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HADOPI est une loi liberticide…

Publié le 07 mai 2009 par Romaindudek

Elle a un nom sympa, cette loi, vous avez remarqué ? Plus de lois aux noms de leurs initiateurs (c’est pénible à retenir !). Quand il s’agit de communiquer, on fait dans le marketing : un petit acronyme genre nom de peluche et tout passe…

Rien que ça, ça m’avait mis la puce à l’oreille.

Bon, en ce moment le débat s’envenime et beaucoup d’artistes se « droitisent » sans même s’en rendre compte tout en prétendant que c’est les autres les réacs et/ou fascistes et que le piratage c’est pas beau, c’est du vol et que le vol c’est mal.

Ça doit être mon petit côté anar, mais j’ai du mal à être d’accord.

Peut-être en premier lieu parce que j’ai été pauvre, très pauvre même, à un moment de ma vie, y’a pas si longtemps d’ailleurs… Je vous la fais courte, mais du genre à n’avoir plus rien à bouffer, voyez ? Il me restait un chez moi, un peu d’électricité (quand on ne me la coupait pas), ma guitare, deux bouches à nourrir et un ordinateur un peu pourri…

Dans ces moments là, tu comprends ce que veut dire le mot « frustration ».
Frustration de tout, de tout ce qui fait la vie sociale. Plus question d’inviter des potes, ni même de leur téléphoner : trop cher ! Mais, même pas question d’aller bouffer chez eux, pas les moyens d’acheter une bonne bouteille ni même de payer l’essence à mettre dans la caisse… Et puis pour ce qui est des sorties, là, c’est carrément du luxe.

Nan, faut faire des choix dans la vie, mon gars, ou tu bouffes et tu donnes à bouffer à tes enfants, ou tu vas au cinoche. Passque avec 7€ (à l’époque, maintenant, c’est 9 !) tu fais à manger pour deux jours, si tu te débrouilles bien.

Ouais, j’avais bien une télé (avec 6 chaines, hein, pas CANAL) et une radio… Mais pour la musique, j’avais le choix entre NRJ et France Inter… Bonjour le choix ! Pas de quoi se remplir une dent creuse ! Quant aux films à la télé, je préfère même pas en parler. Si, tiens, j’en parle : le père Noël, la grande vadrouille, les mêmes nanards tous les six mois, les séries à la con (Le JAG, j’me rappelle,  putain, la série de facho, ce truc !!!! Sur le service public en plus !).

Bref.

Me restait ma connexion pour ne pas sombrer dans la déprime la plus totale. Ah, oui, et une médiathèque aussi. Pour les bouquins et les CD surtout, parce que l’abonnement vidéo était un peu cher…
J’ai pas téléchargé des masses, hein, juste quand j’avais le blues. Me sentais trop coupable…

Ah, oui, parce que tu te sens coupable en plus. Ça je m’en rappelle bien. Coupable de tout.

Et pis un jour, tu vois débarquer un type, un copain de copain, qui t’annonce qu’il a ton disque. Il l’a copié chez un type qui le tenait d’un copain et il le trouve drôlement bien ! Et là, tu te sens humilié, pas respecté. Tu crèves la dalle et un pauvre con de jeune cadre dynamique à Rolex vient de te pisser à la raie en te tapant dans le dos…

Sombre déprime. Mauvais souvenirs !

Mais pour autant, je fais partie des opposants farouches à la loi HADOPI.

Je ne pense pas qu’elle soit faite pour défendre les intérêts des artistes. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus… Et pendant qu’on polémique sur ce point là, un aspect bien plus grave se dessine en coulisse :
Cette loi donne à l’administration et aux fournisseurs d’accès internet et de téléphonie, des pouvoirs qui devraient être ceux de la justice.

En gros, « l’administration » sera à la fois juge et partie. Un peu comme si l’inspecteur de police, qui m’avait un jour traité de voleur, avait eu le pouvoir du juge de me mettre en prison. J’y serais encore.

Et tout ceux qui ont eu un litige avec (par exemple) les radars automatiques, GDF-Suez, des vigiles de supermarchés, un producteur véreux, l’ASSEDIC ou n’importe quel autre petit chef borné, potentat mesquin et parasite de la vie des autres, savent de quoi je veux parler.

Un état de droit, c’est un état ou le moindre prétexte ne vient pas menacer de  rompre l’équilibre fragile des pouvoirs et contre-pouvoirs au profit des arrangements imbéciles et/ou des petites et grandes mafias. Et où le plus petit et le plus fragile des maillons de cette chaine, l’utilisateur final, le simple quidam, toi, moi, l’internaute, le consommateur, appelle-le comme tu veux, doit être respecté et considéré, non pas comme un coupable potentiel ni un suspect chronique que le moindre faux-pas mettrait au ban, mais comme un citoyen responsable. C’est en ça que cette loi est liberticide.

Quant à savoir si l’industrie du disque est ou non vertueuse, si les répartitions des droits d’auteur sont équitables ou pas, si les nouvelles technologies favorisent la spoliation ou au contraire la découverte, si la taxe sur les supports vierges n’est pas déjà suffisante etc…

C’est un autre et vaste débat.

Mais pour info, plusieurs études (et pas que les récentes aux pays-bas, je me souviens d’une étude datant de 2004, je vais essayer de la retrouver) montrent que ceux qui téléchargent le plus « illégalement » sont aussi ceux qui achètent le plus de disques et vont le plus aux concerts…

;-)

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