Magazine Société

PIB ou Bonheur national brut ?

Publié le 06 avril 2009 par Edeo

En pleine crise financière, voici un texte rafraichissant de Sylvain Tesson paru dans Le Figaro du 24 novembre 2008 :

L’économie moderne a l’esprit prussien : elle aime les colonnes. Elle réduit le monde en chiffres, dissout le chatoiement de la vie dans le bain des indices, numérise la complexité des agissements humains et tricote la comptable description de l’activité sociale. Or, non contents d’être tristes, les calculs sont faux ! Nous mesurons la santé des États au moyen d’un indice qui s’appelle le produit intérieur brut (addition de la valeur des services et des produits circulant dans une nation).

Le PIB est sacré. Les économistes campent à son chevet comme les médecins de Molière. Si le PIB va, le peuple se réjouit ; s’il faiblit, le pays s’enrhume. Des esprits critiques ont fait valoir que le PIB était intrinsèquement vicié, car son calcul ne prend pas en compte la dégradation des ressources naturelles. Le PIB peut caracoler cependant que l’écosystème périclite. L’actif de l’indice n’est jamais corrigé du passif environnemental. Le PIB n’est pas thermodynamique, il ignore le principe de l’entropie (lequel stipule que rien ne se crée sans que quelque chose, en contrecoup, ne se perde). En réalité, ni la valeur ni le volume des transactions matérielles ne peuvent s’augmenter ad vitam sans que le capital de départ (la nature) ne s’amenuise.
C’est comme dans les vieilles familles : si le rejeton tire son seul revenu du patrimoine, il l’épuise.
En outre, le PIB qui prétend fournir une indication du bien-être des peuples ne tient pas compte de la qualité de l’existence. La preuve ? L’indice peut fleurir dans un pays irrespirable, surpeuplé, dévasté par le déchaînement technique. Pis, le calcul peut faire son miel du malheur. Une marée noire sera favorable au PIB grâce à l’activité créée pour démazouter les cormorans.

Jigme Singye Wangchuck, avant-dernier roi du Bhoutan, disposait d’un petit laboratoire idéal pour échapper aux insuffisances du PIB et imaginer un nouveau prisme d’estimation de la prospérité.
En 1972, le souverain inventa le Bonheur national brut. Ce baromètre intègre dans son ajustement les résultats de l’économie, mais aussi l’état de l’environnement, l’épanouissement culturel, le respect des traditions, l’adhésion des sujets à la politique royale. Au regard du PIB, le royaume himalayen est l’un des plus sous-développés du monde, mais du point de vue de l’eudémonisme, il en remontrerait à beaucoup (…). Le roi a interdit la télé dans son royaume jusqu’en 1999. Une mesure certes, mauvaise pour le PIB, mais qui constitue une garantie de bien-être. Car lorsqu’on
éteint les écrans, il prend l’idée de regarder par les fenêtres… Vive le roi (du Bhoutan) !”

Merci à EVR

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

A propos de l’auteur

Edeo
26 votes

Dossier Paperblog

Magazine