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Sois sage

Par Rob Gordon
Sois sageIl faut le dire, le redire, le reredire : Anaïs Demoustier est une actrice formidable, de celles qui à même pas 22 balais sont capables de porter un film entier sur leurs épaules. Dans Sois sage, elle est souvent seule à l'image, que son personnage sillonne la campagne en camionnette pour livrer aux villageois leur pain quotidien ou qu'il épie discrètement les faits et gestes d'un homme du coin. C'est en partie grâce à son magnétisme que l'on reste accroché de part en part à cette intrigue énigmatique, bien menée mais pas exempte de lieux communs, qui commence comme une comédie dramatique et continue comme un thriller potentiel.
Un genre auquel Juliette Garcias ne s'abandonne jamais vraiment, trop soucieuse de garder la mainmise sur des personnages complexes et maîtrisés. À commencer par cette fascinante Ève, minois de biche et idées noires, qui s'invente des vies amoureuses pour mieux cacher la vérité. Car Sois sage accouchera évidemment d'un trauma, un vrai, si sombre qu'il aurait pu faire basculer le film dans le n'importe quoi psychanalytique ou le jeu de massacre émotionnel. Il n'en est (quasiment) rien : le scénario fait preuve d'une jolie retenue qui est sans nul doute salvatrice.
Direction d'acteurs impeccable et script assez maîtrisé : la réalisatrice est décidément pleine de promesses. D'autant que la mise en scène, élégante et subtile, est également un sérieux atout. Garcias multiplie les tentatives, trébuche parfois, se relève toujours. Elle parvient à restituer des textures et sensations rares (la pâte qu'on pétrit, les escargots qu'on empoigne), crée la gène par de longues séquences silencieuses, bref, ne nous laisse jamais sans matière. Belle révélation à confirmer.
7/10
(également publié sur Écran Large)

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