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Toto qui vecu deux fois

Par Gerry14

TOTO QUI VECU DEUX FOIS

De Daniele Cipri et Francesco Maresto

Avec : Salvatore Gattuso, Marcello Miranda, Carlo Giordano, Pietro Arciadiacono, Camillo Conti, Angelo Prollo, Antonino Carollo, Leonardo Aiello, Antonino Cirrincione, Giuseppe Pedalino, Michele Lunardo

Plus d'infos sur ce film

Outre de nombreux courts-métrages et documentaires, Daniele Cipri et Francesco Maresto ont réalisé trois longs-métrages de fiction : L'Oncle de Brooklyn (1995), Toto qui vécut deux fois (1998) et Le Retour de Cagliostro en 2003, dans lequel Robert Englund tient le rôle titre.
Inclassables, provocateurs, enfants terribles du cinéma italien, ils sont considérés comme les cinéastes parmi les plus originaux de leur pays. Ils se déclarent "fermement révoltés contre la médiocrité du cinéma italien contemporain, ses comédies hypocrites et narcissiques au flot ininterrompu de paroles, et surtout ses films politiques qui se veulent dénonciateurs de l'injustice."
Les deux réalisateurs, "qui rejettent les paresses narratives, ne sont pas préoccupés par l'écriture d'un scénario bien construit et porteur de sens", préfèrent privilégier l'improvisation, les longs plans fixes, les silences, le noir et blanc, les dialectes, les paradoxes et provocations.

Totò qui vécut deux fois a été montré en sélection officielle à Berlin en 1998, puis interdit en Italie avant même sa sortie, notamment en raison de son caractère blasphématoire : "Ce film est une attaque contre le sacré, contre l'homme. Rien ne peut être coupé. Il s'agit d'un non message, inutile et pervers, totalement négatif" a déclaré l'un des censeurs.
Le duo de réalisateurs répliqua : "Notre film est un film religieux avec un sens du sacré tout autre que le blasphème. Certes, notre messie est de Palerme, il n'a rien de traditionnel".
Leonardo Ancona, psychologue et président de la commission de censure, ajouta que le film était "une offense contre le peuple italien et contre l'humanité toute entière", et que les réalisateurs étaient "deux psychopathes qui haïssent le monde".
Traînés en justice, Daniele Cipri et Francesco Maresto reçurent le soutien de nombreux cinéastes : Bernardo Bertolucci, Marco Bellocchio, Mario Monicelli ou encore Mario Martone. Cette affaire se retourna finalement contre les détracteurs du film : face au tollé générale que provoqua l'interdiction pure et simple du film, la censure cinématographique fut abolie.
Totò qui vécut deux fois sortira en salle six mois plus tard, mais frappé d'une interdiction au moins de 18 ans. Dans un dernier sursaut vindicatif, des bataillons de catholiques fanatiques se plantèrent alors devant les cinémas, empêchant les spectateurs de voir le film. Au total, le procès intenté contre le producteur, aux réalisateurs et au co-scénariste, qui furent accusés d'outrage et de tentative de fraude contre l'état, dura deux ans. Durant ce laps de temps, ces derniers furent privés de toute subvention pour leurs projets en cours et à venir.

TOTO QUI VECU DEUX FOIS

La parole à Daniele Cipri et Francesco Maresto : "L'emploi exclusif du noir et blanc est dû à notre commune passion pour le cinéma classique, américain en particulier, et au fait que nous n'aimions pas la couleur vidéo. Le noir et blanc deviendra une constante, parce qu'en travaillant à Palerme, avec ces personnages, ces hommes, il était très facile de tomber dans la vulgarité ou dans la platitude la plus absolue. Le problème (mais ça, on peut le dire maintenant, a posteriori) était de partir du réalisme pour le transcender et lui conférer une dimension abstraite, un peu métaphysique, absurde. Le noir et blanc permet de manière admirable de saisir cette dimension-là... En plus de toute une série d'autres éléments : la manière de montrer les choses, le découpage, le plan, les acteurs... Mais c'est vrai que le noir et blanc donne une touche particulière. Il y a des corps qui sont là, évidents, ce sont des corps qu'on pourrait mettre nus dans n'importe quel documentaire, dans n'importe quel journal télévisé. Mais de cette manière, avec cette conscience, ce regard, les personnages dépassent leur propre matérialité, ils deviennent énormes, épiques."
Il faut également souligner que c'est aussi un hommage à Pier Paolo Pasolini et son travail effectué sur l'un de ses chefs d'oeuvres : L'Evangile selon Saint Matthieu.

L'avis de Gerry

Dans un Palerme sans âge vivent un attardé mental obsédé sexuel pour, un homme tentant de dérober la bague de son amant fraichement décédé, un drôle de clone de Jésus, vulgaire et dédaigneux, sosie d’un parrain de la mafia.
Dans une esthétique à la Pasolini, ces trois histoires distinctes dont les personnages se rejoignent en toute fin joue effrontément la carte de la provocation, mélangeant sexe et religion.
Ici, tous les rôle sont interprétés par des hommes (sans doute pour souligner la suprématie masculine qui règne en Sicile), même les rôles féminins, et cela rajoute encore à la drôlerie de l’ensemble. Ils ont tous des tronches impossibles, vieux, gros, bossus, édentés... et c'est ce qui rend ces personnages remplis de travers terriblement humains.
Car le film est bien au-dessus de la provoc gratuite, il brosse un portrait de Palerme au vitriol avec un humour dévastateur. C’est subversif, corrosif, et follement jouissif.

TOTO QUI VECU DEUX FOIS

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