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Rencontre avec Philippe Djian

Publié le 02 avril 2009 par Lilyetseslivres
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Il était grand temps tout de même que je rédige enfin quelques lignes sur cette fameuse rencontre, grand temps que je cesse de garder pour moi et bien jalousement ces instants précieux entre tous… Alors je me jette à l’eau en espérant ne pas trop déformer ce qui s’est dit (émotion oblige , j’ai gribouillé quelques notes qui se sont avérées totalement illisibles par la suite, mais bon).
Commençons par le commencement. L’après-midi, j’étais plutôt sereine, persuadée que j’étais que de toutes les manières, nous serions nombreux, et que perdue dans l’assemblée, je tenterai de poser ma petite question (non préparée, mais rien ne vaut la spontanéité n’est-ce pas ?) et qu’ensuite il me suffirait d’écouter bien sagement.
En arrivant chez Gallimard pas trop en avance (j’avais fait un petit détour par chez Deyrolle), j’ai arpenté la rue Sébastien Bottin quelques minutes, croisé Philippe Sollers, et puis zut, je rentre. Personne dans le hall, tiens si une jeune femme entre en même temps que moi, elle s’assoit sur le canapé d’en face, je me dis qu’elle doit avoir rendez-vous avec un éditeur. Je feuillette le petit dépliant en trois volets sur « Une histoire de la NRF» en pensant à Alice qui doit le lire en ce moment, à ma mère qui m’en a dit le plus grand bien et m’a proposé de me le passer… Je commence à avoir l’estomac noué. Puis Véronique Laury arrive, et je découvre que la grande et jolie jeune femme n’est autre que Zoridae et qu’elle aussi a rendez-vous mais tout comme moi avec Philippe Djian. Ouf, je ne suis plus seule ! je dois dire que j’ai été ravie de rencontrer l’auteur de La sexualité des araignées et de Monsieur Clap, la soirée commence bien.Visite du rez-de-chaussée de la maison, de son magnifique petit jardin clôt de murs (incroyable le silence et le calme qui peuvent y régner…).
Rapidement Philippe Djian arrive. Nous sommes deux blogueurs, une troisième doit arriver... La grève a malheureusement empêché certains participants de se joindre à nous, et finalement, je me dis que ce n’est pas plus mal, égoïstement, je suis même ravie…
Parce qu’immédiatement ce qui aurait pu être une sorte de conférence de presse (ce que j’imaginais en fait) s’est transformé en toute autre chose… en conversation tout simplement ! Alors bien sûr nous avons posé nos questions, mais comme ni Zoridae ni moi, n’avions rien préparé, il s’agissait plutôt de questions qui découlaient tout naturellement des réponses, naturellement oui…
Rencontrer Philippe Djian est tout de même un évènement de taille. L’écrivain n’aime pas trop les médias, s’en méfie peut-être un peu, déteste tout ce qui ressemble de loin ou de près à un Salon du livre (la foule, les admirateurs). Bref un homme qui se fait rare… Sans connaître très bien son « œuvre » (terme qu’il doit détester), j’avais lu tout de même plusieurs de ses romans il y a quelques années (je n’ose pas les compter, les années) et m’étais arrêtée très curieusement à Vers chez les blancs que j’avais beaucoup aimé.
Impardonnables m’avait permis de renouer avec l’univers de Djian (ça je pense aussi qu’il doit détester) et du coup j’ai dévoré dans la foulée et sous les conseils de Thomas, Impuretés (magnifique !).
Je m’imaginais Philippe Djian un peu distant, un peu froid, limite bourru…Rien de plus préconçu et faux, il est souriant, gentil (aucune de mes questions même la plus idiote ne l’a fait sourciller), il prend le temps de vous écouter et de vous répondre avec parfois une pointe d’humour et beaucoup d’humilité.
Bon, je ne vais pas retranscrire les fameuses questions réponses (ce serait avouer la nullité extrême de mes prises de notes) mais juste vous faire part de certains traits de la conversation, un rapide portrait de l’écrivain tel que j’ai pu le deviner au cours de cette heure et demie.
Un écrivain musicien (ça ne veut rien dire mais je me comprends).
Ce qui compte avant tout, quand il écrit, c’est la résonance des mots au creux de son oreille, c’est la justesse du style et des mots. Il se doit avant tout de « tenir la note » comme en harmonie avec un diapason.
Harmonie, diapason, notes (de musique)… Le style bien sûr et l’harmonie des mots qui s’assemblent. « Quand j’écris, j’entends tout… ». Alors oui, le style avant toute chose, parce qu’en lui il porte tout, comme la musique qui ne s’adresse pas à l’intelligence mais aux tréfonds de nous-mêmes, aux sentiments enfouis, les plus importants.
C’est l’écriture qui induit l’histoire et non l’inverse, de la note initiale et de l’harmonie qu’elle sous-tend découlera ensuite tout le roman. Comme un tricot, nous dit Philippe Djian, il commence à tricoter les premières mailles et on ne sait jamais très bien ce qui en sortira (pull, chaussettes), - quand je dis ça, nous dit-il avec un éclair amusé dans les yeux, généralement il y a un grand silence... Pour ma part j’adore cette image, elle rivalise même pas mal avec le pot au feu de Françoise, enfin de Proust…
