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La Tentation

Publié le 19 septembre 2007 par Marc Lenot

Au Courtauld Institute à Londres, jusqu’au 23 Septembre.

Autour de l’Adam et Eve de Lucas Cranach, qui appartient au Courtauld, l’exposition explore le thème de la tentation au Paradis. Ce tableau (que vous pouvez voir différemment ici) montre, au milieu de la faune symbolique caractéristique du peintre (grand dessinateur animalier par ailleurs), Adam se grattant la tête de perplexité, mais acceptant la pomme rouge dans laquelle l’empreinte des dents d’Eve est bien marquée. Cranach a peint près de 50 fois cette scène, et d’autres exemples en sont montrés ici. Eve y est toujours la tentatrice, mais, dans un des tableaux, le serpent est devenue sirène : c’est un grand tableau où le peintre représente, isolées dans la verdure, six scènes de la Genèse, depuis la création de l’homme jusqu’au départ du Paradis. Dans la partie consacrée à la tentation, aux côtés d’Eve, apparaît une créature mi femme, mi serpent, qui flotte dans l’air, négligemment en équilibre sur sa queue tirebouchonnée. Elle est comme une soeur cadette d’Eve, aux formes un peu plus arrondies et elle tient une pomme en réserve. On ne saurait mieux combiner femme et démon, sexualité et péché. Et pourtant Cranach accorde une certaine innocence à Eve (à la différence de Hans Baldung Grien, dont deux gravures montrent, mais sans chimère, le rôle dominateur d’Eve, maîtresse du plaisir).

Les Eves de Cranach ont un corps fin, longiligne, des hanches étroites, des seins menus; elles sont l’antithèse même des Flamandes de Rubens un siècle plus tard. Dürer aussi (dont quelques gravures et dessins sont aussi présentés) montre des femmes plus massives, plus musculaires. Celles de Cranach sont si fluettes qu’on serait presque enclin à leur pardonner le péché originel. On les retrouve dans d’autres tableaux où Cranach non seulement apparie Eve et Marie, mais y joint Vénus, Diane, une faunesse, toujours un même corps féminin. Ainsi cette Vénus auprès de qui Cupidon geint, piqué par les abeilles, thème aussi très fréquent chez lui : le geste de la femme saisissant une branche est assez similaire à celui d’Eve ci-dessus, le corps féminin est de la même veine. Quant à la tentation, ce n’est pas seulement la gourmandise pour le miel des abeilles : la pose et le regard de Vénus sont sans ambiguïté. C’est une étape dans la quête de la beauté éternelle, chez un peintre qui sut aussi donner la jeunesse éternelle. 


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