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"Les Hauts de Hurlevent" : extraits

Par Schlabaya
Ces morceaux choisis devraient, je l'espère, vous donner une idée de l'atmosphère du chef-d'oeuvre d'Emily Brontë, et susciter l'envie de le lire ou de le relire. Ils sont extraits de l'édition du Livre de Poche de 1991 (traduction : Frédéric Delebecque).
"J'enfonçai le poing à travers la vitre et allongeai le bras en dehors (...) mes doigts se refermèrent sur une petite main froide comme la glace ! L'intense horreur du cauchemar m'envahit : j'essayai de retirer mon bras, mais la main s'y accrochait et une voix d'une mélancolie infinie sanglotait : "Laissez-moi entrer ! laissez-moi entrer ! _ Qui êtes-vous ?" (...) "Catherine Linton" répondit la voix en tremblant (...) "Me voilà revenue à la maison : je m'étais perdue dans la lande !" La voix parlait encore, quand je distinguai vaguement une figure d'enfant qui regardait à travers la fenêtre. La terreur me rendit cruel. Voyant qu'il était inutile d'essayer de me dégager de son étreinte, j'attirai son poignet sur la vitre brisée et le frottai dessus jusqu'à ce que le sang coulât et inondât les draps du lit." (p. 54)

"Oh ! dit-il [Hindley] en me lâchant, je vois que ce hideux petit gredin n'est pas Hareton. Je vous demande pardon, Nelly. Si c'était lui, il mériterait d'être écorché vif pour ne pas être accouru me dire bonjour et pour hurler comme si j'étais un fantôme. Petit animal dénaturé, viens ici ! Je t'apprendrai à abuser un père au coeur trop tendre. Dites donc, ne croyez-vous pas que ce gamin serait mieux avec les oreilles coupées ? Cela rend les chiens plus féroces, et j'aime la férocité... donnez-moi des ciseaux... la férocité et l'élégance ! Et puis c'est une affectation infernale... une vanité diabolique... de tenir à nos oreilles... nous sommes assez ânes sans elles. Chut ! Enfant, chut ! Bon, bon, mon petit chéri ! Allons, essuie tes yeux... tu es un bijou, embrasse-moi ! Quoi ! il ne veut pas ? Embrasse-moi, Hareton ! Le diable t'emporte, embrasse-moi ! Pardieu, comme si j'allais élever un pareil monstre ! Aussi sûr que je vis, je vais tordre le cou à ce marmot !" (p.115-116)

"Ce n'est pas plus mon affaire d'épouser Edgar Linton que d'être au ciel; et si l'individu pervers qui est ici n'avait pas ainsi dégradé Heathcliff, je n'y aurais jamais songé. Ce serait me dégrader moi-même, maintenant, que d'épouser Heathcliff. Aussi ne saura-t-il jamais comme je l'aime; et cela, non parce qu'il est beau, Nelly, mais parce qu'il est plus moi-même que je ne le suis. De quoi que soient faites nos âmes, la sienne et la mienne sont pareilles, et celle de Linton est aussi différente des nôtres qu'un rayon de lune d'un éclair ou que la gelée du feu". (p.124)
"(...) Il y a, (...) il doit y avoir en dehors de vous une existence qui est encore vôtre. A quoi servirait que j'eusse été créée, si j'étais tout entière contenue dans ce que vous voyez ici ? Mes grandes souffrances dans ce monde ont été les souffrances de Heathcliff (...) Ma grande raison de vivre, c'est lui. (...) Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois : le temps le transformera, je le sais bien, comme l'hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heeathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en-dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation; elle est impossible (...)" (p.126)


"Je ne voudrais pas être à votre place pour un empire, déclara Catherine (...). Nelly, aidez-moi à la convaincre de sa folie. Montrez-lui ce qu'est Heathcliff : un être resté sauvage, sans raffinement, sans culture;  un désert aride d'ajoncs et de basalte. J'aimerais autant mettre le petit canari que voilà dans le parc un jour d'hiver que de vous conseiller de lui confier votre coeur ! (...) Ce n'est pas un diamant brut... une huître contenant une perle : c'est un homme féroce, impitoyable, un loup. (...) Voilà le portrait que je fais de lui : et je suis son amie... au point que, s'il avait sérieusement songé à vous captiver, j'aurais peut-être retenu ma langue pour vous laisser tomber dans son piège." (p.152-153)
"C'est un voyage pénible, et j'ai le coeur bien triste pour l'entreprendre; et puis, il faut passer par le cimetière de Gimmerton, dans le trajet ! Nous avons souvent bravé ensemble ses revenants et nous nous sommes défiés l'un l'autre de rester au milieu des tombes et de les sommer d'apparaître. Mais, Heathcliff, si je vous en défie maintenant, vous y hasarderez-vous ? Si vous l'osez, je vous garderai avec moi. Je ne veux pas demeurer là toute seule. On peut m'enterrer à douze pieds de profondeur et abattre l'église sur moi, je n'aurai pas de repos que vous ne soyiez avec moi. Non, jamais !" (p. 183)
"Pourquoi m'avez-vous méprisé ? Pourquoi avez-vous trahi votre coeur, Catherine ? Je ne puis vous adresser un mot de consolation. vous avez mérité votre sort. Vous vous êtes tuée vous-même. Oui, vous pouvez m'embrasser, pleurer, m'arracher des baisers et des pleurs : ils vous dessècheront, ils vous damneront. (...) Alors que ni la misère, ni la dégradation, ni la mort, ni rien de ce que Dieu ou Satan pourrait nous infliger ne nous eût séparés, vous, de votre plein gré, vous l'avez fait. Je ne vous ai pas brisé le coeur, c'est vous-même qui l'avez brisé; et en le brisant vous avez brisé le mien. Et c'est tant pis pour moi si je suis fort . Ai-je besoin de vivre ? Quelle existence sera la mienne quand... Oh ! Dieu. Auriez-vous envie de vivre avec votre âme dans la tombe ?" (p. 227)
"Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t'ai tuée, hante-moi, alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Sois toujours avec moi... prends n'importe quelle forme... rends-moi fou ! mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! c'est indicible ! je ne peux pas vivre sans ma vie ! je ne peux pas vivre sans mon âme !" (p. 235)

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LES COMMENTAIRES (1)

Par Lucie
posté le 19 mai à 19:27
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J'ai réellement envie de lire ce livre,mais j'ai regardé dans le libraire a coté de chez moi, et en vacances,mais je ne le trouve pas!!Pourriez vous me renseigner sur ce livre,S.V.P???J'habite dans le 92...Mon adresse c'est [email protected] moi vite!!

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