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Chronique pluvieuse du Louvre, des photos et de la poussière des temps anciens

Publié le 12 juin 2007 par Sammy Fisher Jr
Des mauvais esprits (de telles personnes existent-elles vraiment ?) se laissent aller à dire qu'il pleut parfois sur Dijon. C'est complètement faux. La preuve : il n'a plu que deux heures la semaine dernière. Jeudi soir, de 18h à 20h environ. Le ciel était noir, l'averse était drue, le tonnerre faisait son vacarme habituel. Les voitures roulaient dans trente centimètres d'eau. Peut-être même quarante, selon des témoins dignes de foi. Mais est-ce une raison de médire ainsi ? Bien sûr que non. En trois jours à Paris la semaine passée, il a plu quasiment tout le temps. Loin de moi l'idée d'en tirer des conclusions hâtives, mais il faut regarder les choses en face : je me suis mouillé les pieds.
Le ciel commençait de s'obscurcir comme nous quittions l'esplanade du centre Beaubourg après ma prestation ; la pluie a bientôt débuté pour ne plus cesser les jours suivants. Autant dire que le temps était idéal pour passer entre les gouttes et d'un musée à l'autre. Idéal pour admirer, parapluie en main les merveilles de l'Histoire, de l'art et du génie créatif humain - car il y a des nuances.

Le fameux scribe accroupi par exemple, illustre ancêtre des fonctionnaires, comptant Amôn sait quoi depuis la nuit des temps, avec son crâne rasé, sa peau orange et son petit ventre rond. Est-ce de l'art ? Ou bien l'une des plus belles expressions du génie humain ? Ses yeux de verre confèrent à son regard une intensité prodigieuse. Il commence à vous fixer dès que vous entrez dans la salle, puis il vous suit des yeux sans ciller ; il ne bronchera pas davantage tandis que vous le prendrez en photo sous tous les angles.
D'ailleurs, à quoi bon ? J'aurais pu avoir une plus belle image sur Insecula, et en savoir plus sur le scribe accroupi, sa vie, son oeuvre, mais j'ai illustré sans le vouloir la chanson de Benabar Les épices du souk du Caire : Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps. Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale...
Il est de toute façon illusoire d'espérer photographier quoi que ce soit dans les allées du Louvre. A cause du reflet sur les vitrines, à cause du parapluie déjà cité que l'on ne sait pas où mettre, à cause de la foule bruissante, bruyante et bousculante. D'ailleurs, celle-ci nous aurait-elle légérement déroutés ? A moins que ce ne soit la chaleur, la vastitude des lieux, que sais-je, l'émotion artistique, mais nous avons fait le parcours à l'envers.

Voilà pourquoi nous avant vu cette sublime statuette pourtant chronologiquement plus proche de nous avant le scribe - celui-ci datant de l'Ancien Empire. La nuit des temps est datée, c'est fou. Mais assez de digressions : c'est une des plus jolies choses que nous ayons pu voir. Je crois que ça se passe de commentaires : la finesse de la silhouette, rehaussée par le drapé quasiment invisible dont les plis s'estompent pour finir par n'être que suggérés. C'est sans nul doute une des plus belle émanation de l'Art. A tel point que la boutique du musée en propose des reproductions à des prix déraisonnables. Ceci expliquant sans doute pourquoi l'une reste ouverte fort tard quand l'autre entame les manœuvres de fermeture (consistant à pousser les gens vers les portes) dès 17h30.

Cela ne nous aura pas empêché de voir madame paréo sans le haut - ce qui, par un temps pareil, était assez osé. Notez qu'elle illustre à merveille la chanson de Benabar citée plus haut :
Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c'est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu'est-ce que c'est qu'cette coiffure ? Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps
... Les grands derrière, les p'tits devant.
Le tout précédé, suivi ou accompagné de chats empaillés, de sarcophages, d'une momie complète avec tout son petit nécessaire, de statues d'ibis, de canards, de faucons ; de frises de griffons et d'archers, de files d'attente interminables devant les WC et de vitrines entières de petites choses anciennes et délicates en bronze, terre, argent et bribes de poussière des temps anciens.

***
La chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne, se déploiera à vos yeux ébahis d'ici quelques jours. Je ne voudrais pas vous infliger de trop longues séances de lecture !

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