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Loi Hadopi : suivre et contourner le modèle chinois

Publié le 13 mars 2009 par Roman Bernard
« Liberticide ». Le mot revient souvent, et convient sans doute le mieux, pour qualifier la loi dite Hadopi en passe d'être votée au Parlement. Celle-ci devrait permettre, au moyen d'un filtrage organisé de la Toile, aux fournisseurs d'accès d'interrompre jusqu'à un an la connexion à Internet de leurs clients s'étant rendus coupables de téléchargements illégaux. La comparaison avec la Chine populaire, où le filtrage d'Internet est déjà en vigueur, est également très récurrente. Précisément.
Si c'est en Chine que le filtrage d'Internet est le plus développé, c'est aussi dans ce pays que l'on use de stratagèmes pour contourner le contrôle des cyber-autorités chinoises. Lorsque j'ai tenu le carnet de mon voyage à Shanghai, j'ai pu et dû avoir recours aux indispensables services du site Anonymouse.org, la plate-forme Blogger étant censurée en Chine.
Faisant discrètement part de ce subterfuge aux jeunes Chinois que je rencontrais, afin, pensais-je, d'apporter ma modeste pierre au développement des libertés individuelles en Chine, je me rendais compte que je ne leur apprenais rien, puisqu'ils utilisaient déjà ce moyen pour consulter des sites interdits, parfois occidentaux.
Mais il s'agissait d'étudiants, maîtrisant bien l'anglais et rompus aux nouvelles technologies. Ils étaient souvent les enfants d'une nomenklatura qui, comme dans tout régime dictatorial, est devenue experte pour se soustraire aux normes très restrictives que ses dirigeants ont fait édicter. Ainsi de la facilité pour les enfants des cadres du Parti communiste de voyager à l'étranger, alors qu'il est si dur pour le « pékin moyen », si j'ose dire, d'obtenir un visa de sortie du territoire.
Comme le note Aurélien Véron, président du Parti libéral-démocrate et membre du Réseau LHC, c'est ce même pékin moyen, en France, qui ferait les frais d'Hadopi, tandis que les vrais pirates, ceux qui tireront parti de toutes les failles du système de filtrage, seront impunis, voire réussiront à faire porter le chapeau à d'autres internautes dont ils seront parvenus à pirater la connexion. Dépassées par une révolution technologique qu'elles ne comprennent pas, les prétendues « élites » françaises sont sur le point d'imposer une loi liberticide dans ses fondements, et inégalitaire dans ses effets.
Contrairement à la Chine populaire cependant, la France républicaine jouit pour l'instant d'un niveau d'éducation moyen élevé. La société civile française devrait donc, au contraire de son équivalente chinoise, pouvoir trouver en son sein les ressources nécessaires pour permettre aux internautes de continuer à télécharger, ce qui, en principe, devrait être toléré à usage privé.
« Pays légal », « pays réel »
La fronde contre la loi Hadopi prend des formes d'expression diverses et, fait nouveau, couvre un spectre politique très large, incluant la majeure partie de la gauche, tous les libéraux ainsi qu'une partie de la droite conservatrice. Pourtant, la loi Hadopi va apparemment être votée sans encombre par la représentation nationale. Triste affaire, qui donne malheureusement du crédit au clivage établi par Charles Maurras entre le pays légal et le pays réel. Non seulement cette loi va au final s'avérer inutile, mais elle atteste d'un décalage croissant entre la population et ses dirigeants, lourd de menaces pour le fragile régime sarkozyen.
Plutôt que de m'en inquiéter, je ne vois dans cette perspective de bouleversements politiques que des raisons de me réjouir. Comme le feront un jour les Chinois en Chine.
Roman Bernard
Loi Hadopi : suivre et contourner le modèle chinois
Criticus est membre du Réseau LHC.

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