C’est par leur style que certains grands écrivains américains ont véritablement marqué Djian, l’homme et l’écrivain. C’est par les livres de Fante, Carver, Miller (entre autres), qu’il a appris à vivre tout simplement… Et le terme n’est pas trop fort.
En lisant Carver, « J’ai l’impression de marcher avec lui », nous confie-t-il…
Ecrire pour Philippe Djian c’est peut-être avant tout l’envie de donner à son tour tout ce que lui-même a reçu de ces auteurs, grâce à leur style, grâce à leur langue. Redonner ce que lui-même a reçu avec la même force, la même passion.
Dans une phrase, nous dit-il, il faut mettre toute la vibration du monde… De notre monde.
Djian ne peut écrire que sur notre monde, le concret, le contemporain, ce qui l’entoure, ce qu’il connaît… Et indubitablement au fur et à mesure que le monde change autour de lui, son style, son écriture change, l’un déteint sur l’autre, comme en un rapport organique, étroitement et inéluctablement lié…
Alors bien sûr, une fois que la note est posée, il y a l’histoire. Bien sûr… Mais elle lui vient en même temps que les mots. Pas de plan, pas de notes préalables. En fait, elle est déjà en lui :
« L’histoire existe déjà et je dois la retrouver. »
Alors tous les matins, il s’installe à son bureau (qu’il partageait un temps avec sa femme, peintre, mais ça devenait trop décourageant, nous confie-t-il avec une pointe d’humour et pas mal d’admiration. Au bout de quelques heures, elle avait devant elle un résultat bien tangible, harmonieux, tandis que lui de simples mots alignés sur une feuille blanche, une partition pour le moment uniquement audible par lui seul). Philippe Djian donc, s’installe à son bureau (en fond sonore un peu de musique, classique un temps, plus électro à présent) et il s’astreint à écrire une page de l’histoire qui l’habite et qu’il doit retrouver. Une page, pas plus, mais les mots justes, harmonieux. Une page qu’il ne retouchera ensuite plus du tout (sinon il est impossible d’avancer)… « Le but de la journée, c’est de finir la phrase. »
Autrefois, avant les traitements de texte et l’ordinateur, il retranscrivait d’un trait la page qu’il avait mis des heures à composer mentalement, la tapant sans marge et avec l’interligne la plus étroite possible pour qu’il ne lui soit plus possible ensuite d’y apporter des modifications. On imagine des manuscrits denses et serrés…
Finir la page, et passer à la suite… Composer, aller de l’avant.
Quand je lui ai demandé, si comme à l’image de certains de ces personnages, il craignait l’angoisse de la page blanche, ou de plus pouvoir écrire, il m’a répondu que non, décidément le problème n’était pas là. La page blanche, non, mais perdre l’envie d’écrire… Si l’envie d’écrire un jour le déserte, peut-être finalement se tournera-t- il définitivement vers l’écriture de chansons. « C’est dur d’écrire… ». La différence entre un chanteur (comme Stéphan Eicher qu’il connaît bien et pour cause) et un écrivain, c’est que le second ne connaîtra jamais l’enthousiasme, la cohésion, la communion immédiate qui relie le chanteur à son public. Rien n’est plus magique que d’entendre toute une salle répéter, chanter ensemble vos propres mots… L’écrivain est seul quand son livre sort, il a déjà peut-être commencé le suivant…
Solitaire…
Au fait, l’écrivain est-il triste de quitter ses personnages en achevant un roman ? Non, décidément non… Parce que bien souvent il s’est déjà remis à l’écriture du suivant. Et puis vous savez quoi ? Et bien nombre de ses personnages réapparaissent dans le livre suivant, parfois un homme devient une femme ou inversement (bon bien sûr il est le seul à le savoir, mais qu’importe…).
Et puis de toute façon, l’ensemble de ses romans forme un TOUT, une entité, ils sont issus de la même matière. Aborder les mêmes thèmes peut-être mais changer d’axe.

Et dans une phrase mettre toute la vibration du monde.

Philippe Djian ne visite pas beaucoup les blogs littéraires, il s’y perd un peu nous dit-il… Mais il m’a promis de rendre une petite visite à Thomas, et je sais qu’il tiendra parole.
Je suis sûre qu’ils devraient s’entendre à merveille tous les deux...
Un immense merci à Philippe Djian pour sa gentillesse et sa générosité , à la maison Gallimard pour son accueil si chaleureux et à Véronique Laury (of course…).
PS. Cette photo, je la dédie à Thomas, il la connaît déjà, je l'ai prise au moment où Philippe Djian lui dédicaçait "Impuretés"...
#Rencontre avec Philippe Djian
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LES COMMENTAIRES (1)

Par philippe
posté le 10 septembre à 08:04
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juste un peu de promo pour la première pièce de théâtre de djian, "lui" qu'on montera au printemps 2010, en première, apparement, vu le pei d'intérêt des t-a-treux pour la chose, lien là :http://les-bleus-de-sassenage.blogspot.com/

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