Magazine Beaux Arts
L'Orgie de la tolérance : Jan Fabre médiocre et bien-pensant
Publié le 03 avril 2009 par Jérôme DelatourLes indulgents pourront dire que Fabre réinvestit la tradition de la commedia dell'arte : farce, pantomime, danse (un tout petit peu), jeu et caractères outrés, postures et allusions sexuelles à tire-larigot, tout y est. Les autres s'agacent d'autant de paresse, de l'auto-recyclage permanent (c'est reparti pour l'homme-chien, le rock à fond les manettes, l'apostrophe beuglée du public (après "we are animals", c'est maintenant "Fuck you" ; il y a du progrès)...), mais surtout de l'absence de sincérité, d'un véritable engagement moral.
A grands coups de gags éculés, Fabre vous tartine de conformisme, d'un prêchi-prêcha bien-pensant contre la société de consommation, la religion de l'argent qui nous pourrit tous. Vous apprendrez donc qu'aimer l'argent ce n'est pas bien et que ça rend malheureux, que la jouissance sexuelle ce n'est pas bien non plus, que la mode est futile, qu'abuser des drogues n'est pas joli, que le nazisme est vilain, qu'Abou Ghraib n'est pas une belle chose, que le racisme rend laid et qu'il n'est pas juste. Et que la religion du Christ c'était pas mal, au fond.
Est-ce donc tout ce que ce pitre a à nous dire ? En matière d'obscénité, il atteint par là des sommets. Et pourtant, comble de l'ironie, Fabre a rabattu beaucoup de son obscénité scénique. Peut-être envisage-t-il une tournée en Chine ? Ou bien aurait-il adhéré secrètement aux témoins de Jéhovah ? Il faut dire que la provoc fabrienne s'émousse plus vite qu'une motte de beurre. Le comédien qui s'empale le derrière sur le canon d'un fusil aurait scandalisé il y a dix ans, aujourd'hui il fait rire gras.
Le public du Théâtre de la Ville adore la médiocrité. Personne n'a claqué son siège ce soir. Une insulte pour Fabre qui ferait bien de prendre une année sabbatique.
(Naturellement, nos "critiques" officiels, Rosita Boisseau et Marie-Christine Vernay, ont adoré.)
♥♥♥♥♥♥ L'Orgie de la tolérance, de Jan Fabre, est donné au Théâtre de la Ville du 31 mars au 4 avril 2009.
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LES COMMENTAIRES (1)
posté le 13 juillet à 11:30
Je viens de voir ce "spectacle" au Festival d'Avignon, qui, en effet, n'est qu'une succession de clichés mille fois rebattus sur les méfaits de la société de consommation. Le pire, est quand les acteurs se font fouetter en criant "oui, je vais acheter un I.Pod". Quelle finesse et profondeur dans la dénonciation! Un ado de 15 ans n'aurait pas fait mieux. Mais là, c'est Jan Fabre, alors on applaudit bien fort. On s'extase, sans oser critiquer de peur de faire partie de ceux que la pièce "condamne". Nul! Et pourtant, je connais l'art contemporain, la performance et le travail artistique.
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