Magazine Beaux Arts

Les Précieuses ridicules

Publié le 31 mai 2009 par Théâtrorama
« Hors de Paris il n’y a point de salut pour les honnêtes gens »

Magdelon et Cathos, deux jeunes provinciales, arrivent à Paris en quête d’amour et de jeux d’esprit. Gorgibus, père de Magdelon et oncle de Cathos, décide de les marier à deux prétendants, La Grange et Du Croisy, mais ces dernières les ridiculisent de telle façon que ceux-ci veulent se venger de ces « précieuses ». Entre alors en scène un jeune homme, Mascarille, se prétendant homme du monde fréquentant les meilleurs cercles, qui tombe sous le charme de Magdelon. Vient ensuite un second homme, Jodelet, dont Cathos s’amourache. Mais ces deux hommes sont en fait des imposteurs, soit les valets des deux premiers hommes rejetés. Les précieuses sont tombées dans le piège et montre le ridicule de leur vanité.

visuelprecieuse

Le ridicule ne tue pas !
La préciosité prend forme dans les salons de Madame de Rambouillet, et crée un univers où les femmes sont révérées et courtisées suivant les principes de la courtoisie médiévale. Mais ce mouvement précieux dégénère en jeux d’esprits futiles, notamment en province où la préciosité s’érige en un modèle social de référence malheureusement envisagé avec mauvais goût. Molière s’empare de cette dérive pour écrire sa pièce et fait de Cathos et Magdelon deux jeunes « pecques provinciales », comme les qualifient La Grange et Du Croisy. Cette satyre du ridicule est composée d’un langage exagérément ampoulé et imagé au point d’en devenir incompréhensible. L’excès d’imagination confine parfois les personnages dans une forme de mythomanie, comme dans la scène 5 où Magdelon semble persuadée d’être en réalité de sang noble.

Dan Jemmett réalise une mise en scène haute en couleurs dans laquelle tout est permis. Une scénographie pailletée et lumineuse, ouvre la voie au chemin des possibles à des personnages exagérément typés dont la justesse et l’univers dans lequel ils évoluent composent une ligne de faille éminemment puissante dans l’œuvre de Molière. Le metteur en scène enferme la préciosité dans une boîte à malices d’où surgissent plumes, rubans et strass pointant, avec toujours plus d’ironie, la vanité de ces deux poupées de foire rompues à l’exercice de la bouffonnerie d’un parisianisme excessif. Le choix d’une distribution à contre emploi, l’âge des comédiens ainsi que l’ambiance sixties qui rythme la pièce, permet aux comédiens de sortir du cadre donné dans lequel le texte aurait pu les confiner. Les corps se meuvent, s’articulent, se soumettent à une révolution des convenances qui constitue ici davantage un monument de tartufferie qu’un désir absolu d’en observer les contraintes. Dès lors, les comédiens, véritables pantins déguisés, évoluent sur scène avec une étonnante force comique et une interprétation décalée qui porte en filigrane la précision avec laquelle Dan Jemmett a dirigé les acteurs.

La mise en scène, d’une élégance toute exceptionnelle, porte en gloire un sens de l’esthétique d’une remarquable intelligence. Une série de cabines d’essayage, dont l’entrée est coiffée d’une riche étoffe pourpre propulse les personnages vers la singularité ordinaire de leur apparence. Un portant, pourvu de vêtements d’apparat, constitue un fonds au luxe tapageur faisant écho au ridicule des propos et situations qu’enchaînent, avec toujours plus de stupidité, les deux jeunes provinciales. Un canapé en cuir blanc monté sur roulettes permet de faire salon, et un savant jeu de lumières donne le ton à cette mascarade au rythme endiablé d’une musique des années soixante/ soixante-dix sur laquelle les comédiens dansent. Les robes « fashion » et les costumes exagérément stylisés, donnent à l’ensemble de la composition des allures de cabaret où la caricature est de mise.

Catherine Hiegel (Cathos) est tout simplement confondante, dévorant son masque au concombre avec une férocité déterminante, elle donne le ton à cette épopée du ridicule qui ne tue pas, bien heureusement. Coiffée et habillée comme une icône des magazines de mode féminins des années 70, elle excelle dans un rôle pour lequel elle prend un plaisir exceptionnel à en découdre les subtilités. Catherine Ferran, (Magdelon) distinguée et altière, suit sa complice dans une véritable course au ridicule et se soumet avec une joie appréciable, aux singularités de la mise en scène. Andrzej Seweryn (Mascarille), tonitruant et conquérant, participe avec une justesse étonnante à la folie de cette aventure. Laurent Stocker (Jodelet et Du Croisy) impulse une énergie remarquable, encourageant ses camarades de jeu à aller toujours plus loin. Après une tournée triomphante, « Les précieuses ridicules » sont reprises avec un franc succès pour le plus grand plaisir du public qui avait découvert cette production en 2007.

INFORMATIONS & DETAILS ♦
Les Précieuses ridicules
De Molière
Mise en scène Dan Jemmett
Avec Catherine Ferran, Catherine Hiegel, Andrzej Seweryn, Laurent Stocker, Pierre Vial, Florence Janas
Scénographie Denis Tisseraud
Costumes Sylvie Martin-Hyszka
Lumières Arnaud Jung
Maquillages et coiffures Véronique Nguyen
Du 27 mai au 28 juin 2009
Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 20h. Mardi à 19h. Dimanche à 16h
Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris
http://www.comedie-francaise.fr

Réservations :01 44 39 87 00 / 01

Ajouter un commentaire Signaler un abus Imprimer cet article Partager sur Facebook Voir l'article original
Retour à La Une de

Ces articles peuvent vous intéresser :

Ajouter un commentaire

A propos de l’auteur

Théâtrorama
44 votes