... mais que les jeunes qui débarquent ici ne viennent pas me demander comment! Ils n'ont qu'à aller éplucher un certain journal français dépendant du groupe
Dassault, s'ils maîtrisent encore la lecture... Une poignée de jeunes gens vient de lancer un site Internet qui propose aux élèves largués de faire leurs devoirs à leur place - contre
rétribution, bien sûr, un exposé d'une dizaine de pages pouvant coûter jusqu'à 80 euros. De l'autre côté, des étudiants résolvent les problèmes de robinets, rédigent les commentaires composés,
font (peut-être) des lignes d'écriture, dans un délai allant de 24 à 72 heures; ils sont payés à l'heure, et en fonction de la note obtenue, de 15 à 45 euros de l'heure.Naturellement, cela fait grincer quelques dents - dont les miennes. L'initiateur, également actif dans la vente de services moins controversés, considère qu'il se fait ainsi un bon coup de pub, et que c'est le marché qui va décider du maintien de cette offre. Culotté, l'homme parvient même à balayer les reproches d'anti-pédagogie et de creusement des inégalités sociales: pour le premier élément, les devoirs sont expliqués et ne se limiteraient pas à une simple réponse; pour le deuxième, le chef d'entreprise considère même que vu les prix bas pratiqués (plus bas que la concurrence, affirme-t-il - donc il existe une concurrence!), son service tendrait à réduire les inégalités...
La première question qu'on se pose est naturellement celle de la légalité du procédé. Et certes, celui qui l'a lancé considère tout cela comme parfaitement légal. Sans doute a-t-il les moyens, que je n'ai pas, de se payer une expertise juridique. Mais que répondra-t-il à un élève qui se retournera vers son entreprise en cas de découverte du pot aux roses? Les élèves devraient savoir que les enseignants savent aussi manier Google pour retrouver des phrases suspectes d'être recopiées sur Internet pour nourrir un exposé; ils savent également, sans doute, que la tricherie a ses risques et sanctions, et qu'ils sont tenus de faire leurs devoirs eux-mêmes. Sans doute le patron se décharge-t-il de toute responsabilité de ce genre dans les conditions générales de vente. Outre la question de savoir qui va vraiment lire ces dernières, je trouverais cela quand même un peu facile: on incite à tricher (ne serait-ce que par le marketing, puisque le site en question a son brand, son logo, son slogan, et est sans doute dûment référencé), puis on s'en lave les mains?
Anti-pédagogique? Je le pense aussi, et souhaite répliquer à ce qu'assène l'initiateur de ce projet. Certes, les problèmes résolus sont dûment expliqués afin que l'élève puisse refaire le raisonnement à tête reposée. Mais demandons-nous un instant qui va recourir à ce genre de service. J'imagine volontiers le client lambda, paumé à l'approche dangereuse d'une échéance, envoyant rapidement son problème de maths (peut-être même en pleine nuit - le site en question assure-t-il une telle permanence?), attendant la réponse, la recopiant, la transmettant à l'enseignant, qui dira que c'est tout juste... en revanche, et dites-moi si je me fais une trop piètre idée de la nature humaine, je ne l'imagine guère potassant les solutions expliquées une fois l'alerte passée. Et quand bien même il le ferait, cela ne vaudrait certainement pas autant, en termes d'apprentissage, que la recherche personnelle de la bonne manière de procéder. Et qu'adviendra-t-il si le professeur décide d'interroger l'élève par oral à propos d'un exposé, et constate que l'élève, en réalité, ne sait rien parce qu'un autre que lui a fait le travail d'épluchage?
Créateur d'inégalités? L'argument est également balayé un peu vite par le patron, à mon avis. De cinq à quatre-vingts euros, c'est l'ordre de grandeur d'un argent de poche mensuel (ou bimestriel), en fonction de l'âge du client. Pour se payer ce genre de service, il convient donc d'avoir des rentrées. Travail à l'extérieur? Ou parents particulièrement généreux? Dans le premier cas, une nécessité impérieuse pourrait faire filer une part non négligeable du montant dans un tel deal (et priver le client de quelque chose de plus nécessaire ou de plus agréable), à moins que le prospect ne renonce au service; dans le second, l'insouciance règne... alors que le temps ne fait certainement pas défaut pour l'étude.
Bref, payer pour ne pas faire ses devoirs, c'est quelque chose que je ne recommande pas. Le savoir de base ne s'achète pas, il s'acquiert par le travail. Et, dans le même ordre d'idée, je recommande encore moins de plagier les blogs, même si ça a l'air gratuit: les blogueurs connaissent eux aussi leurs droits sur leurs créations...
Photo: Flickr/Antoine






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