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Gel des tarifs et comptabilité politique

Publié le 24 février 2009 par Magazinenagg

Dans le texte qui suit, Joseph Facal déplore le fait que le PQ propose de geler l'ensemble des tarifs des services publics. Il considère cette politique inefficace et propose que chaque cas soit évalué à sa juste valeur. Pourtant, M. Facal est bien placé pour savoir que " politique " et " rationalité économique " ne font pas bon ménage.

Pour comprendre les agissements des politiciens on ne peut pas utiliser le schème de référence du monde des affaires. Depuis toujours, les politiciens utilisent les ressources des gouvernements, c'est-à-dire l'argent des contribuables, pour mousser la cause de leur parti - un sujet qui les intéressent autrement plus qu'un budget équilibré...

L'interventionnisme de l'État se justifie au moyen des principes de la comptabilité politique. Ceux-ci sont généralement à l'inverse des principes de la comptabilité financière. Pour les politiciens, les coûts d'une politique mal avisée sont moins importants que sa popularité. Mme. Marois mise sur la probabilité que le gel des tarifs sera plus populaire que leur augmentation. Heureusement, ce n'est pas grave tant que le PQ demeure dans l'opposition.
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Les faiblesses du coeur

Joseph Facal
Canoë, 23/02/2009 10h55

Il est louable de vouloir aider les gens frappés par la crise économique. Mais le coeur ne suffit pas : encore faut-il les aider de la bonne manière.

Le PQ propose de geler les tarifs de tous les services publics pour ne pas "accabler la classe moyenne et les plus démunis". Voyons cela de plus près.

Les Québécois ont payé l'an dernier 22,2 milliards en tarifs de toutes sortes : Hydro-Québec, garderies, frais de scolarité, assurance médicaments, droits d'immatriculation, permis de chasse et pêche, et bien d'autres.

Il n'est pas déraisonnable en temps de crise de vouloir surseoir à telle ou telle hausse de tarif. Le moment ne se prête pas non plus à l'introduction de nouveaux tarifs.

Mais fallait-il geler TOUS les tarifs actuels ? Pourquoi ne pas avoir étudié chaque cas à la pièce ?
A-t-on fait des études pour mesurer l'impact de ce gel mur-à-mur sur les finances déjà très fragiles du gouvernement, ou sur sa capacité à fournir les services avec moins d'argent ? Et quelle est la durée anticipée de cette crise, et donc du gel ?

L'arithmétique est pourtant implacable : comme le coût pour fournir le service ne peut être gelé, un gel des tarifs condamne le gouvernement à s'endetter davantage, à se financer en haussant les impôts, ou à couper dans la qualité du service.

AVANTAGE AUX RICHES

Pendant cette crise, la très grande majorité des Québécois conserveront leurs emplois, leurs revenus, leurs maisons. Ce sera mon cas. Pourquoi faut-il geler MES tarifs ? Pourquoi ne pas concentrer l'aide sur ceux qui seront touchés au lieu de gaspiller de précieuses ressources qui pourraient servir à la relance ?

La démonstration a été faite mille fois : on aide mieux les pauvres par des mesures fiscales ciblées sur eux que par des gels qui profitent surtout à ceux qui ont les moyens de surconsommer, qui sont évidemment les riches. Et plus le gel des tarifs est généralisé et long, plus il nous condamne à des hausses salées plus tard.

Les Québécois consomment déjà huit fois plus d'eau que les Danois. Le gel des frais de scolarité n'a aucun impact sur l'accessibilité et aggrave le retard de nos universités, qui est dramatique dans une économie du savoir. Un tarif de garderie uniforme profite aux riches qui pourraient contribuer davantage en fonction de leurs revenus.

Le progressisme n'est pas toujours là où on le pense. Il faut vivre dans le réel.

SAINE GESTION

Un gel tous azimuts prive aussi l'État de précieuses ressources à un moment crucial. Réduire, par exemple, le nombre d'élèves par classe pour lutter contre le décrochage coûterait des dizaines de millions.

La crise aurait justement dû être une occasion pédagogique pour rappeler à nos concitoyens quelques vérités de base à cet égard. De toute façon, règle générale, nos tarifs sont déjà plus bas et ont moins augmenté qu'à peu près partout ailleurs.

Qu'une crise requiert davantage de sensibilité politique qu'en temps normal, soit. Mais les principes de base de la saine gestion ne cessent pas pour autant d'exister. Le coeur et la tête peuvent très bien cohabiter.


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