Magazine Culture

Luis Sepúlveda, La Lampe d'Aladino et autres histoires pour vaincre l'oubli, Métailié

Par Irigoyen
Luis Sepúlveda, La Lampe d’Aladino et autres histoires pour vaincre l’oubli, Métailié

Luis Sepúlveda, La Lampe d’Aladino et autres histoires pour vaincre l’oubli, Métailié

Sortie : 8 janvier 2009

J’avais beaucoup aimé « Un nom de torero » mais aussi et surtout « Le monde du bout du monde », très beau titre qu’il m’arrive parfois de reprendre dans le journal d’Arte Info quand il s’agit de lancer un reportage tourné loin, très loin, de l’autre côté de la planète …

Luis Sepúlveda nous en fait voir encore, du pays … et nous présente, dans ces nouvelles, des héros du quotidien … héros sans gloire pourtant mais à qui l’auteur redonne la plus belle vertu dont un Homme puisse rêver : la dignité …

Dignes ces hommes qui préfèrent rentrer dans leur village de El Idilio alors que la guerre fait pourtant rage entre le Pérou et l’Equateur … et tout cela pour reconstruire une cathédrale …

« Peu importait que deux gouvernements merdiques aient anéanti El Idilio, détruit la Cathédrale, expulsé vers nulle part ceux qui n'avaient jamais eu la moindre part. Eux, ils étaient revenus au nom de tous et resteraient là au nom de tous. »

Au départ, pourtant, certains sont tentés de collaborer avec l’ennemi, mais lequel ? Aucune des deux armées ne s’étant encore emparée de la localité, les réfugiés se demandent quels drapeaux ils vont bien pouvoir brandir …

-   Celui du Pérou et celui de l'Equateur. On ne sait pas quelle armée arrivera la première.

-   Ne dites pas de conneries. Les seuls drapeaux valables sont ceux de la Texaco et de la Shell. Ils sont derrière cette sale guerre.

Il y a la forêt dans laquelle se réfugient des hommes … il y a aussi celle qui grignote tout sur son passage y compris l’Hôtel « Z » riches pourtant de souvenirs, de fantômes … ces derniers semblent d’ailleurs être des compagnons fidèles de Luis Sepúlveda … en témoigne cette nouvelle où il rend hommage aux poètes disparus et qui porte en elle comme une profession de foi … 

« Tant que nous prononcerons leur nom et raconterons leurs histoires, nos morts ne mourront jamais. »

Plus loin …

« Je vis avec mes fantômes, je les accepte et les convoque. » fait dire aussi Luis Sepúlveda à un autre de ses personnages … celui qui entend sur son balcon une femme chanter en allemand … une Grecque d’Alexandrie (Café Miramar) …

J’aime cette nostalgie d’un monde finissant chez l’auteur chilien … nostalgie qui n’est jamais ennuyeuse, rabat-joie … Sepúlveda puise de l’énergie chez ces disparus … une énergie qu’il diffuse ensuite à son lecteur avec qui il semble entretenir une relation étroite … comme s’il pariait que le monde pouvait changer à condition que le regard sur les valeurs essentielles de l’humanité soit préalablement modifié …

Il y a aussi un déracinement séduisant chez Sepúlveda – on appréciera la référence à un arbre, « indivisible, vertical, irréductible dans sa terrible solitude de phare inutile et vert dressé dans la brume des deux océans » - … n’oublions pas en effet que l’auteur a quitté son pays lorsqu’il était dirigé par Pinochet … les références à sa terre sont peu légion dans le livre … aussi faut-il savourer « Ding dong ding dong ! Son las cosas del amor » … le narrateur y évoque un cours de bonnes manières durant lequel il fait la connaissance de Marly qui disparaît autant qu’elle réapparaît …

Une nouvelle dont j’ai beaucoup aimé une des phrases …

« J'avais, avec mon smoking, un plastron amidonné et un nœud papillon, l'air d'un pingouin arthritique. »

On sourit à lire certaines lignes écrites par Sepúlveda qui, pour un Chilien, ne rechigne par à une certaine forme d’humour british, et à l’art du contre-pied …

Exemple dans « La petite flamme têtue de la chance » qui nous conte le voyage du Vétéran et de son chien Cachupín en Patagonie, nouvelle où l’on entend parler d’une bicoque construite par Butch Cassidy et Sundance Kid et qui recèlerait un trésor presque maléfique ...

« Poursuivons notre chemin et parlons, mon ami. J'aime bien parler avec toi car tu es un chien et tu ne poses pas de question. »

On comprendra d’ailleurs l'importance dudit chien ici à l'avant-dernière page.

Dans « La lampe d’Aladino et autres histoires pour vaincre l’oubli » les femmes jouent un rôle central …

Des femmes que les hommes dont nous parle Sepúlveda ne cherchent pas à dominer … il n’y a pas ici de stupide assurance masculine … l’homme est en proie au doute, surtout quand il est question de sentiment amoureux … 

C’est particulièrement flagrant dans « L’Ile » …

« J'ai appris au Mexique qu'avant les tremblements de terre les chiens hurlent sans raison, les coqs chantent à des heures indues et le bronze des cloches émet un sifflement de reptile.

Le vieux Kurt fit les présentations :

-   Voici ma femme et voici des amis affamés et trempés.

Les chiens hurlèrent quand j'ai pris sa main, les coqs chantèrent quand elle approcha son visage, tous les cuivres et tous les reptiles se mirent à siffler quand ses lèvres effleurèrent fugacement ma joue pour me donner le baiser de bienvenue. »

Et puis il y a toujours chez Sepúlveda des lignes fabuleuses sur un pays qui, vous le savez, m’est cher : l’Allemagne … on se souviendra que l’auteur a vécu un temps à Hambourg où il a d’ailleurs campé l’action de certains romans …

La solitude des côtes de la Frise me rapprochait d'un pays dans lequel je ne pouvais pas revenir et tempérait la nostalgie que je niais rageusement chaque fois qu'on me demandait si mon coin de terre me manquait.

Mais ne croyez pas que la liste que je viens de vous faire soit exhaustive … une galerie d’autres personnages – un chef pirate, un Palestinien – vous attend …

Avec ce livre de Luis Sepúlveda vous êtes sûr de voyager, sûr d’être dépaysé … sans même avoir à sortir de chez vous …

Du luxe, non ?


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Irigoyen 43 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossiers Paperblog

Magazines