La boucle est boucléeNé en Suisse en 1887, Blaise Cendrars (Frédéric Sauser de son vrai nom) est issu d’une famille d’infatigables voyageurs. Après des études infructueuses et un séjour en Russie, l’homme entre en littérature en 1912 avec « Les Pâques à New York » puis commence à publier « La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France » en 1913. Il apparaît, dès lors, aux côtés d’Apollinaire comme un grand poète de l’esprit nouveau. La première édition de « La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France » se présente sous la forme inédite d’une création alliant le poème épique de Blaise Cendrars à une œuvre picturale originale de Sonia Delaunay, l’ensemble mesurant deux mètres de long une fois déplié et dont une partie est exposée au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou.
Des éditions ultérieures, il ne reste que le texte de Cendrars pour lequel Balàzs Gera a souhaité prolonger ce que Cendrars considérait lui-même « comme une affaire d’âme et de corps au sens le plus sauvage, le plus mystique et le plus vivant ». Le metteur en scène a aussi fait le pari de montrer que le théâtre peut réinventer, à sa manière, « par le biais de l’éclatement, une multiplicité originelle, dans une triple dimension : vocale, corporelle et picturale ». Le pari est relevé avec succès, trois artistes enfermés dans une immense bulle de plastique, cerclée d’un rail et teintée d’une faible luminosité, évoluent au rythme frénétique du Transsibérien qui court dans les plaines de la Russie. Un univers halluciné s’offre au public dans un éclatement total des formes et des conventions qui régissent le monde intérieur du poète. Un monde intérieur qui tourne « obstinément en boucle et à rebours » constitue le lieu surprenant de la prestation.
Les corps en suspens s’arriment aux rayons de cette roue qui les tient prisonniers de l’extérieur afin de mieux les soumettre aux exigences du rythme époustouflant de cette folle épopée. Les mots sont un matériau brut dont il est nécessaire de s’emparer pour mener à terme ce voyage initiatique vers un morcellement absolu. Le metteur en scène conjugue et entremêle trois perspectives, vocale, physique et plastique, pour donner corps à sa réalisation qui porte en gloire un univers sémantique riche de véracité et d’exaltation.
La voix du comédien, Guillaume Gilliet, trace, avec une détermination et une justesse toute exceptionnelle, le long cheminement du poète dans sa dimension fantastique. Le corps de l’acrobate, Mathieu Antajan, dessine, esquisse et suggère avec une étonnante élégance, un paysage épique et trépidant. L’intervention du plasticien, Pascal Doudement, maculant l’intérieur de la bulle d’épaisseurs colorées, illustre avec intelligence les destinations réelles ou fantasmées de ce voyage absolument exceptionnel.
INFORMATIONS & DETAILS ♦La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France
De Blaise Cendrars
Mise en scène Balàzs Gera
Avec Mathieu Antajan, Pascal Gilliet, Pascal Doudement
Scénographie Giulio Lichtner
Costumes Sabine Siegwalt
Création son Xavier Jacquot
Création lumière Fabrice Bihet et Fabrice Paillet Du 27 mai au 28 juin 2009
Du mercredi au samedi à 19h00 – Dimanche à 15h00
Maison de la Poésie
Passage Molière
157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
http://www.maisondelapoesieparis.com/
Réservations : 01 44 54 53 00





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