Ma journée se termine sur un soleil qui décline en rougeoyant.
Encore une journée de travail loin des préoccupations contemporaines. Comme toujours, France Inter me rappelle à la réalité de la vie. Heureusement que France Inter et tous ses journalistes existent sinon je vivrais dans un monde en marge de celui qui m'entoure, non pas imaginaire mais certainement décalé. Ce rappel, souvent plus douloureux qu'un rappel de vaccin sans pourtant me rendre insensible, met en évidence à quel point je vis au quotidien dans une dimension parallèle, où les valeurs communément partagées sont diluées dans la facilité d'une vie d'abondance. J'ai souvent culpabilisé de ne pas lire des journaux ou des hebdomadaires aux articles de fond qui élargiraient par leurs réflexions la connaissance que j'ai de nos sociétés. Et même si de nombreuses fois je me suis sentie la dernière des ignares de devoir avouer à un interlocuteur initié "non, je ne suis pas au courant de tel projet de loi..." ou pire encore "Quoi, il y a eu un attentat là-bas, 500 civils de tuer !" je n'ai jamais pu me résoudre à m'éduquer. Il est des matières où il est impossible de se réformer. Bref, je sais gré à France Inter de me garder les pieds sur terre.
Il est 18h17 exactement à la pendule de ma voiture, je rentre à la maison. "Et pourtant elle tourne", l'émission de Bruno Duvic est en cours. Le thème de l'émission du soir "Les chrétiens d'Orient", avec pour sous-titre "Aujourd’hui, de nombreux chrétiens d'Orient fuient leur berceau, le Proche-Orient, là où est née leur religion. Entre les guerres, la misère et les conflits interreligieux, beaucoup de fidèles préfèrent l’exode. Reportages en Israël et dans les territoires." La voix de la femme qui s'exprime en un français qui roule les R ne peut cacher un trémolo lorsqu'elle confie au journaliste qui l'interroge la difficulté qu'elle a de ne pas pouvoir vivre sa foi au grand jour sous peine d'essuyer des représailles. J'écoute le récit de son quotidien plus palpitant qu'une tragédie qui pourtant n'a rien d'une fiction racinienne sortie du génial cerveau. Et alors qu'elle énumère les humiliations qu'elle et ses semblables subissent, privés de la liberté fondamentale d'exercer librement leur foi, mon cerveau décroche et quitte Jérusalem.
Je me vois femme libre, libre et indépendante. Mon visage n'est pas voilé, je gagne ma vie à l'égal d'un homme. Je peux prier Sainte Rita ou la Vierge Marie si le cœur m'en dit et personne ne ferme devant moi les portes de l'église ou du temple en me pointant du doigt. J'ai le droit de penser sans contraintes. J'ai le droit d'aimer de toutes les couleurs. J'ai le choix d'enfanter seule ou accompagnée. Aucun homme ne me répudie, aucun homme ne m'humilie. Je ne subis aucune violence dans ma chair, même si certaines violences dans ma vie quotidienne ne me sont pas épargnées. Elles ne sont que professionnelles et n'entachent pas mon intégrité de femme. Les paroles de Le Forestier viennent à propos…





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