de pacotille, lorsqu'il s'agit d'aller dire "non, laissez les Suisses tranquille" alors que Washington foule au pied le droit bancaire helvétique ?

Eh oui : dès qu'il s'agit de jouer les agents du fisc, dès qu'il faut, au final, aller voler dans la poche des autres, ... plus un bruit. Plus de dénonciations. Plus de cris de révolte et d'outrances derrière des porte-voix.

L'ingérence, l'impérialisme, tout ça, c'est mal, sauf quand c'est pour les impôts.


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