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A propos de la filiation. Une confusion très grande existe entre ce qui relève du biologique et ce qui relève du social.

Publié le 21 avril 2009 par Zench

francoise heritier.jpgDans le quotidien Le Monde, l'anthropologue Françoise Héritier revient sur la confusion qui règne actuellement sur la question des mères porteuses et de la parenté. Elle relève dans la presse des confusions terminologiques entre filiation, engendrement, procréation, parenté et parentalité. Il existe une confusion entre ce qui relève du biologique et ce qui relève du social.


Elle rappelle que la filiation relève d'un acte social : la reconnaissance volontaire et dûment enregistrée qu'un enfant est rattaché à une ou à des lignées nettement désignées, ce qui lui confère son identité, des droits et des devoirs.


Selon les besoins, la confusion des mots "entrelace, conjoint ou oppose" le biologique au social.


Il existe trois critères pour établir la filiation : la naissance légitime (dans le cadre du mariage) ou naturelle, la volonté (c'est à dire la "reconnaissance en paternité") et la possession d'état, soit la réputation d'être l'enfant d'un couple ou d'une personne. A ces trois critères, le législateur a rajouté celui de vérité biologique, c'est à dire l'engendrement certifié par des méthodes ad hoc. Il a rendu ce critère opposable aux trois autres, y compris à la naissance dans le cadre du mariage.


Françoise Héritier rappelle que le grand oublié du législateur est l'enfant. Le droit de l'enfant à connaître ses origines est pour elle légitime, même si elle remet en question la confidentialité sur le don de gamètes ou le secret de l'accouchement sous X. Dans la plupart des cas, cette curiosité à connaître ses origines ne remet pas en cause la filiation.


En ce qui concerne la gestation pour autrui, Françoise Héritier estime que s'il devait y avoir une loi, celle-ci devrait être strictement encadrée pour éviter l'accumulation de problèmes impossibles à résoudre. La filiation devrait revenir au(x) parent(s) de volonté, non à la donneuse d'ovocytes ni à la prêteuse d'utérus, même si un droit de réflexion devrait être laissé à celle-ci. Il ne devrait pas être possible aux parents d'intention de récuser un enfant qui ne leur conviendrait pas.


En dehors de l'aspect de filiation, la gestation pour autrui suscite d'autres interrogations, comme l'exploitation des femmes. Elle craint aussi une commercialisation clandestine des cellules et des utérus. Pour François Héritier, la gestation pour autrui ne devrait pas pouvoir se faire en famille, comme le suggére Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille.


Enfin, elle s'interroge : si l'on pense à la volonté d'égalité de cette demande, ne faudrait-il pas reconnaître le droit de tout homme à faire des enfants "tout seul".


Pour conclure, l'anthropologue explique qu'"inventer des formes nouvelles de vie en société est une des prérogatives saisissantes de l'espèce humaine, à condition que la liberté des uns ne soit pas contraire à celle des autres ni à leur dignité". Il convient pour elle de sauvegarder le caractère social de la filiation.


Source: Gènéthique


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